Duarte, la fusion sacrée de la complaisance, de l’incompétence et de la cacophonie

Amers et révoltés étaient les togolais le 3 juin 2022 au coup de sifflet final de l’arbitre béninois Djindo Louis. Les Éperviers, incapables et mal organisés par Paulo Duarte, dissimulé dans les plis d’un coach mal inspiré et tactiquement défaillant, ont subi honteusement la loi des Boucliers du roi, surnom de l’équipe nationale de l’Eswatini. Un score nul de 2 buts partout analysé tel un revers pour le Togo et un exploit pour l’adversaire respectivement 34è et 45è au classement africain.

Sur les hautes vagues d’une série de 6 matchs de suite sans défaite (trois victoires face au Congo, Namibie et Sierra Leone, trois nuls contre le Congo, le Sénégal et le Bénin), les Eperviers, tout auréolés de leur remarquable progression au dernier classement FIFA (de la 126è à la 121è place), abordaient le match contre le petit poucet du groupe B logiquement dans la peau d’un favori. C’est seulement la 2è fois de son histoire que l’Eswatini, ex-Swaziland, atteint la phase de groupes des éliminatoires de la Coupe d’Afrique des nations (CAN).


L’arrivée de Paulo Duarte à la tête de la sélection, la rupture avec les «Clauderies», -néologisme circonstanciel pour désigner le passage catastrophique de Claude le Roy-, les beaux discours -sur fond d’une communication mal maîtrisée- de Duarte, ont vite fait de colmater les brèches de l’optimisme en déliquescence des supporters. Ce qui justifie la fièvre, l’enthousiasme et l’euphorie générale qui ont saisi les Togolais à la veille de la première rencontre à domicile comptant pour les éliminatoires de la CAN Côte d’Ivoire 2023. Et ce vendredi 3 juin 2022, le Stade de Kégué, cette belle dame royalement maquillée pour renforcer l’appétence de victoire de ses enfants, était en transe, c’est le moins qu’on puisse dire.

« Il n’y a pas de raison pour que cela se passe mal », rassurait le portier des Eperviers, le lyonnais Malcolm Barcola. Au final, il encaisse deux buts, et cela se passe mal. La faute à un ensemble de facteurs qui portent le nom de complaisance, incompétence et cacophonie, le tout incarné par le « Guide », Paulo Duarte.

Complaisance ?

Oui. Une complaisance criarde dans la sélection des joueurs. Tchakei Marouf, sur la liste des joueurs convoqués est le grand symbole de cette complaisance. Le championnat congolais a été stoppé pour trois mois, pour défaut de non décaissement des fonds par le gouvernement pour le déplacement des équipes. La reprise annoncée pour le 21 mai a été repoussée au 29 mai. Mais le 30 mai déjà, le groupe des Eperviers affiche complet, y compris Marouf Tchakei, qui débarque ainsi en sélection avec de frêles jambes sans compétition depuis plus de trois mois. Le comble, Duarte le glisse parmi les onze premiers rentrants. Au moment où aucun joueur du championnat local n’est convoqué, lequel championnat livrait son dernier chapitre le 29 mai, au nez et à la barbe de Paulo Duarte. La sélection nationale est-elle encore, sous Duarte, l’échantillon des joueurs les plus en forme du moment ?

Incompétence

Devant l’Eswatini, Duarte évolue en 4-3-3 pointe basse, système popularisé par le FC Barcelone de Pep Guardiola, un dispositif généralement utilisé par les équipes qui souhaitent imposer leur jeu. Le choix du système de jeu et son animation son généralement inspirés par les qualités des joueurs dont dispose l’entraîneur et leur forme du moment, la disposition tactique traditionnelle de l’adversaire, l’efficacité de la complémentarité entre les joueurs sur les différentes lignes.

Ce 4-3-3 se présente comme une organisation avec quatre défenseurs, un milieu jouant devant la défense, deux milieux avancés/relayeurs, deux ailiers et un attaquant central. Duarte, en application, positionne effectivement 4 défenseurs, Romao, devant la défense, Asamoah et Marouf en relayeurs; et sur les flancs, Thibault à droite, Placca à gauche, Laba comme attaquant central en position avancée.

Sur le plan offensif, Romao était dans un registre d’organisateur de la sortie des balles, se positionnant plus bas, pour nourrir Asamoah et Marouf, appelés à se projeter vers l’avant en faisant le lien entre la défense et l’attaque, notamment vers Laba et les deux ailiers, Thibault et Placca. Mais l’animation était tout autre. Romao, Asamoah et Marouf ont tout le temps évolué presque sur la même ligne, organisant ensemble la sortie de balle, aucun ne se détachait pour servir effectivement comme un milieu offensif relayeur (un numéro 10) pour alimenter l’axe de l’attaque, ce qui fait que le jeu des Eperviers avait plus d’horizontalité que de verticalité, étant donné qu’Asamoah et Marouf inclinaient davantage le jeu vers les flancs. Thibault et Placca, eux, arrivent à bien écarter le jeu mais n’arrivent pas à attaquer la profondeur verticalement ou en diagonale, conséquence le jeu était beaucoup plus animé sur les flancs. Ce qui oblige Laba, surtout en première mi-temps, à dézoner, pour venir chercher la balle sur les flancs, particulièrement à gauche. Or, quand Laba est excentré, qu’il arrive grâce à sa bonne détente à faire des déviations, il n’y a personne dans l’axe pour la récupération et la conservation. La défense adverse récupère plus vite les balles déviées de Laba pour amorcer les contre-attaques.

Sur le plan défensif, le 4-3-3 permet généralement un meilleur contrôle du jeu au milieu de terrain, surtout face à un 4-4-2 joué à plat par l’Eswatini, car les 3 milieux de terrain se retrouvent en plein dans le cœur du jeu contre 2 milieux centraux adverses, mais la méforme de Marouf, la conservation de trop de la balle par Asamoah, leur vision du jeu limitée, et la moins pétillante forme de Romao n’ont pas arrangé les choses.

L’Eswatini réussit à merveille ses transitions défensives-offensives parce que le pressing sur la première ligne fait défaut. Or le 4-3-3 est un dispositif idéal pour presser haut l’adversaire. Le premier rideau est constitué des trois attaquants dont la mission est d’empêcher l’adversaire de jouer dans l’axe. Dans une parfaite organisation, les attaquants imposent à l’adversaire de jouer vers un côté pour que le reste de l’équipe l’enferme sur ce même côté, et y bloquer l’adversaire. Mais l’on a remarqué que sur le pressing, Laba était esseulé, peu appuyé par Thibault et Placca.

Or l’adversaire dispose de milieux excentrés véloces et puissants, qui vont vite et réussissent de belles combinaisons sur les flancs. L’Eswatini construit bien le jeu, progresse de ligne à ligne, varie le jeu entre profondeur et horizontalité, et la mobilité des joueurs au milieu et en attaque complique énormément la tâche aux Eperviers lors des transitions. Les poulains de Duarte ont pris le risque de défendre en bloc bas, et vu que les 3 milieux de terrain ne permettent pas de bien couvrir toute la largeur du terrain, les adversaires créent donc facilement des décalages.

Asamoah et Marouf devaient aider beaucoup sur les côtés si besoin, or cela demande un gros volume physique et une bonne intelligence tactique. Si Asamoah a pu tenir, ce n’est pas le cas pour Marouf; l’entrée de Samsondin Ouro et de Karim Dermane a tenté de rectifier le tir un tant soit peu. C’est pourquoi, la majorité des équipes évoluant en 4-3-3 se transforment en 4-1-4-1 ou en 4-5-1 lorsqu’elles se replient bas. Mais on n’a rien vu de ces transformations tactiques dans l’offre de Duarte sur le terrain. Et les joueurs eux-mêmes n’ont pu faire preuve de grande intelligence tactique, s’en tenant -apparemment- exclusivement aux consignes du coach.

Djene et Boateng, peu complémentaires, ont eu assez de difficultés pour gérer la profondeur dans leur dos, et ont brillé par la lenteur dans la réaction sur certaines actions. Les deux latéraux, sur le plan offensif ont réalisé quelques coups d’éclats sporadiques, mais ont fait montre d’approximations d’un point de vue défensif. Duarte devait le savoir, le 4-3-3 se joue avec des joueurs polyvalents, très sûrs techniquement et très bons dans la lecture du jeu et la prise d’informations. Le système demande des défenseurs rapides et des ailiers efficaces en percussion mais également dans le jeu sans ballon avec des appels intelligents dans la profondeur.

Cacophonie

Les grands entraîneurs sont déterminés par leur capacité à résoudre avec efficacité les équations posées par des situations de match, et surtout l’état d’esprit affiché durant les moments de perturbation ou d’incertitude. Duarte a montré peu de sérénité et de maîtrise lors de ce match Togo-Eswatini. La pression et l’enjeu ont sans doute agi sur la lucidité du portugais. D’abord sur les onze premiers entrants, outre le choix fort discutable de Marouf Tchakei, la titularisation de Klidje Thibault nourrit une interrogation : le joueur a-t-il déjà acquis l’étoffe d’un titulaire dans le nid des Eperviers ? La performance acceptable du joueur ne vient nullement remettre en cause ce questionnement. Entre titulaire et joker, quel est le statut qui convient au mieux à ce jeune joueur pour le moment dans l’intérêt de la sélection? Les quelques minutes de ligue 1 avec Bordeaux le glissent-ils dans la tunique d’un titulaire et suffisent pour le faire passer avant les autres attaquants cloués au banc ? Duarte devrait refaire le tour de ces questions, avant le match de mardi.

En menant au score à la 87è minute, stratégiquement, quelle disposition prendre pour conserver et protéger le score ? Tout, sauf, sortir un milieu de terrain pour un attaquant, positionné en attaque, avec pour mission de marquer, à l’heure où le plus grand défi à relever reste celui d’éviter de prendre un but, et non d’en marquer un nouveau. Les Eperviers se sont retrouvés dans pareille situation le vendredi. Et le loquace Duarte, comme atteint par une myopie tactique sort une formule abracadabrantesque : Samsondin Ouro, officiant en milieu de terrain depuis seulement une vingtaine de minutes, ayant apporté un certain dynamisme à ce secteur de jeu, est rappelé au banc, remplacé par l’attaquant Kevin Denkey. Mais derrière, le repositionnement tactique n’a pas suivi. Ce qui a suivi, c’est l’égalisation.

A la dernière minute, les Boucliers du roi, piqués au vif et physiquement encore au point, bouffent les Eperviers au milieu de terrain, les balancent d’un flanc à l’autre, donnent du vertige à la défense, avant de planter la banderille qui couvre du froid le Stade de kégué et tout le Togo.

Un match fantastique, va résumer Duarte, en conférence de presse d’après-match, en toute insouciance, qui illustre une sacrée fusion de la complaisance, de l’incompétence et de la cacophonie.

Yves GALLEY

3 thoughts on “Duarte, la fusion sacrée de la complaisance, de l’incompétence et de la cacophonie

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