Diplomatie et magnanimité : le Roi Mohammed VI accorde sa grâce aux supporters sénégalais après les débordements de la CAN 2025

Un geste souverain d’une haute portée politique et humanitaire vient clore l’un des chapitres les plus tendus de l’après-Coupe d’Afrique des Nations 2025. Sa Majesté le Roi Mohammed VI a décidé d’accorder la grâce royale aux ressortissants sénégalais encore incarcérés au Maroc à la suite des graves incidents survenus lors de la finale du tournoi en janvier dernier.

Cette mesure de clémence, officialisée ce samedi 23 mai par un communiqué du Cabinet Royal, intervient à quelques jours des célébrations de l’Aïd el-Kebir. Elle est explicitement motivée par des « considérations humaines » et s’inscrit dans le sillage des « relations fraternelles séculaires » qui unissent historiquement le Royaume du Maroc et la République du Sénégal.

Le contexte d’une finale électrique

Pour comprendre la portée de cette décision, il faut remonter au 18 janvier 2026, jour de la finale de la CAN au complexe sportif Prince Moulay Abdellah de Rabat. Sur la pelouse, le Sénégal l’avait emporté (1-0) face au pays hôte au terme d’une rencontre au scénario irrespirable. La tension avait culminé dans les arrêts de jeu de la seconde période lorsqu’un but sénégalais fut refusé, suivi immédiatement de l’octroi d’un penalty en faveur du Maroc.

Submergés par la ferveur et la contestation, plusieurs supporters des Lions de la Téranga avaient alors tenté d’envahir l’aire de jeu, décochant au passage de nombreux projectiles vers la pelouse. Ces échauffourées avaient occasionné des blessures parmi les forces de l’ordre et les stadiers, ainsi que d’importantes dégradations matérielles évaluées par le parquet à plus de 370 000 euros (soit environ 242 millions de FCFA).

De la rigueur judiciaire à l’apaisement royal

Face à la gravité des faits, la justice marocaine s’était montrée intraitable en s’appuyant sur les enregistrements des caméras de surveillance du stade. En février dernier, dix-huit supporters sénégalais avaient été condamnés à des peines d’emprisonnement ferme allant de trois mois à un an.
Si trois d’entre eux avaient pu recouvrer la liberté à la mi-avril après avoir purgé l’intégralité de leur peine de trois mois, quinze demeuraient encore derrière les barreaux. Selon la défense des prévenus, l’ordonnance de grâce royale prend effet immédiatement, permettant aux derniers détenus de quitter leurs cellules dès ce samedi soir.

La raison d’État face au feuilleton sportif

Ce dénouement humanitaire intervient alors que le volet purement sportif de cette affaire demeure suspendu aux décisions des instances internationales. Pour rappel, la Confédération Africaine de Football (CAF) avait choisi, le 17 mars dernier, de réattribuer le titre de la CAN 2025 au Maroc sur tapis vert, poussant la Fédération Sénégalaise de Football à porter le litige devant le Tribunal Arbitral du Sport (TAS).

En déconnectant la rigueur de la procédure pénale des aléas de la diplomatie sportive, le Souverain marocain réaffirme la solidité de l’axe Rabat-Dakar. Au-delà des passions éphémères du football et des procédures juridiques en cours, ce geste royal rappelle que la profondeur des liens d’amitié et de coopération entre le Maroc et le Sénégal prévaut sur les incidents de parcours.