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Le journalisme sportif exige de la rigueur, des faits vérifiables et une honnêteté intellectuelle à la mesure des passions que déchaîne le football. Malheureusement, la chronique sportive locale s’est récemment enrichie d’un pamphlet sans consistance, un réquisitoire à charge qui, sous couvert de « révélations », tente maladroitement d’éclabousser la Fédération togolaise de football (FTF) et son président, le Colonel Guy Kossi Akpovy. À l’analyse, l’article mis en cause ne révèle qu’une chose : une volonté manifeste de discréditer et de calomnier par le biais d’une rhétorique creuse et d’accusations gratuites.
Derrière un ton alarmiste et des affirmations gratuites lourdes de conséquences, le texte diffamant repose essentiellement sur des insinuations, des approximations et des accusations dépourvues d’éléments matériels clairement établis.
L’auteur de ce réquisitoire ouvre son propos sur une affirmation péremptoire : « Le football togolais est au plus mal », s’appuyant sur un prétendu enregistrement audio qui circulerait depuis la nuit du 22 mai 2026. Or, aucun élément vérifiable n’est présenté pour étayer cette accusation d’une extrême gravité. Ni retranscription, ni extrait authentifié, ni contextualisation précise du supposé enregistrement ne sont fournis aux lecteurs totalement embobinés.
Le raisonnement développé pose une question fondamentale de cohérence journalistique : comment peut-on construire une accusation publique contre une institution et ses dirigeants à partir d’un document dont l’existence même, dans l’espace public, n’est ni démontrée ni vérifiable ?
L’art de l’amalgame et du procès d’intention
Le texte calomniateur procède ensuite par une succession d’amalgames. Les difficultés sportives des clubs togolais sur la scène continentale sont directement associées à de supposés arrangements de matchs, puis implicitement reliées à la gouvernance de la FTF et à la personne de son président, le Colonel Guy Akpovy. Pourtant, aucune démonstration factuelle ne vient établir un lien concret entre les performances sportives des clubs, les accusations évoquées et la responsabilité directe des dirigeants fédéraux.
Cette méthode interroge profondément. Car dans tout exercice journalistique sérieux, la gravité d’une accusation impose un devoir de preuve proportionnel. Or ici, l’article multiplie les formulations vagues : « certains acteurs ont toujours expliqué », « des noms reviennent », « un proche collaborateur est régulièrement pointé du doigt ». Autant de formulations qui entretiennent le soupçon sans jamais produire le moindre élément objectivement vérifiable.
Le texte franchit un autre cap lorsqu’il affirme que « le Comité Exécutif de la FTF n’a jamais cherché à mettre un terme à cette pratique illégale ». Une telle affirmation n’a pas été étayée par l’existence préalable de faits établis, de procédures connues ou d’éléments probants démontrant une inaction volontaire de l’instance fédérale. L’accusation devient alors davantage une construction polémique qu’une conclusion fondée sur des faits établis.
Plus encore, le raisonnement semble reposer sur une logique de contamination : parce qu’un dirigeant de club serait cité dans une conversation présumée, alors la responsabilité morale, institutionnelle ou politique remonterait automatiquement jusqu’au président de la FTF.
L’absurdité du lien de causalité
Le paroxysme de l’incohérence est atteint lorsque le texte évoque enfin les présumés concernés de la conversation supposée. Il s’agirait d’un échange entre l’entraîneur de l’AS Binah et le président du FC Espoir. Admettons un instant que cet échange soit avéré : en quoi une discussion privée entre deux responsables de clubs, agissant pour leurs propres intérêts obscurs, engagerait-elle la responsabilité directe du président de la FTF ou d’un membre de son entourage ?
Vouloir lier une tentative d’arrangement bilatérale entre deux entités autonomes à une prétendue « magouille » orchestrée par le Colonel Akpovy est un contresens intellectuel majeur. Quel est le rôle de la fédération dans l’opportunisme de dirigeants de clubs en fin de saison ? À moins d’exiger de la FTF qu’elle lise dans les pensées des acteurs du championnat et suive leurs communications privées, cette tentative de connexion forcée démontre le caractère artificiel et malveillant de la démarche.
Cette dérive rhétorique, où l’insinuation tient lieu de preuve, apparaît encore plus aberrante si l’on observe la rigueur méthodologique appliquée sous d’autres cieux dans le traitement médiatique des sujets similaires. Point n’est besoin de rappeler que le football professionnel, par sa nature hautement compétitive sur fond de gros enjeux financiers, est régulièrement secoué par des pratiques qui engagent des enquêtes judiciaires. L’actualité internationale récente nous en offre un exemple saisissant : en Italie, le responsable en chef des arbitres de Serie A et de Serie B, Gianluca Rocchi, est visé par une enquête officielle du parquet de Milan pour « complicité présumée de fraude sportive », liée à des suspicions d’ingérence dans les décisions de l’arbitrage vidéo (VAR) lors d’un match de championnat.
Mais qu’on ne s’y trompe pas : dans le cas italien, l’action de la justice ne repose pas sur de vagues rumeurs de couloir. Le parquet milanais s’appuie sur des éléments matériels tangibles, des preuves vidéo et audio formellement versées au dossier. Plus révélateur encore : a-t-on vu, dans les colonnes des médias transalpins, la responsabilité directe du président de la Fédération italienne de football établie hâtivement à tort, le jetant immédiatement et gratuitement en pâture à l’opinion publique ? A-t-on vu des analystes sérieux exiger sa tête ou l’accuser de « magouilles » systémiques sans une once de preuve liant son autorité à ce dossier technique ? Assurément non.
En Italie et ailleurs, la presse et la justice savent faire la distinction entre la faute potentielle d’un acteur sectoriel et la gouvernance globale de l’instance faîtière. Cette mise en perspective met à nu la légèreté, pour ne pas dire le caractère grotesque, des accusations dirigées contre la FTF et son président. Vouloir imputer au Colonel Guy Akpovy des velléités d’arrangements entre deux clubs de D1, sans le début d’un commencement de preuve matérielle et au mépris du principe de responsabilité individuelle, relève d’une indigence journalistique qui ne fait honneur ni à la presse, ni à la vérité, ni au sport national.
Toute suspicion sérieuse mérite évidemment d’être examinée avec rigueur par les instances compétentes. Mais encore faut-il distinguer les faits avérés des constructions spéculatives. Le combat pour l’intégrité du football ne saurait justifier l’affaiblissement des principes élémentaires de prudence, d’équilibre et de responsabilité journalistique.
Le débat sur l’avenir du football togolais mérite mieux que des insinuations. Il exige des faits, des preuves et une culture de responsabilité. Car entre le devoir d’informer et la tentation du discrédit, la frontière reste celle de la rigueur.
Yves Galley
