Incarcérée depuis plus de cinq ans à la prison d’Akpro-Missérété, l’opposante béninoise a transmis une lettre de félicitations au nouveau président togolais de l’Union internationale de la presse francophone. Un geste d’une haute portée face à l’isolement.
L’écho filtré des barreaux
Au fond du plus grand établissement pénitentiaire du Bénin situé dans l’Ouémé, où le temps semble s’être arrêté depuis son arrestation le 3 mars 2021, la solitude n’a pas entamé la lucidité de Reckya Madougou. Condamnée à vingt ans de réclusion à l’issue d’une décision de justice contestée par les instances internationales, l’ancienne garde des Sceaux du Bénin puise au plus profond de ses tripes la force d’affronter la cruauté du pouvoir de Patrice Talon. Face à la rigueur d’un enfermement prolongé, les travaux de l’esprit et la lecture sont devenus ses véritables béquilles morales. C’est par des canaux d’information hautement surveillés que les rumeurs du monde extérieur parviennent jusqu’à ses quatre murs, devenus au fil des ans ses seuls confidents. C’est ainsi que l’écho de la récente élection du journaliste togolais Loïc Lawson à la présidence de l’Union internationale de la presse francophone (UPF) lui serait parvenu.
Loïc Lawson, la consécration d’un parcours d’engagement
L’élection de Loïc Lawson le 29 mai 2026 à la tête de l’UPF constitue une première historique pour le Togo. Ex-directeur de publication de l’hebdomadaire Flambeau des Démocrates et ancien président de la section togolaise de l’organisation, le journaliste s’est imposé au fil des ans comme une figure majeure du paysage médiatique ouest-africain. Son parcours, fait de rigueur et d’indépendance, a également été marqué par les épreuves propres à l’exercice du métier. Loïc Lawson incarne aujourd’hui cette presse résiliente qui refuse de céder aux intimidations. Son mandat à la tête de l’UPF s’inscrit ainsi sous le signe du renouveau institutionnel et de la protection des journalistes à travers l’espace francophone.
Une salutation poignante et un rappel déontologique
Dans une missive manuscrite adressée courant ce mois d’août 2026 au nouveau président de l’UPF, Reckya Madougou salue ce qu’elle qualifie d’« accomplissement » naturel. Saluant les qualités d’un « battant professionnel », l’ancienne ministre rappelle avoir décelé très tôt le leadership du journaliste lors d’une rencontre de l’UPF tenue quelques années plus tôt à Lomé.
Mais la pertinence de la réaction de l’opposante béninoise dépasse le simple protocole amical. En recommandant à Loïc Lawson de « ne faire aucune concession à l’approximation » et de garder « la vérité pour boussole », elle formule une exigence de déontologie morale d’autant plus poignante qu’elle émane d’une femme privée de liberté. Ce message établit une passerelle symbolique entre la captive politique luttant contre l’arbitraire et le professionnel des médias engagé pour le droit d’informer, rappelant que la quête de liberté transcende les murs des prisons.
Un extrait du Courrier
“… Comment ne pas être fière de cet accomplissement ? Au demeurant, je n’en ai jamais douté au regard de tes nombreuses qualités.
Tu es un admirable et battant professionnel. Je ne me suis pas trompée en te déclarant, quelques printemps en arrière, et face caméra, dans ce mythique Sarakawa qui abritait un évent [sous-régional de l’UPF (si mes souvenirs sont exacts), que tu rendras davantage fier ton pays.
Le chemin est tout tracé avec ton nouveau sacre.
Brille, brille et ne fais aucune concession à l’approximation. Garde tes convictions chevillées à l’âme, ta pugnacité comme bâton de pèlerin et la vérité pour boussole.
Cette dernière fait mal, toujours combattue, mais elle triomphe un jour, pour toujours…”
Yves Galley
