Longtemps fracturée par des rivalités de clocher et une action communautaire en rangs dispersés, Lama-Haut, une section de Lama, plus grand canton de Kara, affiche désormais un front uni. Au centre de ce sursaut collectif, un homme : le révérend docteur Cyrus Padabadi. Portrait d’une figure de proue qui a su substituer la logique de l’action concertée à celle des divisions historiques.
Dans les contreforts montagneux qui surplombent la ville de Kara, le temps des dissensions semble appartenir au passé. Alors que la préfecture de la Kozah vibre actuellement au rythme des cérémonies rituelles des Evala et de l’Akpéma édition 2026, Lama-Haut offre le visage inédit d’une communauté soudée, réconciliée avec ses élites et ses gardiens du temple. Cette cohésion retrouvée ne doit rien au hasard ; elle porte la marque d’une « magie humaine » orchestrée par le révérend docteur Cyrus Padabadi, un cadre natif du milieu dont l’engagement viscéral est aujourd’hui salué à l’unanimité.
L’Union de la montagne : le crépuscule des rangs dispersés
Pendant longtemps, le tableau de Lama-Haut est resté celui d’une mosaïque fragmentée. Malgré une histoire partagée et un patrimoine culturel commun, les forces vives de la localité évoluaient en vase clos. « Entre-temps, nous étions un peu divisés, chacun jouait sa partition à part », confie sans fard Fidèle Magnoubeli, président des cadres de Lama-Sahoudè. Un constat d’impuissance partagé par l’autorité coutumière : « À un moment donné, le constat était établi qu’à Lama-Haut, nous évoluons en rangs dispersés », renchérit Abissi Passilé, chef du village de Lama-Nyangbadè.
La rupture intervient il y a trois ans, sous l’impulsion du docteur Padabadi. Refusant la fatalité de l’isolement, ce dernier engage des démarches de fond pour jeter des ponts entre les trois entités géographiques de Lama-Haut. De cette dynamique naît l’Union de la montagne, une structure fédératrice inédite qui regroupe sous une même bannière les villages de Lama-Sahoudè, Lama-Bou et Lama-Nyangbadè.
Désormais, la synergie l’emporte sur l’individualisme. À chaque veille de lancements des festivités des Evala et de l’Akpéma, le collège des chefs, les prêtres traditionnels (tchodjo) et les cadres se réunissent pour accorder leurs violons. Un rendez-vous institutionnalisé qui permet d’aborder les défis de la communauté d’une seule et même voix.
« C’est quand on est ensemble qu’on est plus fort », martèle le chef Abissi Passilé, témoin privilégié de ce changement de paradigme.
Parmi les faits notables de cette nouvelle dynamique, on peut citer la création, toujours sous l’égide du révérend Padabadi, de Sentinelle des Kabyè, une plateforme fédératrice regroupant les Kabyè de la diaspora et du Togo pour la défense des intérêts de la communauté, ainsi que celle de Kabyè Sonzi Howou, dédiée à la valorisation des traditions authentiques kabyè, sans oublier le retour de la victoire à Lama-Haut lors des trois dernières éditions d’Evala, une performance qui, aux dires d’un cadre local, tranche avec les défaites infligées durant de nombreuses années par Lama-Bas.
La méthode Padabadi : l’art de l’écoute et de la proximité
Devenu par la force des choses la fibre unificatrice et le fer de lance du développement local, le révérend docteur Cyrus Padabadi observe pourtant une modestie toute cléricale face aux éloges qui s’accumulent. Interrogé sur ce rôle de catalyseur qu’on lui prête volontiers, l’homme de Dieu préfère nuancer l’idée d’une fracture originelle :
« Lama divisé ? Je dis non. Seulement, il y a des moments, parfois, où il y a des mésententes. Ça, souvent, on le retrouve partout. Je crois que Lama reste uni et indivisible », tempère-t-il avec bienveillance.
Derrière cette diplomatie dans la communication se cache pourtant une méthode redoutable d’efficacité, basée sur l’ancrage de terrain et l’effacement des barrières sociales. Pour le docteur Padabadi, la clé du rassemblement réside dans la présence continue auprès des populations les plus vulnérables. « Si les chefs, les prêtres traditionnels, et tous les fils et filles de Lama me soutiennent ou font mes éloges, c’est peut-être dû à la manière dont je suis proche de la population. J’essaie de les écouter et d’apporter mon soutien », explique-t-il humblement.
La renaissance de la chefferie : entre reconquête identitaire et essor communautaire
À Lama-Haut, cette unité retrouvée s’accompagne d’actions concrètes sur le terrain du développement socio-culturel. Le mécénat du docteur Padabadi – illustré récemment par la dotation en attributs vestimentaires royaux pour les 26 chefs de quartiers et de villages de la localité, doublée d’un soutien financier, démontre sa volonté d’accentuer la revalorisation identitaire et l’indépendance économique.
En remettant la chefferie au centre de l’échiquier social et en mobilisant la solidarité des réseaux de la diaspora, Cyrus Padabadi trace les contours d’un modèle de développement endogène.
À Lama-Haut, la leçon semble désormais apprise : l’essor d’une communauté ne se décrète pas par des théories abstraites ; il se construit pas à pas, dans la sacralité d’une union retrouvée au coeur des montagnes.
Yves Galley, depuis Lama-Nyangbadè
