Evala 2026/ Docteur Cyrus Padabadi drape l’autorité de la chefferie traditionnelle de Lama-Haut dans l’apparat

Dans la ferveur des festivités des Evala 2026, une cérémonie de remise de tenues royales s’est tenue mardi à Kpedah, localité emblématique considérée comme le berceau des ancêtres fondateurs de Lama, le plus vaste canton de Kara. Cette initiative, sous égide du révérend Docteur Cyrus Padabadi, à forte portée symbolique, vise à restaurer le prestige visuel d’une autorité coutumière souvent délaissée.

En pays kabyè, la chefferie traditionnelle représente un levier de régulation sociale de premier ordre. Pourtant, derrière le prestige de la fonction se dessine parfois une vulnérabilité matérielle marquée.

« Les chefs traditionnels n’ont pas de salaire, mais ils sont en permanence au service de la communauté », rappelle Fidèle Magnoubeli, président des cadres de Lama-Sahoudè. C’est face à ce constat qu’un natif et cadre du milieu, le révérend docteur Cyrus Padabadi, a structuré depuis maintenant trois ans une action de mécénat vestimentaire et matériel.

Ce dernier souligne les motivations profondes de son engagement :

« La chefferie traditionnelle est aujourd’hui négligée, notamment dans les zones rurales. Or, lors des Evala, nos chefs sont en première ligne et doivent incarner l’autorité et le respect. Une tenue digne de leur statut est essentielle pour affirmer leur rôle. »

Il insiste également sur la nécessité de renforcer leur visibilité lors de ces luttes initiatiques, qui attirent chaque année des visiteurs venus de tout le Togo et de la diaspora.

« Lorsque nos chefs sortent pour assister aux Evala, leurs vêtements n’honoraient plus leur statut, au point qu’on pouvait les confondre avec tout le monde. L’apparence vestimentaire royale doit commander la considération ».

Pour cette édition 2026, l’opération a mobilisé les dignitaires de l’ensemble de Lama-Haut. Les chefs des trois villages -Lama-Bou, Sahoudè et Nyangbadè- ainsi que les responsables des 26 quartiers qui composent la localité (soit 12 pour Sahoudè, 6 pour Lama-Bou et 8 pour Nyangbadè) ont chacun reçu une parure traditionnelle neuve.

Selon Abissi Passilé, chef du village de Lama-Nyangbadè, cette action de M. Padabadi permet enfin « de mettre le chef à sa juste place », tant à Lama-Haut qu’à Lama-Bas.

Elan de solidarité et ancrage dans le sacré

Cette démarche de réhabilitation s’accompagne d’un volet d’entraide financière directe. En plus de leurs attributs d’apparat, chaque bénéficiaire s’est vu remettre une enveloppe pécuniaire. Cette contribution a pu être consolidée grâce à l’implication de certains ressortissants de la diaspora, qui ont choisi d’associer leurs efforts à ceux du docteur Cyrus.

La cérémonie de remise s’est déroulée en parallèle d’un rituel marquant le lancement officiel des rites Evala 2026. À cette occasion, le chef Tchodjo a invoqué les mânes des ancêtres pour garantir le bon déroulement des festivités, dans la paix et la sérénité. Les prêtres traditionnels (tchodjo) ont également bénéficié d’un soutien financier.

L’événement a été ponctué de séquences de démonstration de lutte et de danses traditionnelles Evala.

Moment de reconnaissance collective, la cérémonie s’est achevée par une pluie de mots de gratitude et de bénédictions adressés au révérend Padabadi, salué pour son engagement en faveur de la préservation des valeurs culturelles et du renforcement du tissu social local.

Yves Galley, depuis les montagnes de Lama-Haut