NSIA Banque Togo : derrière le « bouclier » du comité de crédit, la détresse des entrepreneurs

Le climat est à l’orage entre la NSIA Banque Togo et une frange importante de sa clientèle d’affaires. Plusieurs opérateurs économiques de la place ne cachent plus leur exaspération face aux délais d’instruction, jugés anormalement longs, des demandes de crédits d’exécution de marchés. Au cœur de cette tempête managériale, une figure cristallise les griefs : Madame Alice Afiavi Agbocou, de nationalité béninoise, nommée au poste de Directrice générale adjointe (DGA) de l’institution en 2024.

Entre accusations de rétention de dossiers, réalités réglementaires et droit de réponse musclé de l’institution, notre rédaction s’est penchée sur un phénomène qui met en péril la survie des PME/PMI togolaises.

Le cri du cœur des entrepreneurs

Pour les attributaires de marchés publics ou privés, le temps est un facteur hautement critique. Assujettis à des ordres de service administratifs et à des clauses contractuelles strictes, la plupart des opérateurs économiques dépendent des banques pour la mise en place de lignes de crédit d’exécution, de cautions d’avance de démarrage ou de garanties de bonne fin. Mais le témoignage de certains clients de NSIA Banque Togo dépeint une réalité d’une grande rigidité relationnelle : « Depuis l’arrivée de Mme Alice, nous subissons les traitements les plus désagréables. Elle se taille le luxe de s’asseoir sur les dossiers à elle soumis pour approbation, mettant parfois jusqu’à deux mois pour se prononcer », peste un opérateur économique dépité, sous couvert d’anonymat.

La conséquence d’un tel goulet d’étranglement au sommet de la chaîne de décision est immédiate et dramatique : des contrats ou des marchés purement et simplement résiliés par les maîtres d’ouvrage pour défaut d’exécution dans les délais requis, entraînant de lourdes pertes financières et le classement sur la liste rouge des entreprises interdites de concourir aux marchés futurs.

Les critiques des opérateurs ciblent également un management interne qualifié de « terrorisant » pour les collaborateurs de dame Alice Afiavi Agbocou, empêchant toute fluidification des circuits de validation, alors même que l’institution affiche une certification ISO. « On se demande si les délais de traitement des dossiers s’appliquent aux collaborateurs mais s’effacent dès qu’il s’agit de la DGA », s’interroge un client.
Coulisses d’un recoupement électrique : quand NSIA Banque choisit l’intimidation

Soucieuse de l’équilibre des informations sur fond de rigueur déontologique, la rédaction de La Symphonie sollicite et obtient une rencontre d’explications le lundi 08 juin 2026 avec la direction générale de la banque. Reçue par une délégation de quatre cadres, notre équipe s’est heurtée à un climat d’une hostilité rare. Refusant catégoriquement de décliner formellement leur identité, les émissaires de la banque ont préféré orchestrer une stratégie de tension, mêlant intimidations directes et menaces à peine voilées de poursuites judiciaires contre notre journal. Un comportement marqué par une arrogance et une condescendance notoires de la part de l’un des représentants, qui illustre sans doute la fébrilité au sommet de l’institution face aux révélations des milieux d’affaires.

Sur le fond, la direction générale rejette en bloc toutes les accusations de lenteur. Pour sa défense, le top management met en avant un processus de crédit régulièrement testé, audité et approuvé par des partenaires de référence. Selon eux, la fluidité de ce mécanisme interne est précisément l’un des critères ayant garanti à NSIA Banque sa certification ISO.

Le “bouclier” du comité et la responsabilité rejetée sur les clients

Sur le rôle spécifique de la DGA Alice Afiavi Agbocou dans la lenteur du traitement des dossiers, la direction a fait bloc derrière sa dirigeante. Elle dénie toute responsabilité individuelle de la DGA, arguant que l’octroi de crédits relève exclusivement d’une gouvernance collégiale. La validation des crédits serait, selon eux, l’œuvre d’un comité où siègent plusieurs intervenants. En conséquence, à les croire, personne, pas même la DGA, ne pourrait donc bloquer un comité à lui seul.
Pour justifier les délais d’attente, la banque oppose une argumentation technique et méthodologique, segmentant le traitement en deux étapes distinctes : d’un côté, l’instruction pure qui englobe l’analyse financière du dossier, et de l’autre, la prise de garanties qui constitue la phase indispensable de formalisation juridique.

Selon la direction, la lourdeur provient quasi exclusivement du manque de réactivité de certains opérateurs économiques. La banque soutient que son outil d’évaluation est parfaitement calibré, mais que si un dossier n’est pas soumis d’emblée dans le format réglementaire requis, son traitement est logiquement ralenti. De plus, NSIA Banque pointe du doigt le manque de coopération de certains clients, qui tarderaient à répondre aux demandes d’éclaircissements indispensables à la validation de des dossiers.

Dans cet élan de justification, la direction a d’ailleurs livré ses propres standards temporels : si un dossier est parfaitement constitué et coche toutes les cases techniques, son traitement peut durer un mois ou moins. Dans le cas contraire, ou selon la complexité des structures financières demandées, le délai peut s’étirer jusqu’à deux mois. Un timing que la banque juge normal, mais qui corrobore pourtant les délais dénoncés par les entrepreneurs comme étant fatals pour leurs marchés.

Ce que dit le droit : l’obligation d’un « délai raisonnable » et la responsabilité bancaire

Bien que le principe fondamental de la liberté de crédit donne le droit à une banque de refuser un prêt sans avoir à se justifier, la jurisprudence de la sous-région (notamment les orientations de la Cour commune de justice et d’arbitrage – CCJA de l’OHADA) encadre strictement la phase précontractuelle.

Le devoir de loyauté et de diligence : dès lors qu’une banque accepte d’instruire un dossier de crédit, elle entre en phase de “pourparlers” avec son client. S’emmurer dans le silence pendant plusieurs mois, tout en sachant que le client est lié par des délais de rigueur, constitue une rupture abusive des pourparlers.

La théorie du délai raisonnable : les tribunaux de commerce considèrent qu’un professionnel de la banque a l’obligation de notifier son refus dans un “délai raisonnable” pour permettre à l’opérateur économique de saisir un autre établissement ou restructurer son plan de financement. Le silence passif privant le client de cette alternative cause un préjudice direct appelé perte de chance, qui ouvre droit à des dommages et intérêts.

Dans l’espace UMOA, la responsabilité civile d’une banque reste soumise aux règles de droit commun de l’État où elle opère. Au Togo, c’est le Régime général des obligations (RGO) principalement régi par le Code civil combiné aux Actes uniformes de l’OHADA, qui sert de fondement textuel.

La faute par négligence ou omission, indiquée à l’article 140 du RGO pose le principe qu’en matière bancaire, le silence prolongé ou l’inertie face à une demande de financement d’un marché à option (où le temps est critique) est qualifié juridiquement de faute par omission ou de manque de diligence.

Un appel à la régulation de la BCEAO

Face à ces difficultés, les milieux d’affaires nationaux interpellent directement la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) et la Commission bancaire de l’UMOA. En tant qu’organes de tutelle et de régulation, il leur est demandé de contraindre les banques commerciales de la place à formaliser, à publier et à vulgariser leurs chartes de délais de traitement des dossiers de crédit d’entreprise.

Contactés par notre rédaction, certains cadres internes de l’institution partagent également, sous le sceau du secret, un malaise certain quant à une centralisation excessive des circuits de décision, qui bride l’élan commercial de la banque au Togo.

Pour l’heure, les opérateurs lésés n’entendent pas en rester là. Si aucun recadrage managérial n’est opéré par l’état-major de Nsia-Togo, le différend pourrait se transporter sur le terrain judiciaire.

Une publicité dont l’institution, dans un marché togolais de plus en plus concurrentiel, se serait bien passée.

Source : LA SYMPHONIE, N° 293 du 25 juin 2026