Vᵉ République : Le Togo en quête d’un Président consensuel pour transcender les clivages

Alors que le Togo s’apprête à tourner une page décisive de son histoire politique avec l’entrée en vigueur pleine et entière de sa nouvelle constitution, la classe politique s’attelle à une tâche aussi symbolique que cruciale : l’élection du premier Président de la Vᵉ République. Dans un paysage politique souvent marqué par la discorde, la quête se concentre sur une personnalité capable de faire l’unanimité et d’incarner l’unité nationale.

Le 6 mai 2025 marquera l’application complète de la réforme constitutionnelle qui a fait basculer le pays d’un régime présidentiel à un régime parlementaire. Dans ce nouveau schéma institutionnel, le Congrès, composé des députés et des sénateurs, sera prochainement convoqué pour désigner le chef de l’État.

Si la fonction présidentielle est désormais largement honorifique, le véritable pouvoir exécutif revenant au Président du Conseil des ministres, le choix de celui ou celle qui incarnera la nation n’est pas pris à la légère. Mohammed Tchassona Traoré, 2ᵉ Secrétaire parlementaire du Sénat et figure du parti d’opposition MCD, insiste sur le profil rassembleur que devra arborer le futur président.

« Ce n’est pas forcément un acteur politique que nous voulons voir là-bas. Nous cherchons une personne qui fait l’unanimité, qui n’est pas très clivante », a-t-il affirmé. Pour ce fin connaisseur de la vie politique nationale, la personnalité choisie, qu’elle soit un homme ou une femme, « doit être au-dessus de nos récurrentes divisions ».

Le “cas d’école” togolais

Cette recherche d’un consensus présidentiel met en lumière les fractures qui traversent la scène politique. Mohammed Tchassona Traoré n’hésite pas à peindre un tableau sans concession de la situation, livrant une analyse devenue presque proverbiale.

« Nous sommes devenus un cas d’école ou encore une curiosité où la seule chose sur laquelle on est d’accord au Togo, c’est qu’on n’est jamais d’accord », a-t-il déploré. Cet aveu souligne l’urgence de trouver une figure d’autorité morale capable de “taper du poing sur la table” pour fédérer les énergies autour des ambitions de développement du pays.

Deux élections, deux réalités

En contraste frappant avec les débats ouverts sur le profil du futur Président de la République, la désignation du chef de l’exécutif, le Président du Conseil, s’annonce comme une simple formalité. La nouvelle constitution est sans équivoque : ce poste revient de droit au chef du parti ou de la coalition détenant la majorité absolue à l’Assemblée nationale.

Avec 108 des 113 sièges remportés par le parti Union pour la République (UNIR) lors des dernières législatives, son leader, Faure Gnassingbé, est assuré d’occuper cette fonction. « Pour le Président du Conseil, les textes sont clairs. C’est une question constitutionnelle réglée », confirme M. Traoré. La procédure se limitera à une notification écrite au bureau de l’Assemblée nationale, avant une prestation de serment devant la Cour constitutionnelle.

Ainsi, à l’aube de cette nouvelle ère institutionnelle, le Togo présente un double visage : celui d’un pouvoir exécutif clairement identifié et celui d’une quête ouverte pour trouver le symbole de son unité. Le défi sera de dénicher la perle rare capable, enfin, de mettre tout le monde d’accord.