Le 5 février 2005, le Togo perdait l’une de ses figures les plus emblématiques, le Général Gnassingbé Eyadema, président de la République togolaise de 1967 à 2005. Vingt ans après sa disparition, la capitale togolaise a accueilli un colloque international de haut niveau, organisé le 03 février 2025, pour commémorer l’héritage de cet homme d’État, considéré comme le « Père de la Nation ». Placé sous le haut patronage du président Faure Gnassingbé, fils du défunt, cet événement a réuni des personnalités politiques, des chercheurs et des diplomates venus de plusieurs pays africains pour revisiter l’œuvre et la philosophie de celui qui a marqué l’histoire du Togo et de l’Afrique.

Un hommage officiel et académique
Le colloque, organisé par le ministère de l’Enseignement supérieur et de la recherche, a été ouvert par le ministre Kanka-Malik Natchaba, en présence de la cheffe du gouvernement, Victoire Tomégah-Dogbé. Cet événement a permis de rassembler des experts, des historiens et des témoins de l’époque pour analyser les multiples facettes de la vie et de l’action du Général Eyadema.
Le professeur Kadanga Kodjona, président du comité scientifique du colloque, a souligné l’objectif de cette rencontre : « Revisiter les grands moments de l’engagement de Gnassingbé Eyadema en faveur de la paix, tant au niveau national que régional, et analyser sa contribution au développement socio-économique du Togo. Il s’agit aussi de permettre aux jeunes générations de s’approprier ce pan de l’histoire commune. »
Deux axes pour comprendre l’homme et son œuvre
Les travaux du colloque se sont articulés autour de deux axes principaux. Le premier, modéré par Me Robert Dossou, ancien bâtonnier et ministre béninois, a exploré le rôle du Général Eyadema dans les enjeux de paix en Afrique. Le second, animé par le professeur Kokou Folly Hétchéli de l’Université de Lomé, s’est concentré sur sa trajectoire, de militaire à homme politique. Cette double approche a permis une analyse approfondie et nuancée de son parcours.
Un héritage politique et économique marquant
Gnassingbé Eyadema a dirigé le Togo pendant près de quatre décennies, une période marquée par des défis majeurs, mais aussi par des réalisations significatives. Les participants au colloque ont rappelé son engagement pour la réconciliation nationale, dans un contexte de divisions profondes au lendemain de l’indépendance. « Face aux fractures sociales et politiques, Eyadema a initié une politique de réconciliation et de relance économique qui a permis de restaurer la cohésion nationale », a expliqué le professeur Kodjona.
Sur le plan économique, le Général Eyadema est crédité de la construction d’infrastructures administratives et industrielles, grâce à des plans quinquennaux ambitieux. Ces réalisations ont jeté les bases du développement économique du Togo, même si certaines critiques persistent.
Un médiateur infatigable pour la paix en Afrique
L’un des aspects les plus salués lors du colloque a été le rôle de médiateur joué par Eyadema dans plusieurs conflits africains. Ses interventions diplomatiques ont été déterminantes dans la résolution de crises majeures, notamment au Libéria, en Sierra Leone et en Côte d’Ivoire. En 1996, il a facilité la création d’une plateforme de négociations au Libéria, aboutissant à un cessez-le-feu et à un gouvernement de transition. En Sierra Leone, ses efforts ont conduit à l’accord de paix de Lomé en 1999, mettant fin à une guerre civile dévastatrice.
Le ministre Kanka-Malik Natchaba a rendu hommage à cette dimension de l’action d’Eyadema : « Son engagement pour la paix en Afrique reste un exemple pour les générations futures. Il a su utiliser son influence pour apaiser les tensions et favoriser le dialogue entre les parties en conflit. »
Témoignages et reconnaissance internationale
Le colloque a également été l’occasion pour plusieurs personnalités venues du Bénin, du Burkina Faso, du Congo, du Tchad et de la Côte d’Ivoire de partager leurs témoignages sur l’homme et son action. Ces interventions ont mis en lumière les relations qu’Eyadema entretenait avec ses pairs africains, ainsi que son rôle dans la création de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). Le traité de Lagos, signé en 1975, reste l’une de ses contributions majeures à l’intégration régionale.
Un héritage à transmettre aux jeunes générations
Au-delà des hommages, le colloque a souligné l’importance de transmettre l’héritage du Général Eyadema aux jeunes générations. « Comprendre sa philosophie et son action, c’est aussi comprendre les fondements de la nation togolaise », a rappelé le professeur Kodjona. Les débats ont ainsi permis de contextualiser son règne dans l’histoire mouvementée du Togo, tout en ouvrant des pistes de réflexion pour l’avenir.
Un hommage à la mesure de l’homme
Vingt ans après sa disparition, le Général Gnassingbé Eyadema continue de susciter des débats et des réflexions. Ce colloque international a été l’occasion de dresser un bilan nuancé de son œuvre, en mettant en lumière ses réalisations tout en reconnaissant les défis de son époque. Pour le Togo et l’Afrique, Eyadema reste une figure complexe, à la fois controversée et admirée, dont l’héritage continue d’influencer le présent et l’avenir.
Alors que les participants ont quitté Lomé avec des perspectives enrichies, une chose est certaine : le Général Eyadema a marqué son temps, et son histoire mérite d’être racontée, analysée et transmise. Comme l’a résumé le ministre Natchaba, « ce colloque n’est pas seulement un hommage, c’est aussi une contribution à l’écriture de l’histoire de notre continent. »
