Suspension illégale des championnats, calomnie, abus de pouvoir… Lidi Bessi Kama persécute Akpovy

Suspension des championnats de football masculin et féminin (D1 et D2), dénonciation calomnieuse de mauvaise gestion financière, le ministre des Sports et des loisirs, Dr Lidi Bessi Kama, dégaine ses dernières armes pour tenter d’abattre à bout portant Guy Akpovy, rescapé des tentatives de délogement de la présidence de la Fédération togolaise de football (FTF).

Le 03 février 2024, le ministre Lidi Bessi Kama a brillé par son absence au congrès ordinaire et électif de la FTF, après quelques épisodes au scénario calqué sur l’éviction du colonel Guy Akpovy de la Fédération. La première partie de la série échouée, d’autres épisodes se développent pour chasser l’éclaircie de la stabilité et installer les ténèbres crisogènes en vue de détruire le nouvel édifice du football en construction. Vêtue de la toge d’avocate des clubs de la Ligue des Savanes, madame le ministre des Sports, par courrier n°150/MSL/CAB/24 daté du 09 février, décide de la suspension temporaire des championnats de football masculin et féminin (D1 et D2).

Sur le fond, de l’incohérence

D’abord sur la forme, il y a lieu de rappeler aux institutions qui interviennent dans la communication publique que les documents administratifs, quelle que soit la forme, véhiculent des valeurs mais aussi participent à la formation des citoyens notamment les apprenants, sur le plan littéraire. Il est regrettable que ces documents soient truffés de fautes françaises graves, à l’exemple de : “par lettre cité”, qui introduit le courrier n°150/MSL/CAB/24, ou de “aux dites”. “cité” dans ce cas s’accorde avec “lettre” et prend “e”, et “aux dites” s’écrit en un seul mot, car selon les règles de l’académie française, on écrit en un seul mot les termes composés d’un article et de « dit » ou de « dite ».

Sur le fond, le deuxième paragraphe retient attention. “Je prends acte de vos éclaircissements et suggestions de solutions afin de répondre aux dites préoccupations. Toutefois, tenant compte du contexte sécuritaire particulier de la région des savanes et pour préserver le climat de paix et de cohésion sociale chèrement acquis par le gouvernement, je vous invite à surseoir temporairement la poursuite du déroulement des différents championnats de football masculin et féminin (D1 et D2)“.

Cette partie du courrier renvoie à une préoccupation des clubs des Savanes qui se plaignent de ne pas recevoir des matchs à domicile sur leurs propres installations. Alors, si le ministre reconnaît la prévalence de l’insécurité dans cette zone, d’ailleurs soumise par le gouvernement à un régime d’état d’urgence sécuritaire, implicitement elle admet que le contexte ne convient pas à la pratique du sport de compétition pouvant drainer une grande foule. Comment donc justifier la motivation principale de sa décision de suspendre les championnats? En convoquant une réunion tripartite, s’attend-elle à une conclusion qui débouche sur la possibilité des clubs des Savanes de jouer désormais sur leurs installations? L’État peut-il vraiment autoriser la tenue de matchs de championnats nationaux dans les Savanes en cette période sensible? Aussi la ministre a-t-elle pensé à la position des autres clubs? Combien de clubs des autres régions du Togo sont prêts en ce moment à aller jouer un match de 90 minutes à Dapaong ou à Mango? Une kyrielle de questions qui fondent le caractère incohérent de la motivation de la décision de suspendre les championnats. Par ailleurs, d’après le courrier susévoqué, la FTF, répondant à une interpellation, a envoyé au ministre des Sports un document dans lequel elle a exposé des approches de solutions pour répondre aux préoccupations de la ligue des Savanes, alors pourquoi le ministère ne travaille pas sur ce document, et qu’il soit obligé de suspendre les championnats. Mieux, en convoquant une réunion tripartite pour écouter tous les acteurs, pourquoi ne pas attendre les conclusions issues des échanges, avant d’envisager, si nécessaire, la suspension des championnats? Cette décision impopulaire paraît comme le produit d’une navigation à vue et reflète tout simplement l’autoritarisme dont Dr Lidi Bessi Kama a toujours usé dans la gestion des relations avec les différentes fédérations relevant de la tutelle de son ministère, également avec le Comité national olympique du Togo.

Abus de pouvoir

Le sport, et particulièrement le football, est devenu un important phénomène social en raison de sa popularité, de son gigantisme et des enjeux multiples qu’il renferme. Dès lors, aucun État ne saurait se désintéresser du sport qui constitue un des éléments de son prestige. Mais les États n’interviennent dans la gestion du sport que par délégation de pouvoirs aux organismes privés, et la cogestion par les deux entités est soumise à des règles plus ou moins rigides. La délégation de pouvoirs postule donc à l’existence de rapports hiérarchiques entre le délégant et le délégataire. Par principe. Mais dans la pratique, les rapports ne sont pas tant hiérarchiques, car en réalité, le ministère des Sports n’exerce sur les fédérations qu’un contrôle de tutelle.

L’organisation des compétitions sportives est une prérogative des fédérations sportives, comme l’atteste la loi N°2011-017 du 16 juin 2011 portant Charte des activités physiques et sportives au Togo, en son article 18 qui dispose : “La fédération sportive, au titre de la délégation de pouvoir du ministre chargé des sports, est investie des missions suivantes : (…) faire respecter par ses adhérents, les règles techniques et déontologiques de la ou des disciplines dont elle a la charge, conformément aux règles édictées par la ou les fédérations et autres organismes internationaux; organiser les compétitions sportives à l’issue desquelles sont délivrés des titres préfectoraux, régionaux, nationaux et internationaux et procéder aux sélections correspondantes, en vue de la constitution des équipes nationales;…“. En clair, le ministre des Sports n’est donc investi d’aucun pouvoir pour suspendre les championnats. Aucun texte ne lui confère ce pouvoir, excepté dans un cas de force majeure où le pouvoir politique prédomine les autres pouvoirs. Or en l’espèce, les revendications des clubs des Savanes ne constituent en rien un cas de force majeure.

L’organisation des championnats de football comprend non seulement l’organisation matérielle mais également le pouvoir d’édicter des règles régissant ces compétitions, et la FTF est tenue d’assurer leur respect avec la latitude d’infliger des sanctions à ceux qui y contreviennent. La FTF participe ainsi à l’exercice du pouvoir réglementaire, car dotée de prérogatives de puissance publique. C’est donc en termes d’autorité et non d’égalité résultant des liens d’association que s’établissent les rapports entre la FTF et ses membres. Ce pouvoir de contrainte résulte du fait que la FTF jouit d’un monopole à l’égard de la discipline qu’elle anime. Un club est tenu d’adhérer à la fédération si elle veut participer aux compétitions officielles. Or l’adhésion et la participation libre aux compétitions impliquent de facto le respect des règles de compétitions. Et le respect de ces règles couvre l’entière saison.

Il ne revient donc pas au ministre des Sports de décréter la suspension des championnats qui sont régis par des textes de la Fédération inspirés par ceux de la CAF et de la FIFA. Par influence politique, le ministre des Sports peut subtilement amener le président de la FTF à suspendre les championnats pour des raisons objectives, mais de son propre chef, en prenant unilatéralement une telle décision, elle se fourvoie et se rend coupable d’abus de pouvoir.

La régularité des championnats nationaux est le fruit d’une gestion parcimonieuse et responsable des fonds affectés à la FTF

Mauvaise gestion des fonds, ces propos calomnieux de Lidi Bessi Kama

La calomnie est définie comme une « accusation mensongère qui blesse la réputation et l’honneur » ou une « utilisation systématique d’allégations mensongères en vue de discréditer quelqu’un ». Cette définition semble caractériser convenablement les propos scandaleux tenus par le ministre Lidi Bessi Kama au lendemain de la suspension des championnats sur New World TV, dans l’émission LET’S TALK!. Un coup de communication aux objectifs illisibles complètement raté, de l’habillement en noir/gris, tremblement de la voix, défaut de maîtrise du lexique football, aux digressions indigestibles.

Savourez cet extrait où la ministre des Sports se prononce sur la question des infrastructures sportives au Togo.

Alors que aujourd’hui, le football, nous avons l’avantage d’être le continent le plus jeune, nous avons l’avantage d’avoir un continent où tout est à reconstruire, donc il ne suffit que de travailler, il suffit juste d’avoir un plan stratégique ambitieux et de commencer donc la construction de ces infrastructures. Mais pour cela, pour pouvoir faire venir les investisseurs, il faut adopter la transparence dans tout ce que nous faisons, mais c’est ça qui est difficile, il y a toujours un problème de transparence. Et comme la plupart des disciplines sportives jouissent de la double tutelle de la fédération internationale et du ministère, il y a un flou total qui est là autour de cet argent, et finalement qui ne profite à personne, pour ne pas dire jusqu’aux premiers dirigeants, et ça aussi c’est temporaire, c’est ce qu’ils oublient. Alors que dans la durée, si on construisait les infrastructures, non seulement on laisse un nom pour la postérité, mais également on crée de la richesse, mais sur une longue durée. Donc voilà le challenge, un réel challenge”.

Un galimatias difficile à décrypter, trop garni de coq-à-l’âne et de creux.

Ce morceau : “Nous avons l’avantage d’être le continent le plus jeune, nous avons l’avantage d’avoir un continent où tout est à reconstruire“, n’a absolument aucun sens et illustre si bien le manque de lucidité et de structuration du discours, le défaut de préparation de l’intervention médiatique qui favorise l’égarement, et par ricochet la perte du fil du développement. Ce qui conforte la méconnaissance et la non maîtrise du sujet décortiqué. C’est à peine le téléspectateur peut croire que cette prestation porte la signature d’un ministre issu d’un gouvernement saturé de ministres hautement compétents à tous les niveaux.

Pour construire les infrastructures sportives, Dr Lidi Besi Kama n’engage pas la responsabilité de l’État, ne dessine pas les contours des contributions de la FTF, a contrario, elle renvoie aux investisseurs qui doivent venir concrétiser “un plan stratégique ambitieux“. C’est pour faciliter la tâche à ces investisseurs qu’elle pointe du doigt le flou, donc l’absence de transparence, dans la gestion des fonds alloués aux fédérations sportives, la FTF sous- entendue, par les instances internationales. En affirmant, sans réserve que “il y a un flou total qui est là autour de cet argent“, madame le ministre verse dans la désinformation et l’intoxication de l’opinion publique, s’il s’agit de la FTF.

Le ministre des Sports n’a aucun pouvoir de contrôle sur les fonds alloués à la FTF par la CAF et la FIFA; Dr Lidi Bessi Kama fait montre d’une ignorance effroyable de l’usage fait de ces fonds par la FTF et des résultats de contrôles et audits engagés par les donateurs. Si ce n’est le cas, elle serait carrément dans la manipulation de l’opinion publique à des fins inavouées.

En effet, chaque année, la FTF subit deux audits. L’audit statutaire exécuté par le Cabinet AEC dont le rapport est communiqué aux délégués lors des divers congrès ordinaires de l’instance. Le second audit appelé audit central est exécuté par la FIFA elle-même, qui désigne un cabinet international pour auditer les comptes de la FTF. En 2020 et 2021, c’est le cabinet béninois Mazars qui a été désigné pour auditer les comptes FIFA de la FTF. Pour l’année 2022, c’est le cabinet suisse Pwc qui a été mandaté. Aucun audit n’a révélé la moindre malversation, les anomalies mineures constatées relèveraient des procédures administratives. La FIFA, et au-delà, les membres de la FTF, sont les mieux placés pour accuser Guy Akpovy de défaut de transparence dans la gestion des fonds, et non autre personne, fût-elle ministre des Sports.

Conformément à l’article 52 de la loi n°2011- 017 portant charte des activités physiques et sportives du Togo, “Le ministre chargé des sports assure un contrôle permanent de l’utilisation des subventions accordées par l’Etat“. Depuis huit ans, ni la ministre Bessi Kama ni ses compétents prédécesseurs n’ont jamais trouvé à redire sur la gestion des fonds de l’État alloués à la FTF. Les fonds de la FIFA ne sont pas accordés par l’Etat, le ministre des Sports ne puit prétendre y exercer un contrôle.

Aussi faut-il le souligner, sans une gestion rigoureuse des fonds de la FIFA, les subventions de l’État n’auraient jamais suffi à faire rouler le ballon sans interruption depuis huit saisons au Togo. Tenez! Ces trois dernières années, le montant total des subventions allouées par l’État aux clubs se chiffre dans le meilleur des cas à 180 millions FCFA par saison. Or, les championnats nationaux de première, deuxième divisions masculin et féminin, saison sportive 2021-2022, ont globalement coûté à la FTF 500.531.342 francs CFA dont 94.500.000 seulement apportés par l’État togolais, 406.031.342 francs CFA ont été alors mobilisés par la FTF sur fonds propres. Les championnats nationaux saison sportive 2022-2023 ont globalement coûté, à la FTF, la somme de 661,028,977 francs CFA dont 178,750,000 apportés par l’État togolais, et donc 482,278,977 francs CFA financés par la FTF sur fonds propres. Le budget d’organisation des championnats nationaux et Coupes saison sportive 2023-2024 est évalué à 800.000.000 francs CFA dont 173.000.000 attendus de l’État togolais. La FTF devrait apporter les 627.000.000 francs CFA complémentaires. Rappelons aussi que la prime du champion D1 est passée de 5 à 20 millions, même s’il est possible de mieux faire encore. Mauvaise gestion, dites-vous, alors que la FTF ne bénéficie même pas d’un copeck de l’État au titre de budget de fonctionnement, comme c’est le cas ailleurs.

Sur la question des infrastructures

La construction des stades de football ou globalement des infrastructures sportives publiques relève des prérogatives de l’État, comme l’appuient si bien les textes, notamment la loi n°2011- 017 portant charte des activités physiques et sportives du Togo. Le titre V de cette loi est consacré aux infrastructures et équipements sportifs, et l’article 42 dispose : ” L’autorité politique et administrative conçoit, élabore et met en œuvre un plan cadastral de planification, de programmation et d’exécution des installations et des équipements sportifs, socio-éducatifs et de loisir; subventionne la recherche dans les sciences appliquées au sport, les centres de médecine du sport et les études pédologiques pour la construction des infrastructures durables“. Plus loin, l’article 53 renchérit : “Les communes, préfectures et régions, en collaboration avec les services extérieurs du ministère chargé des sports, apportent leurs concours pour le financement des programmes : de réalisation des installations sportives; d’aide aux associations sportives; de soutien à l’animation sportive et au loisir; de formation“.

Dans un pays voisin, le Bénin, dans sa volonté de promouvoir le football, le gouvernement a construit 22 stades dans différentes communes à travers le pays. Depuis son entrée au gouvernement le 1er octobre 2020, quels programmes portant construction d’un seul stade la ministre Lidi Bessi Kama a soumis à l’approbation du gouvernement? Pas un seul. Et pourtant cela relève bien de sa mission. Elle n’a même jamais tenu une seule séance de travail avec les collectivités territoriales pour les exhorter à inclure dans leur vision de développement des projets de construction d’infrastructures sportives. Aujourd’hui, elle trouve que le seul citoyen togolais à incriminer pour absence d’infrastructures sportives dans les Savanes, c’est bien le colonel Guy Akpovy. Certes, la FTF a une partition à jouer, mais de droit, il ne lui revient pas de construire des stades de football et les mettre à disposition des clubs.

« La FTF peut solliciter l’appui de l’État, des partenaires techniques et financiers, ou des sponsors privés, pour réaliser des projets d’amélioration ou de rénovation des stades existants, ou de création de nouveaux stades, selon les besoins et les priorités du football togolais. La FTF peut également mettre à disposition des clubs les stades dont elle dispose, dans le respect des règles et des conditions d’utilisation établies”, clarifie le secrétaire général de la FTF, Herve Agbodan.

Soulignons tout de même que les textes ont mis également l’accent sur les initiatives privées. L’article 43 par exemple, de la loi suscitée, indique : ” L’État, les collectivités territoriales et les autres personnes créent ou installent les infrastructures susceptibles de favoriser la pratique des activités physiques dans le cadre du sport de masse, du sport pour personne vivant avec un handicap, de loisir ou du sport de haut niveau, conformément aux dispositions prévues par la présente loi”.

A bien assimiler cette disposition, les cadres, les hommes d’affaires et les présidents de clubs de la région des Savanes peuvent, dans le cadre d’initiatives privées, entreprendre la construction d’infrastructures sportives, sans forcément attendre l’État et la fédération, comme c’est le cas du Stade Général Ameyi, aux normes CAF, à Womé, œuvre du charismatique Gabriel Améyi
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De la persécution

Toutes ces clarifications faites, qu’est-ce-qui peut raisonnablement justifier l’acharnement de la ministre Lidi Bessi Kama contre la FTF et son président sur la question de manque d’infrastructures dans la région des Savanes? Comment affirmer publiquement, sans preuves, que des fonds sont mal gérés? Comme une prédatrice qui attendait une opportunité rêvée pour venger, Dr Lidi Bessi Kama s’approprie les revendications de la ligue et des clubs des Savanes pour bondir férocement sur sa proie, Guy Akpovy.

«C’est à se demander, au vu des gesticulations du ministre, si ce n’est pas elle-même qui tire les ficelles pour alimenter la fronde de la ligue des savanes et de ses clubs contre la FTF», commente un dirigeant de club.

Les relations entre le ministère des Sports et la FTF ont été souvent empreintes de tumulte, mais la ministre LBK semble pousser le bouchon trop loin, renvoyant l’image de la persécution d’un ennemi (Akpovy) qu’il faut éliminer coûte que coûte.

Madame le premier Ministre, Victoire Dogbe, un modèle dans la gestion du pouvoir politique par la femme, est interpelée, elle devrait prendre les dispositions nécessaires pour stopper les sorties de route si fréquentes de la ministre des Sports, avant qu’elle ne parvienne à plonger le football togolais dans un nouveau chaos.

L’opinion sportive attend impatiemment les conclusions de la réunion tripartite d’échange convoquée par la toute-puissante Dr Lidi Bessi Kama.

Yves GALLEY

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