À quelques jours du coup d’envoi de la première Coupe du monde à 48 équipes en Amérique du Nord, la compagnie nationale marocaine muscle son offre. Avec un tarif agressif à cinq chiffres et une logistique inédite vers la côte Est américaine, la RAM rejoue la carte de la ferveur populaire, deux ans après l’épopée historique de Doha.
C’est un défi logistique et commercial à la mesure des ambitions de la diplomatie sportive marocaine. Alors que la fièvre du Mondial 2026 s’empare du royaume à quelques semaines du match d’ouverture, Royal Air Maroc (RAM) a dévoilé ce mardi un plan de vol exceptionnel. L’objectif : transposer la marée rouge et verte, qui avait ébloui le Qatar en 2022, sur le continent américain.
Pour cette édition tri-nationale (États-Unis, Canada, Mexique), le transporteur aérien s’apprête à injecter une capacité massive sur le marché transatlantique, traditionnellement ultra-concurrentiel et soumis à une forte inflation tarifaire en période estivale.
Un pont aérien de 32 vols vers la côte Est
Entre le 13 et le 24 juin 2026, la compagnie aérienne déploiera 32 rotations supplémentaires, représentant une offre nette de 8 800 sièges entièrement dédiés aux supporters des Lions de l’Atlas. Fidèle à sa stratégie de hub, l’essentiel de ces flux sera opéré au départ de l’aéroport international Mohammed V de Casablanca.
Cette offensive aérienne se concentre sur trois places fortes de la côte Est des États-Unis, là où la sélection nationale disputera ses matchs de poule :
- New York (JFK) : pivot central du dispositif. Entre le 11 et le 15 juin, 12 vols charters s’ajouteront aux fréquences régulières. Au total, la RAM sera capable d’acheminer près de 7 500 passagers vers la Big Apple sur cette seule fenêtre.
- Boston (BOS) : 12 vols spéciaux sont programmés du 17 au 22 juin, garantissant une capacité de 3 300 sièges vers la capitale du Massachusetts.
- Atlanta (ATL) : c’est la grande nouveauté de ce plan de déploiement. Pour la première fois de son histoire, la RAM connectera directement Casablanca à l’aéroport international Hartsfield-Jackson, le plus grand hub mondial en termes de trafic passager. 8 vols y sont prévus entre le 22 et le 27 juin (2 200 sièges).
« Ce dispositif s’inscrit dans la continuité des opérations structurantes que nous avons menées avec succès lors des éditions en Russie en 2018 et au Qatar en 2022 », a précisé Abdelhamid Addou, Président-Directeur Général de la RAM.
La diplomatie du “Tarif Social” : le pari des 10 000 DH
Au-delà de la prouesse technique, c’est l’argument tarifaire qui retient l’attention des observateurs économiques. La RAM a acté un prix d’appel plancher de 10 000 dirhams (MAD) aller-retour en classe économique.
À l’heure où les billets d’avion réguliers pour l’été 2026 subissent de plein fouet la hausse des coûts des carburants durables et la forte demande liée au Mondial, ce tarif fixe s’apparente à un effort subventionné pour garantir une équité d’accès aux supporters.
Toutefois, le produit répond à des règles commerciales strictes : les billets, mis en vente dès le 20 mai à 09h00 sur le site de la compagnie et en agences physiques, sont soumis à des dates de voyage rigides et sont strictement non remboursables. Une stratégie qui permet à la compagnie de sécuriser ses taux de remplissage (load factors) sur des lignes à forte pression opérationnelle.
Une flotte de gros-porteurs mobilisée
Pour optimiser la rentabilité de l’opération et maximiser le confort sur des vols de plus de sept heures, la compagnie mobilisera exclusivement sa flotte de gros-porteurs, composée notamment de ses fleurons, les Boeing 787 Dreamliner.
Pour le management de la RAM, l’enjeu dépasse le simple cadre de la performance commerciale. Il s’agit d’un exercice grandeur nature de soft power et de logistique de crise, alors que le Maroc co-organisera la Coupe du monde 2030 aux côtés de l’Espagne et du Portugal. La réussite du corridor aérien de 2026 servira de vitrine internationale pour démontrer le savoir-faire de l’écosystème aéronautique et touristique national.
