« Si l’État est fort, il nous écrase, s’il est faible, nous périssons »; ce cruel dilemme de Paul Valéry proposant deux prémisses contradictoires tient, de toute façon, une vérité notoire : l’État doit se faire respecter.
En disposant de tous les leviers pour exercer la violence légitime, l’État togolais s’est fait respecter ce 12 avril 2024, jour sur lequel s’est levé un soleil de toutes les incertitudes. Mais à la fin, la seule lueur de certitude s’est imposée : pas de manifestation anti-constitution, comme le claironnèrent urbi et orbi les organisateurs. Ces derniers ont plus exposé les muscles devant les micros de journalistes plutôt qu’au rond-point Bè Gakpoto, lieu de rassemblement d’où devait démarrer en trombe la manifestation.
Jean-Pierre Fabre de l’ANC, Me Dodji Apevon des FDR et les leaders de 17 autres organisations, sur des airs de défiance du gouvernement, entendaient mobiliser dans la rue leurs militants et sympathisants pour protester contre l’adoption d’une nouvelle Constitution qui fonde une Ve République. Malgré la ferme interdiction des autorités.
Depuis le jeudi soir, le quartier Bè battait pavillon forces de l’ordre, et le vendredi matin, le dispositif sécuritaire a été renforcé, pour faire du rond-point Bè Gakpoto une cité imprenable. Il fallait attendre la mi-journée pour voir pointer sur les lieux Fabre, accompagné de Apevon. Une visite de routine très vite écourtée par les maîtres des lieux, qui ont même poussé l’outrecuidance d’empêcher les journalistes de faire leur travail, les renvoyant au siège des organisateurs de la manifestation. Curieux!
« Quand on déploie les forces de l’ordre et de sécurité à un endroit, les gens sont intimidés et ils ne peuvent pas venir. Donc le dispositif sécuritaire déployé sur place ne permet pas à nos militants de venir. Nous allons voir la suite demain », a déclaré, en toute impuissance, Jean-Pierre Fabre au lieu de rassemblement.
Les mauvaises approches de la lutte pour l’alternance, la duplicité de certains acteurs, l’égocentrisme, les discours creux peu impactants, les querelles intestines, les visions de gouvernance mal ficelées, entre autres, ont fini par affubler les opposants togolais d’accoutrement de la déloyauté et de la perfidie.
Si hier, des militants portés par le fanatisme aveugle sont capables de verser sueur et sang pour la cause de l’opposition togolaise, la donne a radicalement changé aujourd’hui avec une opinion de plus en plus éclairée et avertie.
L’échec cuisant des manifestations anti-constitution constituent-ils, pour l’opposition, des signes précurseurs des résultats du double scrutin du 29 avril prochain?
Yves Galley
