Le paysage économique de l’Afrique vient de connaître un basculement historique. Selon le dernier Indice d’industrialisation en Afrique publié par la Banque Africaine de Développement (BAD), le Maroc s’est hissé au premier rang des nations les plus industrialisées du continent. Le Royaume chérifien détrône ainsi l’Afrique du Sud, qui squattait la plus haute marche du podium depuis plus de quinze ans. Cette consécration vient couronner deux décennies d’une stratégie industrielle méthodique et agressive, tout en déplaçant durablement le centre de gravité productif du continent vers le Nord.
Les clés du succès : Le triptyque de la performance marocaine
L’ascension du Maroc au sommet de ce classement, qui évalue minutieusement 54 pays africains sur la période 2010-2024, n’est pas le fruit du hasard. Dans son rapport, la Banque africaine de développement (BAD) identifie trois leviers fondamentaux ayant permis au Royaume de réaliser cette progression spectaculaire : la montée en gamme industrielle, marquée par le passage d’une industrie de sous-traitance basique à des secteurs de haute technologie à forte valeur ajoutée, notamment l’automobile et l’aéronautique ; la diversification ambitieuse des exportations, qui a réduit de manière significative la dépendance aux secteurs traditionnels tels que les phosphates au profit de produits manufacturés complexes destinés aux marchés internationaux ; et enfin, une politique étatique soutenue, fondée sur la mise en œuvre de plans successifs d’accélération industrielle, offrant un cadre réglementaire stable ainsi que des infrastructures de classe mondiale, à l’image du complexe portuaire Tanger Med.
Ce modèle, résolument tourné vers l’attractivité des investissements directs étrangers (IDE) et l’intégration des chaînes de valeur mondiales, fait désormais figure de référence en Afrique.
L’Afrique du Nord, nouveau poumon productif du continent
Les performances marocaines portent également toute sa région vers le haut. Présenté parallèlement au rapport de la BAD, le premier Baromètre de l’investissement industriel en Afrique met en lumière une nette domination de l’Afrique du Nord. La région s’impose comme le territoire le plus attractif pour l’ancrage productif et la diversification industrielle.
Entre 2020 et 2025, l’Afrique du Nord a capté à elle seule 56 % de l’investissement industriel cumulé sur l’ensemble du continent, portée par le duo de moteurs que forment le Maroc et l’Égypte. Cette dynamique met en exergue le décrochage progressif de l’Afrique du Sud, longtemps perçue comme l’unique géant industriel subsaharien, mais aujourd’hui pénalisée par des crises structurelles énergétiques et logistiques.
Le défi du rééquilibrage territorial
Si cette consécration internationale valide les choix macroéconomiques de Rabat, elle soulève également des enjeux internes cruciaux.
Cette envolée industrielle ultra-rapide s’est concentrée de manière asymétrique sur l’axe littoral et les régions du Nord (Tanger, Kénitra, Casablanca), créant un contraste saisissant avec l’arrière-pays. Ce développement à deux vitesses a creusé des disparités socio-économiques et territoriales territoriales importantes.
Conscient que la durabilité de son modèle dépend d’une croissance inclusive, le gouvernement marocain s’attelle désormais à un nouveau chantier d’envergure : redresser ces déséquilibres en orientant les futurs projets industriels vers les régions intérieures et méridionales. L’objectif est clair : transformer ce leadership industriel externe en un moteur de prospérité partagée pour l’ensemble du territoire national.
