Guerre de l’information : un tweet du Marocain Omar Khyari contre Sport News Africa secoue le Maghreb

La Toile marocaine s’enflamme après l’appel au boycott du média Sport News Africa. Derrière la virulence numérique se cache le reflet d’une rivalité géopolitique et mémorielle que le sport et les médias peinent désormais à arbitrer.

Le thermomètre de la tension info-diplomatique entre le Maroc et l’Algérie vient de franchir un nouveau palier sur les réseaux sociaux. C’est un simple tweet, publié par l’activiste et citoyen marocain Omar Khyari via son compte @omar_khyari, qui donne l’alerte. Dans un message à forte charge patriotique, ce dernier a exhorté ses compatriotes à mener une offensive de désabonnement massif contre le média panafricain Sport News Africa ((@snewsafrica).

L’auteur du tweet écrit textuellement :

« Je demande à tous les Marocains patriotes, à partir d’aujourd’hui, de boycotter le média @snewsafrica , qui appartient à un Algérien et qui est dirigé par un Sénégalais en tant que rédacteur en chef, et qui fait son beurre sur les insultes contre le Maroc et son peuple. »

Cette sortie au vitriol, immédiatement relayée et commentée, illustre la porosité croissante entre le journalisme sportif, la nationalité des capitaux médiatiques et les passions nationalistes. En désignant nommément l’actionnariat algérien de la plateforme et sa rédaction en chef sénégalaise, le tweet déplace le débat du terrain strictement éditorial vers le terrain hautement inflammable des rivalités identitaires régionales.

Le sport, nouveau théâtre de la guerre froide maghrébine

Cet appel au boycott n’est pas un épiphénomène isolé ; il s’inscrit dans le prolongement direct d’une inimitié historique profonde qui paralyse les relations bilatérales entre Rabat et Alger depuis des décennies. Si le différend fondamental reste cristallisé autour de la question du Sahara occidental, sujet de discorde absolue depuis le départ des colonisateurs espagnols en 1975, la rupture diplomatique officielle consommée en août 2021 à l’initiative d’Alger a exacerbé les hostilités sur tous les fronts secondaires : diplomatique, culturel, économique, et désormais numérique.

Consulter le tweet d’ Omar Khyari

Ces dernières années, le football et les instances sportives africaines (CAF) sont devenus le principal exutoire de cette guerre froide. Qu’il s’agisse de l’interdiction de survol de l’espace aérien algérien pour l’équipe marocaine lors du CHAN 2023, des polémiques autour des symboles territoriaux sur les maillots de clubs (à l’instar de l’affaire du RS Berkane), ou encore des batailles d’influence pour l’attribution des grandes compétitions continentales, le rectangle vert est devenu le prolongement de la diplomatie par d’autres moyens.

L’engrenage de la suspicion médiatique

Dans cette configuration de crise permanente, les médias se retrouvent souvent pris en étau ou instrumentalisés comme des armes d’influence. Pour l’opinion publique marocaine, ultra-sensible à tout ce qui touche à l’intégrité territoriale ou à l’image du Royaume à l’international, les plateformes d’information panafricaines sont scrutées avec une vigilance de chaque instant.

L’accusation de « faire son beurre sur les insultes contre le Maroc », formulée par Omar Khyari, traduit ce sentiment de guerre cognitive où chaque choix éditorial, chaque omission ou chaque qualification d’un fait sportif est interprété à l’aune du prisme nationaliste.

Reste à savoir si cet appel au boycott numérique parviendra à ébranler le modèle économique du média visé, ou s’il contribuera simplement à creuser un peu plus le fossé, déjà abyssal, qui sépare les deux voisins du Maghreb.