Détention préventive de Loïc Lawson et Anani Sossou : des excuses publiques comme catalyseur d’une libération?

Le placement sous mandat de dépôt des journalistes Loïc Lawson et Anani Sossou est devenu depuis des jours le sujet qui magnétise toutes les attentions et monopolise l’actualité nationale. Une réalité qui vient rappeler la place ô combien importante du journaliste dans la société. Le journalisme, rouage essentiel de la démocratie, représente carrément une institution, et quand cette institution est touchée, les secousses se font fortement ressentir. L’emprisonnement de Loïc Lawson et d’Anani Sossou vient donner force à cette évidence.

Moins prudents et pris au piège des subtilités du Code de la presse et de la communication traversé par les sillons pénaux du droit commun, Loïc Lawson, directeur de publication de Flambeau des démocrates et président de l’UPF-Togo, et Anani Sossou, journaliste freelance, ont été soumis à une procédure judiciaire applicable à un quidam, et qui n’est pas encadrée par le principe sacré de la dépénalisation. Ils ont suscité l’intérêt de la justice suite à une plainte du ministre d’Etat en charge de l’Urbanisme, Kodjo Adedze, victime d’un cambriolage à son domicile de Kovié, localité située à 30 Km au Nord ouest de Lomé.

Estimant à 400 millions l’argent dérobé par les cambrioleurs, les confrères ont effectué un rétropédalage qui n’a pas fort pesé dans la balance pour effacer la diffamation dont s’est senti victime le ministre d’Etat. La justice aurait même pris en considération des impacts sociopolitiques de leur publication pour constituer un chef d’accusation supplémentaire : incitation à la révolte.

Le bouclier d’airain des journalistes englués dans de tels pétrins reste l’exposition de la preuve irréfutable des allégations publiées, mais les informations concoctées de sources concordantes confirment que Loïc Lawson et Anani Sossou ne s’en sont pas munis. Cette situation, comprise très tôt, a obligé tous les acteurs intervenant dans la recherche d’un dénouement heureux, à privilégier la diplomatie des couloirs appuyée par un discours public rodé pour apaiser le ministre plaignant. C’est bien dans cette dynamique générale de conciliation que s’est incrusté Madiambal Diagne, président de l’Union de la presse francophone.

“Je suis venu pour une démarche de conciliation”, a-t-il déclaré aux journalistes hier à Lomé lors d’une conférence de presse.

Les uns pouvaient attendre au cours de sa rencontre avec la presse un discours offensif tissé de déclarations blâmant et incriminant le plaignant et l’Etat togolais. Madiambal Diagne s’est montré plutôt mesuré et circonspect :

”Je suis venu la fleur au fusil, pas dans une logique de combat ou de défiance”.

Cette carte de la négociation, piochée par l’UPF pour gérer la communication sur cette affaire, vient renforcer les chances d’un dénouement heureux. Madiambal Diagne a affirmé avoir eu des discussions fructueuses avec des ministres du gouvernement notamment le plaignant.

Mais il ne faut pas se leurrer, les prévenus détiennent entre leurs mains, la grande clé pour provoquer la mansuétude du ministre d’Etat, Kodjo Adedze, et sauter les verrous de la prison civile de Lomé où ils sont détenus. Des excuses publiques représentent cette grande clé, et elles sont considérées, à ce stade, comme le catalyseur d’une mise en liberté, et pourquoi pas, d’une extinction de l’action publique.

La complexité du journalisme expose bien souvent les professionnels des médias à des risques dans l’exploitation des informations recueillies ou transmises. Se tromper, se faire induire en erreur par une source prétendument fiable, une erreur de jugement ou d’appréciation des faits, la manipulation subtile des acteurs politiques à des fins de nuisance d’un adversaire, l’imprudence dans la sécurisation juridique des productions publiées, assez de possibilités pour le journaliste de se rendre coupable de faute professionnelle. Et dans pareils cas, il est prouvé que l’humilité et l’honnêteté intellectuelle pour admettre un manquement restent les plus grands remparts pour rectifier les tirs et/ou attiser les feux de clémence des victimes, s’il y en a.

Le journaliste est une lumière au pied du peuple, la prison a le don d’éteindre cette lumière. C’est pourquoi le séjour de Loïc Lawson et d’Anani Sossou en prison est attendu pour être le plus court possible.

Yves GALLEY

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