Après le départ de Véron Mosengo-Omba, la Confédération africaine de football (CAF) doit choisir son nouveau secrétaire général. Parmi les prétendants, le Franco-Togolais Cédrick Aghey apparaît comme le profil le plus complet, à la croisée du droit, de la gouvernance et du football international. Une candidature qui illustre aussi la montée en puissance des compétences togolaises dans les arcanes du football continental, sous l’impulsion de Guy Akpovy, président de la Fédération togolaise de football (FTF).
La succession de Véron Mosengo-Omba ouvre une nouvelle séquence dans l’histoire récente de la Confédération africaine de football. Parti de ses fonctions à la fin mars dernier, après plus de cinq années à la tête de l’administration de l’instance, le Congolais a laissé derrière lui une organisation appelée à poursuivre ses réformes et à renforcer sa gouvernance. La CAF a confié, dans l’attente de la nomination d’un titulaire, le secrétariat général à l’intérimaire Samson Adamu.
Dans cette période de transition, plusieurs profils circulent pour prendre durablement les commandes de l’administration de la CAF. Mais un nom se détache particulièrement : celui de Cédrick Aghey. Le Togolais, actuel directeur des affaires juridiques et de la conformité de la CAF, possède un avantage décisif sur nombre de ses concurrents : il connaît de l’intérieur les mécanismes de l’institution, ses contraintes juridiques, ses équilibres politiques et les exigences croissantes auxquelles est confrontée la gouvernance du football africain.
Un profil taillé pour la gouvernance du football moderne
Le parcours de Cédrick Aghey constitue l’argument central de sa candidature. Juriste de haut niveau formé à la prestigieuse Berkeley Law (Université de Californie), dont il est titulaire d’un Master en droit (LL.M.), il a également renforcé son bagage académique par une spécialisation de pointe en gouvernance de l’intelligence artificielle à l’Université d’Oxford. Son champ d’expertise couvre des domaines devenus névralgiques pour les instances sportives contemporaines : le droit du sport, l’arbitrage international, la conformité réglementaire, la gouvernance institutionnelle et la lutte contre la criminalité financière.
Sa trajectoire professionnelle ne s’est pas construite uniquement autour du ballon rond. Avant d’intégrer les hautes sphères de la CAF, Cédrick Aghey a accumulé plus de douze années d’expérience au sein d’écosystèmes internationaux à haute exigence. Il a d’abord exercé dans le secteur bancaire et financier chez des géants mondiaux comme JPMorgan et BNP Paribas, avant d’apporter son expertise en gouvernance au Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme. Son immersion dans la gestion du sport s’est ensuite consolidée au cœur des plus grandes instances internationales : la FIFA, l’UEFA et World Athletics. Son profil associe ainsi la rigueur d’une culture juridique internationale aux réalités opérationnelles des grandes organisations sportives.
À la CAF, où il occupe aujourd’hui le poste de directeur des Affaires juridiques et de la conformité, cette expertise polyvalente prend une dimension hautement stratégique. Au quotidien, il supervise la gouvernance institutionnelle, pilote la gestion des risques de réputation et gère les contentieux complexes impliquant les 54 associations membres de la confédération.
Dans une période où les exigences de transparence, d’intégrité et de responsabilité financière déterminent directement la crédibilité des instances dirigeantes du football africain, Cédrick Aghey s’impose bien au-delà de son rôle technique. Il apparaît comme un administrateur accompli, capable d’appréhender la complexité d’une organisation continentale dans toutes ses dimensions. C’est précisément cette combinaison d’excellence académique, d’expérience internationale et de maîtrise intime des rouages internes de l’institution qui fait de lui, selon de nombreux observateurs, le prétendant en pole position et le mieux armé pour prendre la succession de Véron Mosengo-Omba.
Le Togo s’installe discrètement dans les hautes sphères du football africain
La candidature d’Aghey dépasse toutefois son seul parcours personnel. Elle intervient dans un moment où les compétences togolaises gagnent en visibilité sur la scène sportive internationale. Sous l’égide de Guy Kossi Akpovy, le Togo a considérablement renforcé sa présence dans les instances de décision et de gouvernance du football continental et international. Une implantation qui ne se limite plus seulement au terrain de jeu et qui traduit la montée en puissance de compétences togolaises dans les arcanes du football mondial.
Plusieurs responsables togolais occupent aujourd’hui des fonctions au sein des principales commissions de la CAF et de la FIFA. Mouhamed Nour-Dine Assindoh est vice-président de la Commission d’audit et de conformité de la CAF, tandis qu’Emmanuel Shéyi Adébayor siège à la Commission technique et de développement de l’instance africaine. Komlan Assogbavi, pour sa part, est membre du Jury d’appel de la CAF.
À la FIFA, la présence togolaise est également perceptible. Le colonel Agoro Médjéssiribi, deuxième vice-président de la FTF, siège à la Commission juridique de l’instance mondiale. Cette représentation s’étend jusqu’au sommet de la gouvernance. Guy Kossi Akpovy, en plus de son mandat au Comité exécutif de la CAF, est membre depuis plusieurs années de la Commission de discipline de la FIFA.
Par leur diversité et leur niveau de responsabilité, ces nominations dessinent les contours d’une influence togolaise désormais bien installée dans les structures du football africain et mondial. Elles témoignent surtout d’une évolution du rôle du Togo : au-delà de la compétition sportive, le pays entend désormais compter dans les espaces où se définissent les règles, se prennent les décisions et se dessine l’avenir du football. La trajectoire de Cédrick Aghey est l’un des exemples les plus visibles. Mais celle de Vincentia Enyonam Amedome, en constitue un autre, non négligeable.

Vincentia Amedome, l’autre visage de cette montée en puissance
L’arbitre togolaise s’est installée depuis plusieurs années parmi les références africaines de l’arbitrage féminin. Internationale FIFA depuis 2015, elle a déjà officié au plus haut niveau et a franchi cette année une nouvelle étape en devenant la première Togolaise certifiée arbitre VAR. Au Maroc, où se déroule actuellement la CAN féminine 2026, Amedome confirme cette ascension. Elle avait notamment été désignée pour diriger le match d’ouverture du pays hôte contre le Kenya, le 26 juillet à Rabat. Le symbole est fort : pendant que le Togo cherche à accroître son influence dans les structures de décision du football africain, l’une de ses arbitres les plus expérimentées s’impose, elle, sur les pelouses du continent.
Mercredi 12 août, Vincentia Amedome était au sifflet de la demi-finale Maroc-Cameroun, disputée à Rabat. Cette rencontre, remportée par le Maroc au terme de la séance des tirs au but après un 0-0, constitue l’un des rendez-vous majeurs de cette CAN féminine.
Sa prestation vient renforcer une réputation déjà solidement établie. Dans les milieux de l’arbitrage africain, son nom est désormais régulièrement cité parmi les arbitres féminines les plus en vue du continent. Une reconnaissance qui prend une résonance particulière à quelques jours de la finale de la compétition, prévue le 16 août à Rabat. Une génération togolaise qui change d’échelle. Le mouvement est suffisamment visible pour être relevé.
Aghey, une candidature qui coche plusieurs cases
Face à Cédrick Aghey, la concurrence ne manque pas d’arguments. Le Nigérian Samson Adamu, qui assure actuellement l’intérim au secrétariat général, dispose notamment d’un atout de taille : celui de la continuité. Sa connaissance des dossiers en cours et de l’appareil administratif de la CAF en fait naturellement un prétendant sérieux. D’autres candidats peuvent, eux aussi, s’appuyer sur une expérience éprouvée de la gestion institutionnelle ou du football professionnel, notamment Jean-Jacques Diene, ancien chef de cabinet du secrétaire général de la CAF, le Mozambicain Muhammad Sidat, ancien responsable du football professionnel à la CAF.
Mais le profil du Togolais se distingue par la diversité et la complémentarité de ses expériences. À la maîtrise des arcanes de la CAF s’ajoutent une expertise juridique de premier plan, une solide expérience internationale et une connaissance approfondie des problématiques de conformité et de gouvernance qui s’imposent désormais aux grandes organisations sportives.
Cette combinaison apparaît particulièrement pertinente au moment où la CAF cherche à consolider ses mécanismes institutionnels et à renforcer la confiance dans son fonctionnement. Les travaux récemment consacrés à l’évolution des statuts et des règlements de la CAF, notamment sur les questions liées à la gouvernance, aux instances juridictionnelles et à l’intégrité, illustrent cette nouvelle exigence. Cédrick Aghey est directement associé à ces chantiers, au cœur de ses responsabilités actuelles.
Son avantage pourrait précisément résider dans cette capacité à réunir plusieurs dimensions que la fonction exige désormais : rigueur juridique, compréhension des enjeux sportifs, culture de la conformité et expérience des environnements internationaux. Là où certains profils incarnent davantage la continuité administrative ou l’expérience institutionnelle, Aghey semble correspondre à une CAF désireuse de poursuivre sa professionnalisation et de consolider sa gouvernance.
Rien n’est encore joué, et le choix final relève des instances compétentes de la CAF. Mais au regard de son parcours et de ses responsabilités actuelles, Cédrick Aghey s’impose comme l’un des profils les plus complets de cette succession, voire comme le candidat présentant le meilleur équilibre entre expertise, expérience internationale et connaissance de la maison CAF.
Plus qu’une simple trajectoire individuelle, une éventuelle nomination de Cédrick Aghey consacrerait l’aboutissement d’une diplomatie sportive togolaise méthodique. En positionnant ses experts au cœur des leviers juridiques, administratifs et arbitraux de la CAF, le Togo franchit un cap stratégique : il ne se contente plus d’être un simple acteur du jeu, mais s’impose désormais comme l’un des architectes de la gouvernance du football continental.
Yves Galley
