Santé publique / À Kpalimé, le Sénat togolais se mobilise pour la refonte des droits en santé sexuelle et reproductive

La ville de Kpalimé, nichée au cœur de la région des Plateaux, abrite depuis le mercredi 20 mai 2026 un séminaire de haute importance institutionnelle. Trois jours durant, les sénateurs de la nouvelle législature se penchent sur les Droits en Santé Sexuelle et Reproductive (DSSR). Face à des indicateurs de santé publique encore critiques, cette rencontre vise à outiller les parlementaires pour une mise à jour profonde et urgente du cadre législatif national.

Une alliance stratégique pour relever le défi de la mortalité maternelle

Initié avec l’expertise technique et l’appui financier de la Direction de la Santé, de la Mère et de l’Enfant (DSME), cet atelier matérialise une synergie d’action forte entre l’appareil étatique et la société civile, représentée par l’Association Togolaise pour le Bien-Être Familial (ATBEF) et l’organisation internationale Ipas Afrique Francophone. L’enjeu est de taille : harmoniser et moderniser l’arsenal juridique togolais pour mieux protéger les femmes et les adolescents face aux réalités socio-sanitaires contemporaines.
Le tableau clinique du pays, bien qu’en amélioration, commande une action vigoureuse. Madame Noélie Koevi-Koudam, Directrice exécutive de l’ATBEF, a rappelé la distance qui sépare encore le pays de ses engagements internationaux :

« Le Togo continue de faire face à un taux de mortalité maternelle préoccupant, estimé à environ 400 décès pour 100 000 naissances vivantes, alors que la cible des Objectifs de Développement Durable (ODD) vise moins de 70 décès maternels pour 100 000 naissances vivantes d’ici 2030. »

Le rôle pivot de la chambre haute face aux drames de la clandestinité

Dans cette quête de solutions, le Sénat se retrouve en première ligne. En tant que seconde chambre du Parlement, son pouvoir d’examen, d’amendement et de suivi des politiques publiques est un levier fondamental pour faire évoluer les mentalités et les lois.

Monsieur Aboudou N. Soro, représentant de la Directrice régionale d’Ipas Afrique Francophone, a mis en lumière l’un des fléaux les plus tabous mais dévastateurs de la santé reproductive : les avortements clandestins et non sécurisés. Citant des données cliniques probantes, il a souligné que 18 % de cette mortalité maternelle est directement imputable aux complications hémorragiques consécutives à ces interruptions de grossesse à risque, plaidant ainsi pour un encadrement juridique plus réaliste et protecteur.

Entre acquis étatiques et impératifs de modernisation

Représentant le ministre de la Santé, la Directrice de la Santé de la Mère et de l’Enfant, Docteure Tchandana Makilioube, a tenu à rappeler le volontarisme politique du gouvernement à travers plusieurs réformes phares, notamment l’accès universel aux soins caractérisé par l’extension progressive de l’Assurance Maladie Universelle (AMU), le déploiement du bouclier social WEZOU dédié à l’accompagnement national de la femme enceinte et du nouveau-né, ainsi que la gratuité des actes médicaux via la subvention intégrale de la césarienne sur l’ensemble du territoire.

Tout en saluant ces progrès tangibles, la représentante gouvernementale a reconnu qu’ils demeuraient insuffisants au regard des urgences actuelles. S’adressant directement aux élus, elle a insisté sur leur responsabilité historique :

« Vous occupez une place décisive pour faire avancer l’alignement de notre cadre national sur les directives régionales et internationales dans un environnement constamment changeant. »

La première journée de travaux a été dense, rythmée par des communications fondamentales sur la cartographie des DSSR au Togo, l’état des lieux de la mortalité maternelle et l’analyse comparative de notre législation. Ce séminaire de Kpalimé pose ainsi les jalons d’un droit à la santé plus inclusif, moderne et résolument axé sur la préservation de la vie humaine.