À première vue, la hiérarchie du groupe semble clairement établie au regard du dernier classement FIFA. L’Algérie domine largement les débats avec une 28ᵉ place mondiale et un capital de 1 564,26 points, loin devant la Zambie (92ᵉ, 1255.82pts), le Togo (121ᵉ,1147,31pts) et le Burundi (143ᵉ, 1078,01pts). Mais au-delà des chiffres, les dynamiques récentes en Coupe d’Afrique des Nations et lors des éliminatoires permettent d’affiner davantage les rapports de force.
L’Algérie, entre puissance retrouvée et besoin de confirmation
Deuxième nation africaine la mieux classée du groupe, l’Algérie aborde cette campagne avec le statut naturel de favorite. Malgré les échecs cuisants enregistrés lors des deux dernières éditions de la CAN, les Fennecs restent l’une des sélections les plus talentueuses du continent, portés par une génération expérimentée autour de Riyad Mahrez, Ismaël Bennacer, Mohamed Amoura ou encore Amine Gouiri.
Championne d’Afrique en 2019, l’Algérie traverse cependant une période paradoxale. Lors des CAN 2021 et 2023, les Verts avaient été éliminés dès le premier tour, totalisant seulement deux nuls et une défaite à chaque fois, un bilan très loin des standards d’une nation habituée aux grandes ambitions continentales. Cette double désillusion avait d’ailleurs provoqué la fin du cycle Djamel Belmadi et l’arrivée du technicien bosnien Vladimir Petkovic. En revanche, les éliminatoires de la CAN 2025 ont montré un visage beaucoup plus rassurant. Lors de la phase éliminatoire, les Algériens ont terminé en tête de leur groupe avec cinq victoires en six rencontres (16pts sur 18), affichant une efficacité offensive retrouvée grâce notamment aux performances d’Amine Gouiri et Mohamed Amoura.

Le parcours de l’Algérie lors de la phase finale de cette CAN s’est arrêté en quarts de finale après une défaite face au Nigeria, mettant fin aux ambitions des Fennecs aux portes du dernier carré. Avant cette élimination, la sélection algérienne avait pourtant réalisé un tournoi convaincant, affichant une grande maîtrise durant la phase de groupes. Logée dans le groupe E, l’Algérie a terminé en tête avec un sans-faute de trois victoires en trois rencontres disputées au stade Moulay El Hassan de Rabat. Les hommes de Vladimir Petkovic avaient parfaitement lancé leur campagne en dominant le Soudan sur le score de 3 buts à 0 grâce notamment à un doublé du capitaine algérien et une réalisation d’Ibrahim Maza. Les Fennecs avaient ensuite confirmé leur solidité en s’imposant 1-0 face au Burkina Faso grâce à un but de Riad, avant de conclure la phase de groupes par une victoire maîtrisée 3-1 contre la Guinée équatoriale. Forts de cette dynamique et de leurs neuf points sur neuf possibles, les Algériens avaient validé leur qualification pour les huitièmes de finale, où ils ont éliminé la République démocratique du Congo au terme d’un match âprement disputé. Cependant, leur parcours s’est finalement achevé en quarts de finale face à une solide équipe nigériane, malgré les espoirs suscités par leur excellent premier tour.
L’Algérie réalise une campagne solide lors des éliminatoires africains de la Coupe du Monde 2026. Placés dans le groupe G, les Fennecs ont rapidement pris les commandes grâce à plusieurs succès convaincants, notamment face à la Somalie, au Mozambique, au Botswana et à l’Ouganda. Malgré un revers inattendu contre la Guinée à domicile, les hommes de Vladimir Petkovic ont affiché une grande régularité offensive décrochant la qualification avec 25 points en 10 matchs joués, retrouvant ainsi la Coupe du Monde pour la première fois depuis l’édition 2014 au Brésil.
Sur le plan historique, l’Algérie reste la référence du groupe avec deux sacres continentaux (1990 et 2019), plus de vingt participations à la phase finale de la CAN, elle sera à sa cinquième participation de la Coupe de Monde cette année. Cette expérience des grands rendez-vous constitue un avantage considérable.
La Zambie, un adversaire imprévisible mais dangereux
Championne d’Afrique en 2012 après son exploit historique face à la Côte d’Ivoire, la Zambie tente progressivement de retrouver son lustre d’antan. Les Chipolopolo restent une équipe capable de rivaliser avec les meilleures nations africaines lorsqu’elle évolue en confiance. Même si leur classement FIFA (93ᵉ mondial) traduit une certaine irrégularité, les Zambiens disposent d’un potentiel offensif intéressant et d’une génération en reconstruction. Lors des précédentes campagnes continentales, la Zambie a souvent alterné entre qualifications prometteuses et éliminations précoces.
Durant les dernières phases finales de CAN auxquelles elle a participé, la sélection zambienne a régulièrement peiné à franchir le premier tour. Son parcours récent demeure marqué par des difficultés défensives et un manque de constance dans les grands matchs. Toutefois, les qualifications de la CAN 2025 ont laissé apparaître quelques signes encourageants avec plusieurs performances solides face à des adversaires mieux classés.

Le parcours de la Zambie à la Coupe d’Afrique des Nations 2025 s’est arrêté dès la phase de groupes après une campagne marquée par un manque d’efficacité offensive. Placés dans le groupe A aux côtés du Maroc, du Mali et des Comores, les Chipolopolo ont terminé à la quatrième et dernière place avec seulement deux points au compteur. Les Zambiens avaient pourtant débuté la compétition par un match nul encourageant face au Mali (1-1), avant d’enchaîner avec un second partage des points contre les Comores (0-0). Dans l’obligation de s’imposer lors de la dernière journée pour espérer une qualification, la Zambie s’est finalement inclinée 2-0 face au Maroc, leader du groupe avec sept points. Malgré une certaine solidité défensive par moments, les Chipolopolo quittent ainsi la compétition sans la moindre victoire, confirmant les difficultés de la sélection à retrouver le niveau qui lui avait permis de décrocher le titre continental historique en 2012.
Au tableau des éliminatoires de la Coupe du monde 2026, la Zambie a vu ses espoirs de qualification pour la Coupe du Monde 2026 s’envoler après une campagne irrégulière dans le groupe E des éliminatoires africains. Les Chipolopolo ont terminé à la quatrième place avec 9 points en huit rencontres, derrière le Maroc, qualifié avec un parcours parfait de 24 points, le Niger et la Tanzanie. La sélection zambienne avait pourtant bien débuté les qualifications en dominant le Congo 4-2 lors de la première journée, avant d’enchaîner plusieurs résultats décevants face à ses concurrents directs. Battus par le Niger (2-1), puis à deux reprises par le Maroc (2-1 et 2-0), les Zambiens ont également perdu à domicile contre la Tanzanie (1-0), compromettant sérieusement leurs chances de qualification. Malgré un succès précieux en Tanzanie (1-0) et un nul face au Congo (1-1), la défaite contre le Niger lors de l’avant-dernière journée (2-1) a définitivement scellé leur élimination. Avec trois victoires pour cinq défaites, la Zambie quitte les éliminatoires avec des regrets, notamment en raison de son irrégularité et de ses difficultés à rivaliser avec les équipes les plus solides du groupe. Face à l’Algérie, au Togo et au Burundi, la Zambie pourrait miser sur son intensité athlétique et sa capacité à jouer les transitions rapides pour créer la surprise.
Le Togo, entre nostalgie d’un passé lumineux et reconstruction difficile
Le Togo continue de chercher le chemin du retour vers les grandes compétitions continentales. Depuis sa dernière participation à la CAN en 2017, les Éperviers peinent à renouer avec une stabilité sportive parfaitement arrimée à la stabilité institutionnelle retrouvée.
Lors des éliminatoires de la CAN 2025, le Togo a une nouvelle fois échoué, terminant à la troisième place du groupe E avec un total de cinq points, derrière l’Algérie et la Guinée équatoriale. Les Éperviers ont connu une campagne irrégulière, marquée par plusieurs occasions manquées et des difficultés à s’imposer dans les moments décisifs. Le parcours des Eperviers avait pourtant débuté par un match nul à domicile contre le Liberia (1-1), avant un autre partage des points face à la Guinée équatoriale (2-2). Mais les doubles confrontations contre l’Algérie ont lourdement pesé dans la balance. Corrigé 5-1 à l’aller, le Togo s’est ensuite incliné de justesse à domicile (1-0), compromettant définitivement ses chances de qualification. Malgré quelques séquences encourageantes, les Éperviers ont manqué de régularité et d’efficacité pour rivaliser avec ses adversaires du groupe, prolongeant ainsi leur absence de la phase finale de la CAN depuis leur dernière participation en 2017.

Sur la scène mondiale, le Togo (122e, classement FIFA) a officiellement été éliminé de la course à la Coupe du Monde 2026 après une campagne difficile dans le groupe B des éliminatoires africains, composé du Sénégal, de la République démocratique du Congo, de la Mauritanie, du Soudan et du Soudan du Sud.
Face à une opposition particulièrement relevée, les Éperviers ont terminé à la quatrième place avec un bilan mitigé de huit points en dix rencontres, enregistrant une seule victoire, cinq matchs nuls et quatre défaites. Sur le plan offensif, le Togo a éprouvé de grandes difficultés à se montrer décisif, avec seulement cinq buts inscrits contre dix encaissés.
Le parcours togolais a été marqué par plusieurs contre-performances importantes, notamment la défaite 2-0 à domicile contre la Mauritanie et le revers 1-0 face à la RD Congo au stade de Kégué, des résultats qui ont considérablement réduit les espoirs de qualification. Malgré quelques matchs accrochés et une certaine solidité défensive par séquences, les Éperviers n’ont jamais réussi à enchaîner les victoires nécessaires pour rivaliser avec les favoris du groupe, prolongeant ainsi l’attente d’une première qualification togolaise pour une Coupe du Monde depuis l’unique participation historique de 2006 en Allemagne.
Les difficultés du Togo à retrouver une véritable identité de jeu et une continuité technique capables de le repositionner dans la sphère des nations qui comptent en Afrique se traduisent également par la succession incessante des sélectionneurs à la tête de l’équipe nationale.
Claude Le Roy, figure emblématique du football africain, avait tenté de relancer la sélection entre 2016 et 2021 sans parvenir à qualifier le Togo pour une phase finale de CAN, après 2017. Son successeur, Paulo Duarte, avait ensuite redonné une certaine solidité collective aux Éperviers, avec notamment des prestations encourageantes face à des cadors comme le Sénégal, mais sans résultats décisifs sur le plan continental. Puis est venu Nibombé Daré, ancien capitaine de la sélection, dont le passage n’aura finalement pas permis d’inverser la tendance.
Mais derrière ce ciel chargé d’incertitudes, une éclaircie semble aujourd’hui apparaître avec l’arrivée du technicien français Patrice Neveu. Véritable globe-trotter du football africain, passé notamment par la Guinée, la RDC, la Mauritanie et le Gabon, le nouveau sélectionneur des Éperviers possède une expérience rare du continent et des réalités du football africain. La Fédération togolaise mise justement sur cette expertise pour reconstruire un projet cohérent et redonner une âme compétitive à la sélection nationale.
L’espoir repose surtout sur la capacité de Patrice Neveu à mieux exploiter un vivier togolais pourtant riche en talents évoluant dans des championnats compétitifs. En attaque, Fo-Doh Laba continue d’empiler les buts sous les couleurs d’Al Ain aux Émirats arabes unis, où il s’est imposé comme l’une des grandes références offensives du championnat. En défense, Djene Dakonam demeure un pilier incontournable de Getafe en Liga espagnole, respecté pour sa régularité et son leadership. Au milieu de terrain, Karim Dermane représente l’avenir du football togolais. Après avoir fourbi ses armes entre le Togo, le Ghana et Feyenoord, le jeune international poursuit désormais sa progression au FC Lorient, où son intelligence de jeu et sa qualité technique attirent déjà les observateurs. Enfin, Kevin Denkey, devenu l’un des buteurs les plus prolifiques de Cincinnati en MLS, symbolise lui aussi cette génération capable de porter les ambitions togolaises vers de nouveaux sommets. Le défi de Patrice Neveu sera désormais de transformer cette richesse individuelle en une véritable force collective. Car malgré les désillusions récentes, beaucoup estiment encore que le Togo possède les ressources humaines nécessaires pour retrouver enfin la lumière sur la scène continentale.
Les récentes prestations des Éperviers lors de la dernière fenêtre FIFA, marquées par une victoire face au Niger (1-0) et un match nul spectaculaire contre la Guinée (2-2), laissent une impression contrastée mais dessinent malgré tout les contours d’un avenir plus prometteur ; les prochaines rencontres de juin face à la Centrafrique et au Bénin devraient ainsi offrir des indications plus précises sur les progrès réalisés jusque-là sous la direction de Patrice Neveu.
Le Burundi, l’outsider discret qui veut grandir
Dernière nation du groupe au classement FIFA avec une 143ᵉ place mondiale, le Burundi reste néanmoins une équipe capable de poser des problèmes grâce à sa discipline collective et son engagement physique. Les Hirondelles ont connu le plus grand moment de leur histoire récente en participant pour la première fois à une phase finale de CAN en 2019. Même si cette aventure s’était soldée par une élimination au premier tour sans victoire, cette qualification demeure un jalon important dans le développement du football burundais.
Depuis, le Burundi peine à confirmer cette progression. Les dernières campagnes qualificatives se sont souvent terminées aux dernières places de leur groupe.
Le Burundi en match aller explose le Tchad (4-0) en match aller des préliminaires de la CAN 2027
C’est le cas pour les éliminatoires de la CAN 2025, une campagne compliquée dans le groupe L. Les Hirondelles ont notamment souffert de l’absence de stades homologués aux normes internationales, les contraignant à disputer toutes leurs rencontres à domicile sur terrain neutre, un handicap important dans une compétition aussi disputée. Face aux favoris du groupe, le Burundi a peiné à rivaliser, enregistrant notamment deux défaites contre le Burkina Faso, dont une lourde correction 4-1 à l’extérieur, ainsi qu’un revers 1-0 face au Sénégal. Malgré un match nul encourageant contre le Malawi (0-0), les Burundais terminent en queue de classement. Cette performance a obligé la sélection à passer par des tours préliminaires lors des éliminatoires de la CAN 2027.
Lors desdits préliminaires, le Burundi s’est brillamment qualifié en écrasant le Tchad sur un score cumulé de 8-0. Après une victoire (4-0) à l’aller, les Hirondelles ont confirmé au retour à Bujumbura sur le même score. Grâce à cette victoire, le Burundi a rejoint les 48 nations élues pour les éliminatoires principaux, logé précisément dans le groupe du Togo. Les Burundais restent, malgré tout, une équipe difficile à manœuvrer, notamment à domicile où leur agressivité défensive peut gêner des adversaires plus techniques.
Soulignons que la page des matchs à domicile joués sur terrain neutre est déjà fermée. Grâce au programme Forward de la FIFA, le Burundi s’est doté en fin 2025 d’un nouveau Stade, appelé Sade Intwari, répondant aux normes requises, et peut à nouveau accueillir des rencontres internationales sur son propre sol.
Une hiérarchie claire… mais pas figée
Sur le papier, l’Algérie possède une avance considérable en termes d’expérience, de qualité individuelle et de profondeur d’effectif. La Zambie et le Togo apparaissent comme les principaux challengers capables de perturber les plans des Fennecs, tandis le Burundi tentera avant tout de jouer les trouble-fêtes.
Mais l’histoire récente du football africain rappelle qu’aucune hiérarchie n’est totalement immuable. Les dernières CAN ont démontré que plusieurs favoris traditionnels pouvaient rapidement vaciller face à des sélections réputées moins fortes.
Dans un groupe où chaque match doit prendre une allure de féroce bataille, une redoutable efficacité et la gestion de la pression à domicile, la régularité et la résilience à l’extérieur feront probablement la différence dans le camp des Eperviers du Togo.
Yves Galley
