(Tribune) Afrique – Politique : Bamako tombe… et nous, avec?

De Innocent PATO

Sous les cieux d’Afrique, une nouvelle tragédie se déploie : l’éventualité, sinistrement tangible, de la chute de Bamako aux mains des factions djihadistes. Une perspective qui, transcendant les frontières maliennes, ébranle les fondements de toute une région. Devant ce péril, le mutisme assourdissant de la CEDEAO, conjugué aux annonces d’une défaite « imminente » de la capitale, suscite une profonde inquiétude et soulève de lourdes interrogations.

La crise a franchi un seuil critique lorsque les intégristes ont imposé un blocus sur les approvisionnements en carburant, asphyxiant les centres urbains, au premier rang desquels Bamako. Leur méthode est d’une brutalité saisissante : chauffeurs de citernes sommairement exécutés, convois incendiés, cargaisons réduites en cendres. Une scénographie macabre, propre à éveiller les plus inertes des consciences. Paradoxe accablant, la réaction de la communauté internationale se cantonne à une prudente retraite : plusieurs puissances occidentales ont sommé leurs ressortissants d’évacuer la capitale sans délai. Un message à peine subliminal : « L’édifice flambe. Nous nous retirons. Débrouillez-vous seuls. »

Dans le même temps, la CEDEAO — que le Mali, le Burkina Faso et le Niger viennent de quitter — se renferme dans un silence suspect, une inertie où certains croient discerner une satisfaction mal dissimulée. Si tel est le calcul, il est non seulement périlleux, mais il relève d’une funeste erreur stratégique. L’Union africaine, quant à elle, brille par son absence, se tenant à bonne distance de l’idéal de solidarité qui devrait animer l’institution continentale.

Il semble opportun de rappeler que le drame malien n’a rien d’une affaire locale. La partie qui se joue à Bamako est un virus politico-sécuritaire, au potentiel de contagion incontrôlable pour toute la sous-région. Détourner le regard équivaut à une abdication. Et demain, chacun devra assumer sa part de responsabilité dans l’expansion de ce fléau.

Le péril est identifié, il n’a rien d’une querelle politicienne. Dès lors, comment interpréter cette léthargie ? Qu’attend-on pour soutenir un peuple qui, depuis des années, courbe l’échine sous le joug de forces obscurantistes ?

Si Bamako venait à succomber, une certitude s’impose avec la force de l’évidence : l’onde de choc submergerait inéluctablement l’ensemble de l’espace CEDEAO.