Cinq ans après avoir observé un silence imposé par les aléas du temps, la Foire internationale du livre de Lomé (FI2L) a opéré, ce vendredi, un retour magistral sous les coupoles du Centre Togolais des Expositions et Foires (CETEF). Dans une atmosphère où l’odeur du papier se mêle à la ferveur des idées, cette sixième édition s’érige en un sanctuaire de la pensée, rappelant avec force que le livre demeure le gouvernail de toute civilisation en quête de sens.
Sous le haut parrainage du ministère de la Culture et des arts, le CETEF, en symbiose avec l’Association des écrivains du Togo (AET) et le Club Le Littéraire, a transformé le site de Togo 2000 en un carrefour où le génie créateur togolais dialogue avec les enjeux de l’universalité.
Placée sous le thème prospectif « Écrire le monde qui vient », cette édition ne se contente pas d’exposer des reliures ; elle convie à une introspection collective sur l’avenir. Comme l’a souligné avec acuité le directeur général du CETEF, le Dr Alexandre de Souza, le livre n’est point un simple ornement culturel, mais un « puissant outil de transformation, un levier pour penser l’avenir et bâtir des sociétés plus éclairées ».
Cette vision rejoint l’aphorisme de Victor Hugo qui affirmait : « Lire, c’est boire et manger. L’esprit qui ne lit pas maigrit comme le corps qui ne mange pas. » En ces lieux, l’esprit ne risque guère l’inanition. Des cafés littéraires aux panels de discussion, la FI2L se mue en un laboratoire où l’on décrypte les mutations sociales et les défis de l’édition numérique.

Une fête de l’intelligence et de la transmission
Germaine Kouméalo Anaté, présidente de l’AET, a dépeint l’événement comme une véritable agora moderne. Pour elle, la FI2L 2026 est conçue comme un espace de fête culturelle où le lien entre l’auteur et son public est restauré dans sa dimension la plus charnelle. Entre séances de dédicaces et ateliers de création libre, la foire brise la tour d’ivoire de l’écrivain pour le jeter dans l’arène fertile échanges.
L’accent mis sur la jeunesse et les scolaires constitue la pierre angulaire de cette édition. Par le biais de concours de lecture performative et de parcours dédiés, l’organisation entend insuffler aux générations montantes ce que Montesquieu nommait son remède souverain : « Je n’ai jamais eu de chagrin qu’une heure de lecture n’ait dissipé. » En initiant les élèves au plaisir des mots, la FI2L prépare le terreau des consciences de demain.
Un rayonnement au-delà des frontières
Dans ce « monde qui vient », marqué par l’immédiateté numérique et la saturation informationnelle, le livre offre le luxe du temps long et de la réflexion profonde. Pour l’écrivain, cette foire est le porte-voix d’une littérature togolaise et africaine qui refuse d’être en marge des grands débats contemporains. Jorge Luis Borges imaginait le paradis sous la forme d’une bibliothèque ; durant deux jours, Lomé s’en rapproche singulièrement.
À travers la FI2L, le Togo réaffirme sa position de pôle intellectuel majeur en Afrique de l’Ouest. Car, si l’économie construit les nations, c’est la culture qui leur donne une âme. Comme le rappelait si bien René Descartes, « la lecture de tous les bons livres est comme une conversation avec les plus honnêtes gens des siècles passés ». À Lomé, cette conversation se conjugue désormais au futur, avec l’ambition noble de dessiner, d’une plume assurée, les contours d’une humanité renouvelée.
