Au terme d’une Assemblée Générale élective tenue le vendredi 6 février à la Cour d’appel de Lomé, l’Union syndicale des magistrats du Togo (USYMAT) a tourné une page de son histoire. Cyrille LETAABA succède à Adamou BEKETI à la tête de cette importante organisation.
C’est dans l’enceinte du Palais du Renouveau (nom historique donné à la Cour d’Appel de Lomé par son ancien président, le juge Sronvie Yaovi Olivier) que les magistrats membres de l’Union Syndicale des Magistrats du Togo (USYMAT) se sont réunis pour redéfinir leur destin collectif.
Après sept années de gestion sous l’égide d’Adamou BEKETI, Avocat général à la Cour suprême, c’est désormais Cyrille LETAABA, Substitut Général près la Cour d’appel de Lomé, qui présidera aux destinées de l’USYMAT.
Un rôle pivot pour dynamiser la corporation
Loin d’être un simple outil de défense des intérêts moraux et matériels des membres de la corporation, le syndicalisme judiciaire s’affirme aujourd’hui comme un véritable levier de performance pour l’État de droit. Pour le nouveau bureau, cette mission se décline en trois piliers stratégiques visant à concilier éthique et efficacité.
D’abord, le syndicat se positionne comme un gardien de l’indépendance et de la déontologie ; en instaurant des cadres de réflexion sur l’éthique, il défend les magistrats contre toute attaque d’où qu’elle vienne tout en restaurant la confiance des citoyens. Cette quête d’excellence morale s’accompagne d’une nécessaire modernisation des conditions de travail, indispensable pour dynamiser la corporation. Cela implique une amélioration concrète du cadre de vie professionnel, passant par la digitalisation des tribunaux, une gestion rigoureuse des carrières et une protection sociale renforcée. Enfin, l’USYMAT aux côtés des autres regroupements professionnels, assume un rôle crucial d’intermédiation avec le Ministère, agissant comme une interface constructive pour porter les réformes législatives essentielles à l’évolution du système judiciaire.
État des lieux : un paysage syndical en mutation
Depuis l’avènement de l’USYMAT en 2018, le paysage syndical au sein de la magistrature togolaise a connu une structuration progressive.
Historiquement, le pluralisme a parfois été évoqué et promu, mais l’USYMAT reste l’organisation phare ces dernières années. L’état des lieux actuel met en lumière une phase de transition cruciale pour la magistrature, portée par trois enjeux majeurs.
L’élection de Cyrille LETAABA incarne d’abord une volonté manifeste de renouvellement générationnel, apportant un nouveau souffle et un dynamisme opérationnel aux instances dirigeantes. Ce nouveau bureau aura pour mission prioritaire de renforcer la représentativité du corps judiciaire, avec le défi de fédérer l’ensemble des magistrats — du siège comme du parquet — autour d’un agenda commun et solidaire.
Enfin, après la stabilité relative de l’ère BEKETI, l’heure est à l’intensification du dialogue social. Les attentes sont désormais pressantes concernant l’accélération des réformes statutaires et l’engagement ferme dans l’amélioration des conditions de travail.
« Nous vivons aujourd’hui dans une société dans laquelle la justice, comme toutes les autres institutions étatiques, fait face à un défi majeur qui est celui de la perte de confiance totale des citoyens en elle. Cette crise de confiance tire très souvent sa source dans le déficit d’information et la désinformation des citoyens sur les actions de la justice. Consciente de cette réalité, la nouvelle équipe entend faire de la communication sa houlette de travail pour rapprocher davantage les citoyens de leur justice », souligne Henry DOGO, magistrat du ministère public, porte-parole de l’USYMAT.
Le mandat qui s’ouvre s’inscrit dans une période charnière pour la justice togolaise. Entre la nécessité de renforcer l’intégrité du corps judiciaire et celle d’accompagner les grands chantiers de modernisation du pays, Cyrille LETAABA et son bureau devront rapidement prouver que le syndicat est l’aiguillon nécessaire au changement.
L’élection du 6 février n’est donc pas qu’une simple formalité administrative ; elle doit être le signal d’une magistrature qui souhaite reprendre activement part au débat national sur la qualité du service public de la justice.
Yves Galley
