Interview/ Erick Guitcha Matchame : “Faure ne ménage aucun effort pour garantir la stabilité partout où l’insécurité frappe”

Sapeur-pompier depuis plus de quinze ans, Erick Guitcha Matchame a gravi plusieurs échelons et occupe aujourd’hui les fonctions de Directeur régional interministériel pour la normalisation des systèmes de sécurité incendie et de prévention des infrastructures dans la région Pays de Loire en France métropolitaine. Franco-togolais, il garde au quotidien un œil sur l’actualité africaine et particulièrement de son pays d’origine où, à travers son association ADT-France, il intervient dans plusieurs domaines. Dans une interview accordée à La Symphonie et afrikdepeche, Erick Guitcha Matchame aborde, entre autres sujets, ses fonctions en France, le dernier remaniement ministériel au Togo, les relations conflictuelles France-Niger et l’instabilité politique en Afrique avec l’épidémie des coups d’Etat. Militant Unir, il donne également son point de vue sur les élections régionales et législatives en vue au Togo.

Togolais de la diaspora, vous venez de faire un séjour au pays. Qu’est-ce-que le Togo d’aujourd’hui vous inspire ?

Trois mots pour cela : Vision, Émergence et Protection. Des perspectives pour un avenir raisonnable et responsable. Au-delà des choix gouvernementaux, je suis résolument convaincu que la patience de chaque citoyen togolais sera récompensée par un cadre de vie remarquablement meilleur qu’aujourd’hui.

Dites-nous, que faites-vous actuellement en France?

(Sourire). Comme tout être humain responsable, j’aspire à travailler et à honorer les fonctions qui me sont confiées. De base, juriste, et spécialisé en urbanisation, et en économie de construction, entre autres, mais engagé dans le corps des Sapeurs-pompiers depuis plus de 15 ans maintenant, et depuis peu, j’ai été promu au grade de Capitaine Hors-class dans ce corps. Je suis en poste dans la région des Pays de Loire, où j’occupe les fonctions de Directeur régional interministériel (D.R.I) pour la normalisation des systèmes de sécurité incendie et de prévention des infrastructures. Et à ce poste, nous sommes douze en France métropolitaine pour les politiques régionales dictées par les présidents des régions.

J’occupe ces fonctions depuis le 18 octobre 2021, et je suis heureux pour ce que je fais pour ma région Pays de Loire. Je le vois à travers mes déplacements dans les territoires des 5 préfectures de ma région et ma reconnaissance et gratitude vont au président de région pour la confiance placée en ma personne, en mes qualités humaines et surtout en mes capacités à fédérer une synergie dans l’accomplissement de nos charges. J’en suis fier.

Le vendredi 08 septembre 2023, nous avons assisté à un remaniement ministériel . Que pensez-vous de ces mouvements au sein du gouvernement Dogbé?

Je crois, et j’espère que les Togolais et Togolaises attendaient une action profonde du président de la République, S.E. Faure Essozimna GNASSINGBE en ce sens. Et le timing était juste trouvé d’autant qu’au 02 octobre prochain le gouvernement 1 de Madame DOGBE fêterait ses 3 ans au plus haut des fonctions de l’Etat. C’est plutôt légitime qu’un remaniement ministériel s’opère de façon technique. Cependant j’avoue qu’il y a eu des surprises et je pense que les surprises ne sont guère finies, car nous avons assisté à la mise en œuvre de nouvelles visions que j’évoquais plus haut. Et c’est dans une ligne de conduite technique pour un rendement impactant davantage la vie des populations.

La rentrée scolaire au Togo, c’est le 25 septembre. Le secteur de l’éducation ces dernières années est engagé dans une profonde réforme. Comparé au système français, quel regard portez-vous sur notre système éducatif ?

Avant de parler de comparaison des 2 systèmes éducatifs, permettez-moi de rendre un hommage magistral au ministre Dodzi KOKOROKO pour le travail abattu pour assainir ce secteur d’éducation qui est le socle de toutes connaissances quelles qu’elles soient. L’avenir, les visions, les émergences dans tout système passent par l’assainissement de celui-ci et il le fait bien, et cela, étape par étape. Sa volonté est de protéger les enfants (l’avenir de la nation Togolaise de demain). Je lui dis merci, et qu’il reste déterminé à continuer de telles actions pour l’éducation de nos enfants.

L’éducation d’hier n’est plus celle de nos jours. Aujourd’hui, tout va vite et ce n’est pas toujours évident ni facile pour les parents d’élèves que nous sommes de maîtriser les fréquentations de nos enfants. C’est pourquoi l’engagement du ministre à protéger, reste un sacerdoce, mais il est courageux. Ce n’est pas évident pour les élèves non plus, face à la prolifération des médias internet : les réseaux sociaux… Il faut également réformer l’accès aux moyens de communication à nos enfants et élèves. Le choix de réformer intrinsèquement le système éducatif Togolais s’inscrit dans la vision d’émergence du chef de l’état. Soyons pragmatiques et faisons confiance à notre chef d’état qui est, et reste le seul garant de la ligne de conduite gouvernementale.

Pour revenir au système éducatif français, je dirai que les réalités sont purement et simplement différentes et on ne peut pas établir un cadre de comparaison entre les deux, bien qu’une corrélation entre les deux soit possible. Il se trouve même qu’il est possible que la plupart des systèmes éducatifs dans nos pays africains subsahariens sont beaucoup plus solides que celui de l’occident. La preuve est sous vos yeux, j’ai effectué la majeure partie de mes études au Togo.

J’adresse à nos enfants une belle rentrée scolaire 2023-2024, avec une bonne santé à tous les élèves mais aussi aux instituteurs, aux professeurs des collèges, les encadrants éducatifs, en les invitant à une grande prise de conscience sur l’avenir de nos enfants d’aujourd’hui et de demain.

Et pour soutenir cette rentrée scolaire 2023-2024, à travers mon association ADT-FRANCE, et notre partenaire sur place AVI-TOGO, nous avons entamé des actions sociales de dons en fournitures scolaires à l’orée de cette rentrée scolaire. Nos équipes sur le terrain étaient il y a quelques jours à Atchan-Kopé dans le village de Mélonkou (Préfecture des Lacs). Au moins 50 enfants de cette ferme pourront effectuer leur rentrée scolaire en toute sérénité, ce qui est rassurant pour leur parents également.

Militant d’Unir vous êtes, et vous ne le cachez pas. Bientôt les législatives et régionales. Qu’attendez vous de ces consultations électorales ?

Pourquoi se cacher de sa propre nature ? Le pays connaît désormais son ascension par les urnes, et cela grâce toujours aux visions de notre Président. Je dois vous rappeler qu’en l’espace de 3 ans, le Togo bénéficie à la fois des législatives, puis des communales pour une décentralisation des pouvoirs publics. Restons optimistes en ce qui concerne les élections régionales à venir. Pour ma part, responsabiliser les acteurs régionaux pour le développement de leur territoire est un bon compromis entre les élus locaux, régionaux et leurs administrés.

C’est toujours compliqué de lancer une nouvelle machine électorale pour un scrutin qui n’a jamais existé dans la vie d’un peuple. Raisons principales pour lesquelles cela prend le temps. Mais avec le président Faure, résolument déterminé pour l’émergence et la protection de nos institutions et des populations, il est clair qu’il y arrivera. J’y crois, puisque je fais partie des fruits des élections régionales en Pays de Loire en France.

Les élections régionales devraient donner des clés pour des développements régionaux à travers des investisseurs nationaux mais aussi internationaux. Il ne faudrait pas que ces élections régionales soient une fin en soi pour les élus qui se reposeront sur leurs lauriers, car ils auront forcément des comptes à rendre à leurs administrés directs, mais aussi aux institutions d’Etat. C’est indispensable de répondre aux exigences et besoins des populations locales… car les réalités de la région des Plateaux, ne seraient guère les mêmes en région des savanes.

J’attends juste une implication considérable des futurs candidats voire les futurs élus pour l’émancipation des peuples et des populations à travers tout le pays. Éducation, santé publique, sports, jeunesse, logements sociaux, protections sociales et infantiles, culture … la liste est exhaustive mais on doit avoir un leitmotiv pour ce combat régional en faveur de nos populations qui doivent ressentir la redistribution des ressources du pays à leur niveau. La seule façon de renouer, ou de resserrer les liens entre les politiques et nos populations est de gagner leur confiance à travers les actions concrètes posées. On n’a jamais été aussi efficace que par les actions, peu importe les idéologies auxquelles on croit, dès lors que c’est dans l’intérêt de sa patrie et de ses populations.

Il y a une situation d’instabilité sur le continent, nourrie par terrorisme et coups d’État. Quelle analyse faites-vous de ces événements?

Vous et moi sommes dans le constat, et c’est un constat sans appel, de l’instabilité marquée, qui règne plutôt dans les pays francophones, donc anciennes colonies françaises pour les coups d’Etat mais aussi dans le sahel pour ce qui est du terrorisme. N’oublions pas ce qui s’était passé en Guinée, au Mali et au Burkina Faso en l’espace de 28 mois, puis maintenant le Niger et le Gabon. Ce serait vraiment une maladresse politique de faire une analyse quand on n’a pas les éléments fondamentaux pour décryptage adéquat. Je veux dire par-là que je ne suis pas dans les secrets des dieux pour savoir ce qui s’était passé lorsque les pays africains ont lancé les processus de décolonisation, qui conduisit à l’indépendance. Mais l’histoire nous a appris ce que nous devons savoir.

Nous sommes là maintenant, et nous sommes au 21ème siècle, et vu la vitesse à laquelle les informations circulent, les peuples de la zone francophone en Afrique souhaitent justement et à juste titre être acteurs de leur destin. Nos peuples aspirent désormais à avoir une vie plus équitable et une prise en charge responsable de leur condition de vie par nos élus. Ce qui donne encore une force de vision à notre système politique par les élections régionales qui arrivent. Nos élus en qui nous pouvons faire confiance en termes de protection de l’intégrité territoriale, mais aussi du respect des droits de l’Homme: droit universel aux soins, droit aux logements, droits sociaux, la protection des droits de nos enfants par la protection sociale…

Tout cela, sans l’implication ou l’ingérence d’un tiers (pays); puisqu’il est question de la souveraineté de nos nations. Vous savez, la redistribution des ressources naturelles dans nos pays reste un sujet sensible. Et il faut que nous travaillions ensemble pour une vraie indépendance de la gestion de nos institutions d’Etat. Il n’y a que par cette voie sociale que nous pouvons réussir la stabilité en Afrique.

La CEDEAO poussée par la France, se mobiliserait pour un assaut militaire contre le Niger pour rétablir l’ordre constitutionnel. Cette option vous semble juste?

La crise est profonde. Le mal-être est généralisé. La CEDEAO est une organisation avec des disparités linguistiques et économiques… Elle est dirigée par nos chefs d’Etat, tous africains, il serait plutôt trop facile d’attribuer à la France ce rôle de conseiller ou d’instigateur d’une intervention militaire contre le Niger. Nous, Africains, devons savoir ce qui est bien pour nous. Nous ne devons pas nous soutenir dans la négation. Nous devons nous soutenir pour le bien-être de nos peuples et de nos territoires.

Soyons un peu sérieux, et évitons les effusions de sang. Tout peut passer par la voie de négociation et de la paix. Le Niger a tourné la page du président Bazoum sans effusion de sang, le même cas au Gabon. Faisons face à l’avenir à travers des actions qui consolident la stabilité dans ces pays qui sont d’ailleurs des pays amis du Togo qui prône la paix, la cohésion, le vivre ensemble entre les populations.

Quelle analyse faites-vous du bras de fer diplomatique entre la France et le Niger?

Je crois vraiment que les accords n’ont jamais été entre 2 personnalités d’Etat, mais plutôt entre 2 États pour la protection des biens et des personnes. Et c’est aux deux États, dans leur diplomatie conjointe qui doivent se concerter, se consulter pour une sortie de crise diplomatique. Rien ne peut se faire de force ni par la force. Le Niger, pays souverain, a le droit de décider quel pays est accrédité pour installer son ambassade sur son territoire. Le Niger, du haut de sa souveraineté, n’a pas de leçon à recevoir de la France en ce sens du point de sa démocratie.

La France devrait jouer un rôle de bonne conseillère que de se mettre dans une situation de donneur d’ordre sur un ton de paternalisme en rentrant en bras de fer diplomatique avec l’une de ses anciennes colonies qu’est le Niger. Le monde a changé et les relations diplomatiques ont évolué depuis plusieurs années maintenant. La jeunesse africaine possède désormais des intellectuels avisés qui prennent les pouvoirs et défendent avant tout les intérêts de leurs pays.

Quelle appréciation faites-vous de la politique étrangère du Togo ?

Le Togo, par son chef d’État, est au firmament de sa politique étrangère. Notre chef des armées est un génie en toute humilité, dans la stratégie managériale internationale. Soyons fiers de lui. Toujours discret et sans bruit, il a été sur les fronts qualifiés de nœuds diplomatiques, mais à réussi des dénouements inattendus et inespérés, comme le cas des militaires ivoiriens bloqués au Mali. On peut citer d’autres cas, mais ce qui est indispensable est que la sous-région peut compter sur la dextérité du président Faure qui ne ménage aucun effort pour garantir la stabilité partout où l’insécurité frappe.

Ne voyons pas toujours le mal en togolais. Nous avons des génies dans nos rangs et aujourd’hui encore, à travers le calme et l’empathie du président Faure Gnassingbé, nous voyons bien que son leadership franchit les limites de nos frontières de jour en jour, notamment dernièrement dans le dossier du Soudan…où il était actif également.

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