Hervé Agbodan : “La composition du personnel technique et du Comité exécutif de la FTF ne se fait pas sur la base de critères géographiques ou ethniques”

La Fédération togolaise de football (FTF) magnétise beaucoup les attentions et cristallise au quotidien les passions. Le dernier congrès ordinaire et électif du 3 février 2024 aura consolidé l’unité de la majorité des acteurs autour des mêmes objectifs, desquels semblent s’écarter quelques dirigeants de clubs des Savanes qui ont sorti opportunément une tablette de revendications crisogènes aux motivations obscures. Le Secrétaire général de la FTF, Hervé Tété Agbodan, revient sur cette question brûlante, dans un entretien exclusif accordé au Groupe de presse Sympho Vision (La Symphonie et afrikdepeche.tg). “La composition du personnel technique et du Comité exécutif de la FTF ne se fait pas sur la base de critères géographiques ou ethniques”, rappelle M. Agbodan. Si la FTF comprend les préoccupations de ces acteurs tentés par la sécession sur la carte du football national, elle ne devrait pas être poussée de force à transiger sur le respect du règlement des compétitions.

Les félicitations des instances internationales adressées au président Guy Akpovy pour l’entame de son nouveau mandat, les modifications apportées aux Statuts, le Programme de développement des talents (FIFA TDS), la promotion du football scolaire, la politique d’intégrité pour la lutte contre la corruption et la manipulation des matchs, et la question de la construction des infrastructures de football constituent la trame de cet entretien. “Non, ce n’est pas la FTF qui doit construire les stades de football et les mettre à disposition des clubs”, clarifie Herve Tété Agbodan. Lire l’intégralité de l’interview.

 Bonjour Monsieur le Secrétaire Général. Après quelques soubresauts, le congrès ordinaire électif de la FTF s’est tenu à date prévue, le 3 février 2024. Ce rendez-vous, selon vous, a-t-il tenu toutes ses promesses ?

Bonjour La Symphonie, je vous remercie de votre intérêt pour le football togolais. Le congrès ordinaire électif de la FTF qui s’est tenu le 3 février 2024 à Lomé a été, à mon avis, un succès sur tous les plans. Il a permis de renouveler la confiance accordée au président Guy Akpovy et à son équipe, qui ont présenté le bilan de leur mandat précédent et un projet ambitieux pour le développement du football togolais pour les quatre prochaines années, en s’appuyant sur les facilités qu’offre la FIFA à travers son programme Forward 3.0. Ce congrès a également permis d’adopter des réformes statutaires importantes, notamment l’insertion dans nos statuts la possibilité de création de la ligue de football professionnel, qui va donner plus d’autonomie et de dynamisme aux clubs de première et deuxième divisions. Il a enfin permis de démontrer la vitalité et la démocratie du football togolais, avec la participation active et constructive de tous les délégués, représentant les différentes composantes du football national. Je pense donc que ce congrès a tenu toutes ses promesses et qu’il a ouvert une nouvelle ère pour le football togolais.

 Le président Guy Akpovy a été félicité par le président de la FIFA, le président de la Saudi Arabian Football Federation et le directeur Exécutif de l’UFOA B. Que représente pour vous une telle reconnaissance internationale ?

C’est un grand honneur pour le président Guy Akpovy et pour le football togolais de recevoir les félicitations de ces hautes personnalités du football mondial. Cela montre que le travail accompli par la Fédération togolaise de football (FTF) est reconnu et apprécié au niveau régional, continental et international. Cela représente aussi une source de motivation et d’encouragement pour poursuivre les efforts engagés pour le développement du football togolais, notamment à travers l’organisation de compétitions de qualité, la promotion du football féminin et des jeunes, la formation des acteurs et la modernisation des infrastructures. Je tiens à exprimer ma gratitude à ces hautes personnalités pour leur soutien et leur confiance. La FTF les assure de sa détermination à renforcer la coopération et les échanges entre nos instances respectives, au service du football et de ses valeurs.

Vous l’avez déjà dit, le dernier congrès a adopté des modifications statutaires visant à moderniser la gouvernance du football togolais, avec notamment la création possible de la ligue de football professionnel. Autant dire que malgré les difficultés, la FTF reste fortement engagée dans ce projet de professionnalisation du football togolais.

Vous avez raison, le dernier congrès a été l’occasion de faire avancer le projet de professionnalisation du football togolais, qui est une priorité pour la FTF et le ministère des Sports et des loisirs. La création de la ligue de football professionnel va permettre de donner plus de responsabilité et de visibilité aux clubs, qui sont les acteurs principaux du football. La ligue va également assurer une meilleure gestion financière, administrative et sportive des compétitions, en respectant les normes internationales. La FTF reste fortement engagée dans ce projet, qui nécessite l’implication de tous les partenaires du football togolais, notamment les pouvoirs publics, les sponsors, les médias, les supporters et les joueurs. Nous sommes convaincus que la professionnalisation du football togolais va contribuer à améliorer le niveau et le rayonnement du football national, ainsi qu’à créer des opportunités économiques et sociales pour le Togo.

Le développement du football à la base semble également érigé au rang des priorités de la FTF. Dites-nous un peu plus sur le Programme de développement des talents (FIFA TDS), surtout sur la gestion future des talents retenus.

Le Programme de développement des talents (FIFA TDS) est une initiative lancée par la FIFA en 2022 pour aider les associations membres à exploiter pleinement leur potentiel et à réduire les disparités de niveau de football entre les différentes régions du monde. Ce programme offre des services de conseil individualisés dans l’optique d’une collaboration à long terme sur le développement des talents, centrée autour de quatre piliers : l’expertise, la formation et l’éducation, la plateforme d’échange de connaissances et le financement.

La FTF, après avoir réalisé l’audit de l’écosystème de développement des talents au Togo, a mis en place un projet de quatre ans avec la collaboration de la FIFA. Ce projet combine plusieurs actions à mettre en œuvre pour détecter les talents et les intégrer aux deux centres de perfectionnement déjà existants en attendant l’ouverture du Centre technique de la FTF.
La FIFA nous accompagne dans la mise en œuvre de ce projet en nous en fournissant des outils, des ressources et des opportunités de renforcement des capacités. La FIFA évaluera également les progrès et les résultats obtenus par la FTF, en utilisant des indicateurs de performance clés et des rapports réguliers. L’objectif est de créer un environnement propice à l’épanouissement des talents et à la réussite du football dans notre pays.

Dans le même sciage, la promotion du football scolaire. Dites-nous, cette catégorie de football, relève-t-elle des prérogatives de la FTF ou du ministère ?

Au Togo, la loi N°2021-008 fixant les règles d’organisation, de développement et de promotion des activités physiques et sportives au Togo reconnaît et encourage la création de la fédération du sport scolaire et de la fédération du sport universitaire. La FTF apporte son appui technique à l’organisation des compétitions définies par ces structures.

Cette question, naturellement suscite une autre, similaire. Celle relative aux infrastructures sportives. Est-ce la FTF qui doit construire les stades de football et les mettre à disposition des clubs?

Non, ce n’est pas la FTF qui doit construire les stades de football et les mettre à disposition des clubs. La FTF est une association à but non lucratif qui a pour mission de promouvoir, d’organiser et de développer le football togolais, en collaboration avec les pouvoirs publics, les clubs, les ligues et les autres acteurs du football. La construction des stades de football relève de la compétence de l’Etat, qui est le propriétaire et le gestionnaire des infrastructures sportives publiques. La FTF peut toutefois solliciter l’appui de l’Etat, des partenaires techniques et financiers, ou des sponsors privés, pour réaliser des projets d’amélioration ou de rénovation des stades existants, ou de création de nouveaux stades, selon les besoins et les priorités du football togolais. La FTF peut également mettre à disposition des clubs les stades dont elle dispose, dans le respect des règles et des conditions d’utilisation établies.

Sur ces quatre dernières années, la FTF avec l’appui de la FIFA, a financé l’installation de trois pelouses synthétiques dans les villes d’Atakpamé, de Sokodé et de Kara. Elle avait même fait les démarches pour installer une quatrième pelouse à Dapaong, mais les moyens financiers n’ont pas permis de réaliser ce dernier projet. Malheureusement, les difficultés que nous rencontrons dans la gestion quotidienne de ces installations bloquent aujourd’hui toute volonté d’investir encore dans des projets similaires à moins que les terrains appartiennent à la FTF elle-même, comme ce que nous ferons dans le centre technique de Bagbé avec deux pelouses ou encore au siège de la FTF avec une pelouse synthétique plus éclairage au cours de cette année 2024.

 Quel regard, en tant que Secrétaire Général, portez-vous sur les revendications de la Ligue de football des Savanes, notamment l’intégration au sein du personnel technique de la FTF des ressortissants de cette zone, leur cooptation dans le Comité exécutif et la décision de jouer de force les matchs à domicile sur les terrains locaux?

Je respecte le droit de la Ligue de football des Savanes à exprimer ses revendications, mais je regrette la manière dont elle a choisi de le faire, en boycottant le congrès électif du 3 février 2024. Je pense que ce n’est pas en se mettant à l’écart du processus démocratique que l’on peut faire avancer les intérêts du football togolais. Je rappelle que la FTF est une institution qui se veut inclusive, transparente et respectueuse de la diversité de ses membres. La composition du personnel technique et du Comité exécutif de la FTF ne se fait pas sur la base de critères géographiques ou ethniques, mais sur la base des compétences, de l’expérience et de la contribution au développement du football togolais. La FTF est ouverte au dialogue et à la concertation avec tous les acteurs du football, y compris la Ligue de football des Savanes, pour trouver des solutions aux problèmes qui se posent. Il y a un peu plus de deux mois, nous avons reçu une délégation de cette ligue qui était venue faire le point sur leur championnat intra-ligue. Les responsables avaient même sollicité une place supplémentaire pour la troisième division afin de permettre au club finaliste malheureux d’y participer. Le président leur avait promis que le sujet sera abordé au comité exécutif au moment venu. Vous conviendrez avec moi qu’ils auraient pu profiter de cette occasion pour poser clairement les doléances contenues dans leur correspondance adressée au ministre des Sports et des loisirs.

Concernant la volonté des clubs locaux de recevoir sur leurs installations à domicile, je tiens à préciser que la FTF a pour mission de garantir la sécurité, la qualité et l’équité des compétitions qu’elle organise. La FTF encourage toujours les clubs à choisir des terrains qui répondent aux normes requises, qui ne mettent pas en danger l’intégrité physique des joueurs et des arbitres, et qui ne faussent le résultat sportif. Contrairement à ce que l’on raconte, ce sont les clubs qui choisissent leur site de compétitions. Le rôle de la FTF est de s’assurer que les sites choisis respectent les normes. Si ce n’est pas le cas, les clubs sont obligés de désigner un terrain de repli. C’est le cas des clubs Foadan et Doumbé. Mais c’est aussi le cas de Kakadl, l’AS Binah, Sara FC, Gbikinti FC, Hacknour FC, Koroki, Agouwa FC, – Anges FC et Olympique de Vo. Certains ont même fait des travaux sur leur terrain, qui ont été jugés insuffisants. Les clubs ont l’obligation de garantir à leurs joueurs des conditions de travail acceptables. On ne peut pas continuer par se plaindre que notre championnat n’est pas attractif et compétitif et refuser en même temps de déployer des efforts pour améliorer la situation. Le terrain de jeu qui est le lieu de travail des joueurs et des membres du staff doit refléter l’ambition du club.

Le terrain de jeu est en effet le lieu où se manifestent les qualités techniques, tactiques et physiques des joueurs, où se construisent les résultats et les classements. Mais le terrain de jeu est aussi le lieu où s’expriment les valeurs, les identités et les émotions des clubs, où se créent les liens avec les supporters, les partenaires et les médias, où se forgent les réputations et les images.

Un terrain de jeu de qualité, bien entretenu, bien équipé, bien sécurisé, peut favoriser la performance sportive, le plaisir de jouer, le respect des règles et des adversaires, le fair-play et l’esprit d’équipe. Un terrain de jeu qui respecte les normes, qui offre une bonne capacité d’accueil, qui intègre des éléments de communication et de promotion, peut attirer l’attention, la reconnaissance et le soutien du public, des sponsors et des instances du football. Ainsi, le terrain de jeu peut être un facteur de motivation, de confiance et de fierté pour un club, qui peut ainsi afficher son ambition et la concrétiser. De toute façon, la FTF est prête à accompagner la Ligue de football des Savanes dans l’amélioration de ses infrastructures sportives à la mesure des moyens mobilisables.

La FTF tient à la politique d’intégrité, qui vise à prévenir et à sanctionner toute forme de corruption, de manipulation de matchs, de dopage ou de discrimination dans le football togolais. Pour le nouveau mandat du Comité exécutif, quel visage va prendre la lutte contre la corruption et la manipulation des matchs ?

La politique d’intégrité n’est pas encore élaborée mais celle contre les conflits d’intérêt est déjà adoptée depuis décembre 2023. J’ai juste informé le congrès de la démarche du comité exécutif de mettre en place cette politique conformément aux recommandations de la FIFA. La lutte contre la corruption et la manipulation des matchs est un enjeu majeur pour la FTF, qui entend donc mettre en place une politique qui repose sur plusieurs axes, notamment la sensibilisation et l’éducation des acteurs du football togolais aux risques et aux conséquences de la corruption et de la manipulation des matchs, en utilisant des supports pédagogiques adaptés et en organisant des sessions de formation régulières ; la prévention et la détection des cas de corruption et de manipulation des matchs, en mettant en place des mécanismes de contrôle, de surveillance et d’alerte, en coopérant avec les autorités compétentes et en utilisant les outils technologiques disponibles et la sanction et la répression des cas avérés de corruption et de manipulation des matchs, en appliquant le code de discipline de la FTF, qui prévoit des sanctions allant de l’amende à la suspension à vie, en saisissant la justice si nécessaire et en collaborant avec les instances internationales telles que la FIFA et l’Interpol.

La FTF veut compter sur l’engagement et la responsabilité de tous les acteurs du football togolais pour faire de la lutte contre la corruption et la manipulation des matchs une priorité et pour préserver l’intégrité, l’éthique et la crédibilité du football togolais.

Un message particulier à l’endroit des acteurs du football togolais ?

Je les remercie pour leur passion, leur engagement et leur dévouement pour le football togolais, qui est plus qu’un sport, c’est une fierté nationale. Ensemble, continuons à travailler, à innover et à collaborer, pour faire du football togolais une référence, un modèle et une force, au service du développement, de la paix et de la fraternité.

Open chat
Contactez-nous au besoin. (équipe afrikdepeche.tg)