Le 18 janvier 2026 restera gravé dans les annales du football africain, non pour la qualité du jeu, mais pour le séisme juridique qui ébranle aujourd’hui les instances de la CAF. Entre l’abandon temporaire du terrain par les Lions de la Teranga et des aveux troublants sur une interférence directe dans l’arbitrage, la finale Sénégal-Maroc s’est déplacée du rectangle vert de Rabat vers les bureaux feutrés du Tribunal arbitral du sport (TAS).
Le spectre de l’abandon : dix minutes de fureur
Le rapport du coordinateur général de la finale, le Tunisien Khaled Lemkecher, est sans équivoque : la pelouse du stade Prince-Moulay-Abdellah a été le théâtre d’un acte d’insubordination collective sans précédent. Suite à la décision d’accorder un penalty au Maroc à la fin du temps réglementaire, l’intégralité de l’équipe sénégalaise a cédé à une « folie irrépressible », quittant l’aire de jeu pour se réfugier aux vestiaires.
Seule figure de tempérance dans ce chaos, le capitaine Sadio Mané est resté seul sur le terrain, sollicitant même l’avis du technicien Claude Leroy avant d’enjoindre ses coéquipiers à reprendre le combat. Si le Sénégal l’a finalement emporté en prolongation grâce à Pape Gueye, ce retrait momentané constitue, selon le règlement de la CAF et les recours de la Fédération royale marocaine de football (FRMF), un abandon pur et simple justifiant une disqualification.
L’arbitrage sous influence : les aveux d’Olivier Safari
L’affaire a pris une tournure systémique lors de la réunion du Comité exécutif de la CAF à Dar es Salaam, le 13 février dernier. Olivier Safari, président de la commission des arbitres, a lâché une confidence qui agit comme de l’huile sur le feu. Selon ses propos, des « instructions » claires auraient été données au corps arbitral pour ne pas sanctionner les joueurs sénégalais à leur retour sur la pelouse.
« Chaque joueur sénégalais ayant quitté le terrain aurait dû être immédiatement averti, mais nous avons donné des instructions de ne pas le faire afin de préserver le match et éviter son arrêt prématuré », aurait déclaré M. Safari.
Cette révélation démontre une interférence administrative majeure dans le processus d’arbitrage. En choisissant de « préserver le spectacle » au détriment des lois du jeu, les instances de la CAF ont elles-mêmes fragilisé la légitimité du résultat acquis sur le terrain.
Une victoire sur tapis vert qui divise
Le 17 mars, le jury d’appel de la CAF a tranché : forfait du Sénégal et victoire 3-0 accordée au Maroc. Une décision qualifiée par la Fédération Sénégalaise de Football (FSF) de « braquage administratif le plus grossier de l’histoire ».
Le paradoxe est total : d’un côté, une équipe sénégalaise qui a bafoué le protocole en quittant le terrain ; de l’autre, une commission d’arbitrage qui admet avoir manipulé l’application du règlement pour éviter un scandale immédiat.
L’épilogue au TAS
Au-delà du cas Sénégal-Maroc, cette affaire pourrait faire jurisprudence et redéfinir les contours de la gestion des crises en compétition internationale. Entre abandon de match avéré et interférence supposée dans l’arbitrage, la finale de la CAN 2025 restera comme l’une des plus controversées de l’histoire du football africain.
Dans l’attente de la décision du Tribunal arbitral du sport, une certitude s’impose : cette affaire dépasse le cadre sportif et interroge profondément la gouvernance du football sur le continent.
