Agbélouvé : emploi fictif sur fond de copinage, fausse déclaration de diplômes… : le grand dérapage du maire Gossou Koudjo de Zio 3

Le processus de décentralisation, conçu comme un levier d’émancipation et de développement à la base pour nos localités, fait face à ses propres démons. Au cœur de cette transition, la gestion des ressources humaines et des deniers publics. Les dérives de certains exécutifs municipaux rappellent à quel point le chemin vers une gouvernance locale vertueuse reste semé d’embûches. L’affaire qui secoue actuellement la commune Zio 3, à Agbélouvé, en est l’illustration parfaite.

Un courrier officiel daté du 15 juin 2026, émanant du ministre de l’Administration territoriale, de la gouvernance locale et des affaires coutumières, le Colonel Hodabalo Awate, met à nu des pratiques qui s’apparentent à un passe-droit flagrant. Au centre d’un rappel à l’ordre ministériel : le recrutement par contrat d’une secrétaire particulière, Madame Bokovi Abra Angèle, dont la réalité même du travail au sein de la mairie est fortement mise en doute par la tutelle.

Un tissu d’anachronismes juridiques

L’examen minutieux de l’affaire, après des enquêtes préliminaires aussi bien du Préfet du Zio que du ministère de tutelle, a mis en évidence plusieurs incohérences administratives suffisamment manifestes pour susciter de sérieuses interrogations.

D’abord, l’attestation de prise de service de l’intéressée a été établie à une date antérieure à la signature même de son contrat de travail, une anomalie chronologique difficilement explicable qui laisse penser à une tentative de régularisation a posteriori d’une situation déjà existante.

Ensuite, une discordance apparaît entre la date d’effet mentionnée dans le contrat et celle figurant sur l’attestation de prise de service.

Enfin, l’irrégularité la plus préoccupante concerne le niveau de qualification retenu : alors que le contrat de travail fait état d’un Brevet de technicien supérieur (BTS), l’état du personnel annexé au budget primitif 2026 de la commune mentionne quant à lui une Licence, créant ainsi une contradiction susceptible d’avoir des incidences sur la situation administrative et budgétaire de l’agent.

Ces falsifications et approximations documentaires ne relèvent pas de la simple étourderie de secrétariat. Elles traduisent une volonté délibérée de contourner les règles d’éthique et d’intégrité qui s’imposent à tout gestionnaire de la chose publique.

Du favoritisme au détournement de fonds

Loin d’être un simple “arrangement” local, l’attitude du maire de Zio 3 expose la collectivité à de sérieuses dérives pénales et administratives.
En droit administratif et pénal, le fait pour un élu d’accorder un avantage injustifié à un tiers -qu’il s’agisse d’une proche, d’une concubine ou d’une connaissance – au détriment des procédures légales d’accès aux emplois publics est qualifié de délit de favoritisme ou de prise illégale d’intérêts.

De plus, maintenir dans les effectifs budgétaires un agent dont “la prise de service effective est mise en doute” s’apparente juridiquement à la création d’un emploi fictif. Rémunérer sur fonds publics une personne pour un travail non accompli constitue un détournement de deniers publics par négligence ou complicité. Les fonds de la commune Zio 3, alimentés par le contribuable et les dotations de l’État comme le FACT (Fonds d’appui aux collectivités territoriales), ont vocation à financer le développement local et non à assurer le train de vie ou les faveurs personnelles de l’exécutif municipal.

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Le holà de la tutelle : la fin de l’impunité locale

La réaction du ministère de tutelle a été immédiate et sans équivoque. Le ministre exige la suspension instantanée de l’exécution du contrat de l’intéressée et somme le maire de fournir des explications écrites sans délai, assorties du dossier complet de l’agent. Une copie de cette injonction a été adressée au préfet de Zio pour suivi rigoureux, marquant la volonté de l’État central de siffler la fin de la récréation.

Alors que le pays est engagé dans un assainissement historique de la fonction publique pour extirper le faux, les doublons et les carrières bâties sur la fraude, ce rappel à l’ordre à l’endroit d’un élu local résonne comme un avertissement national. La décentralisation donne de l’autonomie, elle ne donne pas un chèque en blanc pour s’affranchir des lois de la République, en confondant gestion publique et intérêts privés.

Les maires doivent comprendre qu’ils sont des serviteurs de la loi, et non des monarques dans leurs communes.

P.S. Nous reviendrons sur d’autres dérives outrancières du maire Gossou Koudjo

Yves Galley