Le Sud togolais, après les Evala dans la Kozah au Nord, prend le relais des grandes festivités traditionnelles. Du 25 juillet au 8 août 2026, la préfecture du Zio vibre au rythme de la 54e édition d’Ayiza, la célèbre « fête du haricot ». Entre mémoire d’un exode séculaire, pèlerinage ancestral et enjeux de développement local, immersion au cœur d’un rassemblement patrimonial majeur dont l’apothéose populaire est célébrée ce samedi 8 août au Stade Dr Kaolo de Tsévié.
« Ayia ne tsé vié » : une halte de survie devenue cité historique
L’histoire de la Fête d’Ayiza est indissociable de la fondation même de Tsévié, chef-lieu de la préfecture du Zio et de la région Maritime. Pour en comprendre le sens profond, il faut remonter au XVIIe siècle, lors du grand exode du peuple Ewé fuyant la cruauté du roi Agokoli après la chute de la muraille d’Agbogbo à Notsé.
Guidés vers le sud sous la conduite de figures historiques telles qu’Ewenya, Sri et Dzitri, les fugitifs arrivent épuisés dans la vallée de la rivière Zio.
Démunis de provisions et ne trouvant pas de point d’eau immédiat pour s’installer définitivement, ils décident de faire une halte provisoire et de semer une légumineuse à croissance rapide : le haricot (Ayi en langue Ewé).
Lorsque le reste du groupe presse les autres migrants de reprendre la marche, les semeurs protestent et lancent cette phrase devenue célèbre :
« Ayia ne tsé vié » (« Attendons que le haricot donne un peu de son fruit »).
Ce sursis salvateur changera le cours de leur histoire. La récolte du haricot sauve le peuple de la famine, et les fugitifs ne quitteront plus jamais ce lieu. De la contraction de cette formule naîtra le nom de la ville de Tsévié, tandis que le site d’implantation d’origine prendra le nom sacré d’Ayipafé.
De Népibome en 1970 à 2026 : perpétuer l’héritage des ancêtres
Si le rite tire sa source de l’épopée Ewé, la fête institutionnalisée telle qu’elle existe aujourd’hui est plus récente. La première édition d’Ayiza a été célébrée le 1er avril 1970 à Népibome, à Tsévié. Elle est née de la volonté des fils et filles du milieu résidant au Togo comme dans la diaspora (notamment au Ghana, au Bénin, au Nigeria et en Côte d’Ivoire).
L’objectif initial était clair : conserver la mémoire des aïeux venus de Tado, Notsé ou Amedzofe ; valoriser le patrimoine culturel des 16 cantons du Zio (de Kovié à Agbélouvé, en passant par Djagblé et Mission-Tové) ; créer un levier de développement local et renforcer la cohésion sociale intergénérationnelle.
Cinquante-quatre éditions plus tard, l’événement a conservé toute sa vitalité. Placée sous la double présidence coutumière et exécutive du roi Togbui Kokou Adzaklo Ehlan IV et de Pierre Yawo Agbabu, l’édition 2026 s’articule autour du mot d’ordre : « Ensemble pour un Zio inclusif et fort ».

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Une apothéose populaire
Pendant deux semaines, Tsévié et ses environs sont le théâtre d’une programmation dense : journées de la jeunesse, ateliers de gouvernance avec la chefferie traditionnelle, concours gastronomiques mettant à l’honneur le haricot, élection de la reine de beauté Ayiza Tugbewofia, sans oublier le pèlerinage solennel du « Retour à Ayipafé ».
Ce samedi 8 août 2026, le Stade Dr Kaolo va se transformer en un vaste théâtre mémoriel pour la grande apothéose. En présence des cadors de la préfecture, dont Kodjo Adedze, ancien président de l’Assemblée nationale, ministre de l’Aménagement du territoire, de l’urbanisme et de l’habitat, ainsi que des ressortissants venus du monde entier, discours officiels, mises en scène historiques et rythmes de tambours célèbreront l’identité du Zio.

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Entre cérémonies traditionnelles, retour symbolique à Ayipafé, rencontres culturelles et rassemblements populaires, les fils et filles du Zio, à travers la 54e édition d’Ayiza, entendent réaffirmer l’attachement à leur patrimoine tout en faisant de cette mémoire historique un levier de cohésion sociale et de développement pour l’ensemble de la préfecture.
Yves Galley
