Alors que la ferveur des arènes de lutte initiatique de la Kozah retombe à peine dans le septentrion togolais, le Sud prend le relais des grandes fêtes traditionnelles. Du 25 juillet au 8 août 2026, la préfecture du Zio vibre au rythme de la 54e édition d’Ayiza, la célèbre « fête du haricot ». Entre mémoire de l’exode de Notsé, rites ancestraux, foisonnement culturel et défis de développement local, plongée au cœur d’un rassemblement séculaire placé sous le signe de l’unité et de la cohésion nationale.
Évala et Ayiza : les deux poumons de l’été culturel togolais
Dans le calendrier culturel du Togo, le mois de juillet marque une transition rituelle unique en Afrique de l’Ouest. En juillet, toute l’attention de la nation et de sa diaspora converge traditionnellement vers le pays Kabyè, dans la région de la Kara. Là-bas, les arènes surchauffées vibrent sous les acclamations du public venu assister aux Évala, ces luttes initiatiques marquant le passage des jeunes hommes à l’âge adulte.
Mais à peine le dernier lutteur a-t-il été porté en triomphe à Pya, Lassa, Lama, Tcharè, Yadè, Tchitchao…, que le pouls culturel du Togo se déplace vers les plaines verdoyantes de la Région Maritime. A Tsévié, chef-lieu de la préfecture du Zio, le peuple Ewé prend le relais pour célébrer Ayiza, la grande fête traditionnelle du haricot, dont la 54? édition se déroule du 25 juillet au 8 août 2026.
Si Évala incarne la bravoure physique, l’endurance et l’initiation, Ayiza célèbre la mémoire collective, la terre nourricière, l’abondance retrouvée et les retrouvailles intergénérationnelles. Ensemble, ces deux événements forment les deux battements de cœur d’une nation fière de la diversité et de la complémentarité de ses patrimoines immatériels.
Aux origines du rite : le « haricot de la liberté » et la fondation de Tsévié
Pour comprendre la ferveur qui entoure Ayiza, il faut remonter au XVII? siècle, lors du grand exode du peuple Ewé fuyant le joug d’Agokoli, le roi tyran de la cité fortifiée de Notsé. Épuisés par une longue marche, les fugitifs firent halte dans la vallée du fleuve Zio. Ne disposant plus de vivres, ils décidèrent de semer une légumineuse à croissance rapide : le haricot (Ayi en langue Ewé).
Face à l’urgence et au besoin de renouveler leurs forces, les anciens recommandent d’attendre la récolte avant de poursuivre leur périple. Ils déclarèrent : « Ayia ne tsé vié » (littéralement : « pour que le haricot grandisse un peu »). Cette expression historique donnera naissance au nom de la ville de Tsévié.
C’est ainsi que la récolte du haricot sauva le peuple de la famine et consacra le site d’implantation sous le nom d’Ayipafe. C’est vers cette terre sacrée qu’un pèlerinage mémoriel décisif sera effectué le jeudi 6 août 2026 (« Retour à AYIPAFE »), véritable retour aux sources spirituelles pour célébrer la résistance, la liberté et l’abondance.

Édition 2026 : « Ensemble pour un Zio inclusif et fort »
Placée sous la double présidence coutumière et exécutive du roi Togbui Kokou Adzaklo EHLAN IV et de Pierre Yawo AGBABU, la 54? édition s’articule autour d’un mot d’ordre fédérateur : « Ensemble pour un Zio inclusif et fort ». Le comité d’organisation entend faire dépasser à l’événement le cadre strict de la réjouissance folkorique pour en faire une véritable plateforme socio-économique et citoyenne.
« Bien plus qu’une simple fête traditionnelle, AYIZA constitue un symbole d’identité culturelle, de solidarité et de cohésion sociale. Elle favorise les retrouvailles entre les filles et les fils de Zio, renforce les liens intergénérationnels et met en lumière les richesses culturelles et patrimoniales de la communauté Ewé », précise le Comité Ayiza.
Un chronogramme de deux semaines alliant tradition, citoyenneté et gouvernance
Pendant quinze jours, la préfecture du Zio vibrera au rythme d’une programmation riche en traditions, culture, citoyenneté et festivités. Du 25 juillet au 8 août 2026, les populations des différents cantons seront conviées à une série d’activités destinées à célébrer le patrimoine local tout en renforçant la cohésion sociale et le vivre-ensemble. Les festivités sont ouvertes les samedi 25 et dimanche 26 juillet dans le canton de Gapé (Zio 4) avec le lancement officiel de l’événement, suivi d’une grande caravane qui parcourra l’ensemble des cantons de la préfecture.

Les 27 et 28 juillet, la Maison des jeunes et de la femme de Tsévié accueille les Journées de la Jeunesse du Zio, un cadre d’échanges consacré aux enjeux de l’insertion socioprofessionnelle, de l’entrepreneuriat et de l’engagement citoyen des jeunes. Le 29 juillet est dédié à la Chefferie traditionnelle à travers une session de renforcement des capacités des autorités coutumières sur leur rôle dans la gouvernance locale et le développement communautaire. Les 30 et 31 juillet, les places publiques seront animées par des jeux traditionnels tels que le tir à la corde, le vetetré, l’ampé et l’awalé. Cette séquence sera complétée par une campagne de sensibilisation à la sécurité routière, avant de laisser place à un grand concert mettant en lumière les talents artistiques de la préfecture.
Du 1er au 4 août, les populations participeront à l’opération citoyenne « Préfecture Propre », organisée dès les premières heures de la matinée. La programmation comprendra également des soirées de contes, un concert choral ainsi qu’une compétition intercommunale d’art culinaire qui mettra à l’honneur les spécialités gastronomiques à base de haricot, véritable emblème du terroir. Les 5 et 6 août seront marqués par des temps forts spirituels et culturels avec les prières traditionnelles à Dévé, l’élection de la reine de beauté culturelle AYIZA TUGBEWOFIA et un pèlerinage solennel de retour à Ayipafé.

Enfin, les célébrations culmineront du 7 au 9 août avec les prières musulmanes à la Grande Mosquée de Tsévié, la grande apothéose populaire prévue le samedi 8 août au stade Dr Kaolo, animée par l’orchestre Sassamasso lors d’un grand bal populaire, avant de s’achever le dimanche 9 août avec la finale du tournoi Ayiza de football, point d’orgue de quinze jours de festivités placées sous le signe de l’unité, de la culture et du développement local.
Au-delà de la ferveur populaire, Ayiza représente un enjeu économique majeur pour la préfecture du Zio. L’événement suscite un afflux massif de togolais résidant au pays et de ressortissants de la diaspora venus d’Europe, d’Amérique et des pays voisins. Les secteurs de l’hôtellerie, de la restauration, du transport et de l’artisanat enregistrent des pics d’activité record.

De plus, en intégrant des ateliers sur la gouvernance locale avec les chefs traditionnels et des journées de salubrité publique, les organisateurs réaffirment que les fêtes traditionnelles constituent également des moteurs d’action pour le développement durable et l’inclusion sociale des territoires.
Le samedi 8 août 2026, tous les regards seront tournés vers le stade Dr KAOLO de Tsévié où résonneront, sous le regard bienveillant de Kodjo Adedze, digne fils du milieu, entouré des cadres de la préfecture, les tambours de la fête du haricot, scellant l’unité du peuple Ewé de Zio et confirmant la vitalité du patrimoine culturel togolais.
Yves Galley
