Justice cognitive : L’Union africaine mandate le Togo pour redessiner la carte du monde à l’ONU

C’est une mission historique et hautement symbolique que l’Union africaine (UA) a confiée au Togo. Le 7 avril 2026, Lomé a été officiellement chargée de porter un projet de résolution d’envergure planétaire devant l’Assemblée générale des Nations unies en septembre prochain. L’objectif ? Offrir enfin à l’Afrique une représentation géographique juste et fidèle à sa réalité territoriale sur les mappemondes du monde entier, en particulier dans les salles de classe.

Derrière cette initiative se cache un combat de longue date contre les biais de perception hérités de l’histoire coloniale, un chantier de « justice cognitive » désormais piloté par la diplomatie togolaise.

Le piège de Mercator : un héritage maritime obsolète de 1569

Depuis près de cinq siècles, notre vision du monde est conditionnée par la projection classique de Gerardus Mercator, conçue en 1569. À l’origine, cet outil technique avait une fonction purement utilitaire : conserver les formes et les angles des continents pour permettre aux navigateurs de tracer des itinéraires en ligne droite à travers les océans.
Cependant, à l’ère du GPS et des technologies modernes, plus personne ne traverse les océans avec ces cartes en papier. Le véritable problème réside ailleurs : la projection de Mercator déforme de manière flagrante l’échelle réelle des continents, écrasant les zones équatoriales au profit des régions polaires. Une distorsion visuelle qui relègue l’Afrique à une portion congrue.

La projection « Equal Earth » : le choix de la rigueur scientifique

Pour corriger cette anomalie visuelle qui fausse l’imaginaire collectif depuis des générations, le projet de résolution que le Togo défendra à l’ONU s’appuie sur une cartographie alternative baptisée « Equal Earth ». Ce modèle mathématique moderne restitue fidèlement la taille proportionnelle de chaque masse terrestre, rendant au continent africain ses véritables dimensions.

Cette démarche, qui sera soumise au vote des États membres de l’ONU en septembre, refuse l’affrontement idéologique pour se placer sur le terrain de la vérité factuelle.
« Cette démarche s’inscrit dans une logique de justice cognitive et de rigueur scientifique, et non dans une volonté de définir une hiérarchie entre les régions du monde. », confie Robert Dussey, ministre des Affaires étrangères du Togo, au journal Le Monde

Un enjeu crucial pour l’éducation et les manuels scolaires mondiaux

Si le Togo mène cette offensive diplomatique, c’est que les répercussions d’une telle résolution à l’échelle de l’ONU seraient immédiates et concrètes. Les institutions onusiennes chargées de l’éducation (comme l’UNESCO), du développement et de l’aide humanitaire sont les principales productrices et diffusantes de cartes à travers le globe.

En modifiant les standards cartographiques au plus haut niveau international, le Togo entend influencer directement les programmes scolaires, les rapports géopolitiques mondiaux ainsi que les outils numériques de demain. En reprenant sa juste place sur la carte, l’Afrique entend bien rééquilibrer les esprits en même temps que les territoires.