Sénégal : Entre rupture, éthique et contre-pouvoir, Ousmane Sonko installe sa nouvelle doctrine à l’Assemblée nationale

Quatre jours seulement après son départ surprise de la Primature, Ousmane Sonko effectue un retour fracassant au sommet des institutions sénégalaises. Désormais propulsé à la présidence de l’Assemblée nationale, il s’empare du perchoir et s’installe à la deuxième place de l’État. Lors de son discours inaugural, le leader du PASTEF a prononcé un grand oral d’une rare densité. À la fois politique, philosophique et programmatique, cette allocution historique redéfinit les équilibres au sommet du pouvoir et fixe une nouvelle feuille de route pour le pouvoir législatif.

Le recadrage politique : « On ne peut pas faire du PASTEF sans PASTEF »

Dès l’entame de son propos, le nouveau président de la Chambre basse a choisi de ne pas esquiver l’actualité brûlante : la nomination d’Ahmadou Al Aminou Lô aux fonctions de Premier ministre par le président Bassirou Diomaye Faye. Tout en saluant les compétences techniques de son successeur, avec lequel il a partagé la lourde tâche de concevoir le référentiel stratégique « Sénégal 2050 », Ousmane Sonko a opéré une mise au point politique majeure.

Rompant avec les non-dits, il a révélé l’existence de divergences de fond avec le nouveau chef du gouvernement, notamment sur la gestion de la dette publique et les orientations monétaires. Plus crucial encore, il a déploré le fait que les instances du PASTEF, parti majoritaire à l’Assemblée, aient été tenues à l’écart des consultations menées pour cette nomination et pour la formation de l’équipe gouvernementale à venir. Avec une formule coup de poing : « on ne peut pas faire du PASTEF sans PASTEF », il a prévenu que l’invocation incantatoire du programme ne saurait se substituer à une véritable légitimité politique. Qualifiant cet épisode de « faux départ », il s’est dit ouvert à une concertation responsable, tout en récusant fermement le modèle historique de l’« hyper-présidentialisme » au profit d’un dialogue centré sur le pouvoir d’achat et la justice.

Un plaidoyer philosophique pour la moralisation de la vie publique

Élevant le débat bien au-delà des contingences partisanes, Ousmane Sonko a consacré une large part de son allocution à conceptualiser les liens indissociables entre la morale, la vertu et l’exercice du pouvoir. S’appuyant sur les classiques de la pensée universelle, il a convoqué Aristote (L’Éthique à Nicomaque) pour rappeler que le bien commun doit demeurer l’unique boussole de la cité, et Saint Augustin (La Cité de Dieu) pour asséner qu’un État dénué de justice ne se distingue en rien d’une « grande association de brigands ».
Ce besoin d’élévation morale, le président de l’Assemblée l’a également ancré dans la mémoire collective et spirituelle du Sénégal. Il s’est ainsi inscrit dans la filiation intellectuelle du président Mamadou Dia, pionnier de la souveraineté économique et morale, d’Aline Sitoé Diatta, figure emblématique du refus de la résignation, et du guide Cheikh Ahmadou Bamba, dont il retient la maîtrise de soi face à l’épreuve et le principe selon lequel un homme « peut perdre une fonction sans perdre son honneur ». Agitant le spectre de la « fatigue morale », Ousmane Sonko a prévenu qu’une nation meurt plus sûrement de l’effondrement de son éthique publique et du reniement de ses promesses de rupture que de sa seule pauvreté matérielle.

De la Primature au Perchoir : la légitimité du bilan et de la continuité

Avant de se projeter vers ses nouvelles prérogatives législatives, l’ancien Premier ministre a tenu à asseoir son autorité en défendant le bilan de son passage éphémère mais intense à la tête du gouvernement. Il a notamment revendiqué une politique de rigueur et de transparence, marquée par la mise en lumière de la dette cachée, le refus d’une restructuration subie, la baisse drastique du train de vie de l’État, ainsi que des mesures d’urgence pour maîtriser le coût de la vie et gérer les inondations.
Dans un geste de haute élégance républicaine, il a ensuite rendu un hommage vibrant et appuyé à son prédécesseur au perchoir, Malick Ndiaye. Ousmane Sonko a salué la transformation profonde insufflée à l’institution sous sa direction : qu’il s’agisse de la restauration physique et symbolique du bâtiment, de la modernisation technologique par la digitalisation des travaux, de la clarification des procédures budgétaires internes ou encore de l’amélioration concrète du statut humain des personnels de l’ombre (techniciens, greffiers, collaborateurs). Une continuité institutionnelle qui permet aujourd’hui à l’Assemblée d’assumer son standing international à travers une diplomatie parlementaire redynamisée.

L’Assemblée nationale comme « gardien vigilant » du projet de rupture

Définissant sa doctrine pour l’avenir, Ousmane Sonko a voulu dissiper les craintes de blocage tout en traçant une ligne rouge infranchissable. Refusant d’installer le chaos institutionnel ou de transformer l’hémicycle en un tribunal pour des « vendettas personnelles », il a affirmé que les tensions actuelles constituaient avant tout un « exercice de vérité » pour la démocratie sénégalaise.
Néanmoins, l’avertissement lancé à l’exécutif est sans équivoque : l’Assemblée nationale ne sera plus une simple « chambre d’enregistrement » des volontés présidentielles. Forte de la légitimité populaire issue des urnes, l’institution déploiera l’intégralité de ses pouvoirs constitutionnels : contrôle rigoureux de l’action du gouvernement, évaluation sans concession des politiques publiques, vote des lois et exigence absolue de reddition des comptes. Évoquant le pouvoir comme un « dépôt » sacré confié par le peuple et par Dieu, en écho à la sourate An-Nisa du Coran et à la rigueur morale du Khalife Omar ibn al-Khattab, il a rappelé que chaque compromission ou injustice tolérée fragilise les fondations de la communauté nationale.

Une reconfiguration majeure du paysage institutionnel

Par ce discours à la fois solennel et d’une grande fermeté, Ousmane Sonko acte une rupture de ton inédite dans les annales politiques du pays. En repositionnant le Parlement comme un pôle de contre-pouvoir et d’équilibre éthique, il envoie un signal clair : au Sénégal, l’exécution du programme de rupture ne pourra plus se faire de manière unilatérale, mais devra se négocier au diapason des exigences de l’Assemblée et de la base politique qui a porté la révolution citoyenne au pouvoir.

 

 

INTEGRALITE DISCOURS HISTORIQUE D’OUSMANE SONKO

 

Mesdames et Messieurs,
Mesdames et Messieurs les honorables députés,
Madame la Secrétaire d’État chargée d’évacuer les affaires courantes, Chers membres du public,

Avant de vous lire mon discours, vous permettrez, au nom de la République du Sénégal, une et indivisible, d’adresser mes chaleureuses félicitations, à mon nom propre, au nom de la représentation parlementaire, à M. Ahmadou Al Aminou Lô, qui hier a été nommé Premier ministre de la République du Sénégal.

Je voudrais rappeler que je connais personnellement le Premier ministre du Sénégal, que j’ai fait nommer Secrétaire Général du gouvernement rattaché à la primature que je dirigeais, avec lequel j’ai cheminé pendant un an et demi, et abattu un travail colossal dans la confection d’abord des référentiels, notamment celui du Sénégal 2050, le massieux plan et tous les autres documents relatifs aux référentiels. Et je peux témoigner que c’est un travailleur acharné, un homme compétent, un homme dévoué.

Même si par ailleurs, je dois à la vérité que nous avons certaines divergences sur certaines questions, notamment la question monétaire, la gestion de la dette et d’autres questions similaires. Je voudrais dire qu’un gouvernement se forme normalement avec la formation politique majoritaire dans un pays. Notre formation politique n’a pas été associée aux consultations qui ont conduit à la nomination du Premier ministre, elle n’est pas associée à ce jour aux consultations pour la formation d’un gouvernement.

Et par conséquent, je voudrais dire qu’on ne peut pas faire du PASTEF sans PASTEF.

Et la seule référence du socle PASTEF dans un discours ne confère pas légitimité du parti PASTEF. Je voudrais rappeler que les circonstances dans lesquelles cette installation se tient m’amènent à clarifier ces questions. Malgré ce raté, malgré ce faux départ par rapport à la nomination du Premier ministre, PASTEF qui est la formation politique, et c’est inédit dans les annales politiques de ce pays et peut-être du monde, PASTEF qui est la formation politique à la fois majoritaire dans l’opposition et au pouvoir, reste ouvert à une discussion responsable qui met de côté les égos pour trouver les voies et moyens d’une gouvernance apaisée et terminer ce mandat dans les meilleures conditions. Et cette discussion ne se fera pas autour des hommes et des femmes, elle se fera autour des orientations et du programme. Sur quoi devrons-nous entendre désormais avec l’exécutif ? Quels sont les engagements qui ont été pris récemment sur la question liée à la restructuration ? Quelle perspective pour le maintien du pouvoir d’achat et éviter de faire subir aux Sénégalais les conséquences d’une augmentation ?

Quid de la justice et du djiboundjibounti ? Autant de questions qui devront fonder les discussions s’il en est avec le président de la République pour pouvoir envisager de continuer à l’accompagner dans la sérénité, le parti, l’Assemblée nationale, Les majorités que nous détenons aussi bien dans l’opposition qu’au niveau de l’exécutif.

Et j’en appelle donc à la responsabilité, au sens du dépassement. On ne peut pas être dans un système d’hyper-présidentialisme au Sénégal aujourd’hui. Et la configuration actuelle en a décidé ainsi.

Mesdames et Messieurs les honorables Députés,

Nous voici réunis dans cet hémicycle en un jour trois fois symbolique : lendemain de Pentecôte et retour de Popenguine pour les chrétiens, jour de la station et du jeûne d’Arafat et veille de la Tabaski pour les musulmans.

Il y a quelques jours encore, j’étais à la tête du gouvernement. Mon bilan y est précis : transparence sur la dette cachée, renégociations, respect des échéances de dette, refus de sa restructuration, plan de redressement économique et social, moralisation de la vie publique (fonds politiques, lutte contre la corruption, réduction du train de vie de l’État, réformes…), exigence de justice, protection de la société, avancée dans la gestion des inondations, gestion de la production agricole, maîtrise du coût de la vie, apaisement du climat social, redéfinition d’un modèle de développement, sauvetage d’entreprises en difficulté,… Et maintenant, l’Assemblée nationale !

Qu’il me soit d’abord permis, de rendre un hommage appuyé, fraternel et solennel à mon prédécesseur, le Président Malick Ndiaye, pour sa loyauté sans faille envers les idéaux patriotiques qui nous rassemblent, et pour son dévouement de chaque instant.

De le féliciter ensuite pour son brillant passage à la tête de cette Assemblée, qu’il a profondément transformée.

Sur le plan matériel et symbolique, il a réhabilité ce bâtiment qui commençait à porter les stigmates du temps, de l’usure et de l’abandon, lui rendant un peu de son lustre et de sa superbe.
Sur le plan humain, il a porté une attention exemplaire aux hommes et aux femmes de cette institution (techniciens, greffiers, collaborateurs, personnels de service), améliorant leur statut et rappelant avec force que derrière les bancs des députés, il y a des vies, des familles, des dignités à protéger.

Sur le plan financier, il a imposé une régularisation rigoureuse et méthodique des procédures budgétaires, mettant fin aux zones d’ombre et aux pratiques opaques.

Sur le plan technologique, il a engagé la digitalisation du travail parlementaire, nous dotant d’outils modernes alignés aux meilleurs standards.

Au plan international, il a su donner un contenu dynamique au concept de diplomatie parlementaire au service du rayonnement du Sénégal et renforcer le positionnement régional et international de notre pays.
Président Malick Ndiaye, au nom de tous les députés et de cette institution, je vous dis merci.

Je remercie également, du fond du cœur, les députés qui m’ont accordé leur confiance. Une confiance qui m’oblige et me lie. Aujourd’hui, vous me donnez, plus que jamais, les moyens insoumis et institutionnels de notre rôle de gardien vigilant de notre révolution.

Nous en userons avec fermeté et responsabilité.

Je veux aussi adresser un mot affectueux à mon ami et frère, l’Honorable Ismaël Wone. Ismaël, j’ai éprouvé une immense satisfaction de savoir que ça allait être toi, mon suppléant. Depuis plus de dix ans que nous cheminons, tu as toujours fait preuve, en toutes circonstances, d’une loyauté absolue, d’un désintéressement rare, d’une abnégation totale. Ton amitié sincère restera l’un des biens les plus précieux que m’ait offerts l’engagement public.

Pour ma part, comme vous le savez tous, j’ai été député pendant cinq longues années. J’ai connu les bancs étroits de l’opposition parlementaire, les joutes oratoires acharnées. Et parfois, l’épuisement du combat solitaire contre des majorités qui confondaient la force du nombre avec la légitimité du droit.

Puis j’ai été maire, appelé à devenir Premier ministre ensuite. Cette expérience, renforcée par mon parcours technique dans la haute fonction publique, et la parfaite connaissance de tous les dossiers gouvernementaux en cours, seront des atouts précieux pour la montée en puissance de notre Assemblée dans ses rôles constitutionnels.
Mesdames et Messieurs les honorables Députés, En entrant aujourd’hui dans cette Assemblée nationale avec la responsabilité de la présider, je mesure pleinement la gravité du moment historique que traverse notre pays. Me voici appelé à conduire l’institution chargée de représenter directement la souveraineté populaire. Certains y voient une crise, d’autres un déchirement. Moi, j’y vois d’abord une épreuve de vérité pour notre démocratie.

Les peuples ne jugent pas seulement les hommes politiques sur leurs victoires. Ils les jugent surtout sur leur capacité à demeurer fidèles à leurs principes lorsque le pouvoir devient inconfortable. Car il existe une question plus importante que celle de savoir qui gouverne. Cette question est : au nom de quoi gouverne-t-on ?
Depuis plusieurs mois, notre pays a vu émerger des divergences profondes au sommet de l’État. Elles ont été décrites comme des rivalités personnelles, des conflits d’ambition ou des luttes d’influence. Je ne souhaite pas nourrir cette lecture réductrice. Ce qui est en jeu dépasse les individus. Ce qui est en jeu, c’est le rapport entre la morale et la politique. Aristote écrivait, dans L’Éthique à Nicomaque, que la politique est l’art suprême parce qu’elle a pour finalité le bien commun. Non pas le bien d’un clan ; non pas la conservation d’un pouvoir pour lui-même. Mais le bien de la cité. Il rappelait également qu’aucune cité ne peut durer si la vertu disparaît de ceux qui la dirigent.

Au Sénégal même, cette question de l’éthique du pouvoir ne nous est pas étrangère. Le Président Mamadou Dia rappelait déjà, au lendemain de l’indépendance, qu’aucun projet de transformation nationale ne peut survivre si les dirigeants confondent l’État avec leurs propres intérêts. Pour lui, la souveraineté ne pouvait être seulement politique ; elle devait être morale, économique et sociale. Il savait qu’un pays peut disposer d’un drapeau, d’un hymne et d’institutions, tout en demeurant prisonnier de pratiques qui vident la République de son sens.
Ce que Mamadou Dia avait compris très tôt, beaucoup de nations africaines l’ont découvert parfois trop tard : un pays peut survivre à la pauvreté matérielle, mais rarement à l’effondrement de sa morale publique. Une nation ne meurt pas seulement de pauvreté économique. Elle peut mourir de fatigue morale. Elle peut mourir lorsque les institutions cessent d’être au service du peuple pour devenir des instruments de confort, de peur ou de calcul.

Nous venons d’une longue histoire de désillusions africaines. Combien de peuples ont vu des mouvements de libération devenir des appareils de domination ? Combien de promesses de
rupture se sont dissoutes dans les privilèges, les accommodements et les silences ? Combien de révolutions ont fini par craindre la transparence qu’elles réclamaient hier ?
Saint Augustin, dans La Cité de Dieu, posait une question redoutable : qu’est-ce qu’un État sans justice, sinon une grande association de brigands ? Cette phrase demeure d’une actualité implacable pour toutes les nations du monde. Car lorsque la puissance publique cesse d’être ordonnée à la justice, elle ne produit plus la confiance ; elle produit la résignation ou la colère.
C’est pourquoi je veux le dire ici avec gravité : la morale en politique n’est pas une décoration destinée aux discours de campagne. Elle est la condition de survie des nations. Lorsqu’un peuple perd confiance dans la parole publique, il cesse progressivement de croire aux institutions elles-mêmes. Notre responsabilité historique est immense parce que notre peuple a beaucoup souffert pour rendre possible la révolution citoyenne par les urnes de 2024. Des jeunes sont tombés. Des familles ont pleuré. Des citoyens ont connu la prison, la peur et parfois l’exil. Le peuple sénégalais n’a pas porté notre projet au pouvoir pour assister à une simple permutation d’élites. Il l’a porté pour restaurer une certaine idée de la dignité publique.

Cette fidélité intérieure à la dignité d’un peuple traverse toute notre histoire nationale. Aline Sitoé Diatta avait déjà compris qu’un peuple ne demeure libre que lorsqu’il refuse intérieurement la résignation. Face à la domination coloniale, elle ne disposait ni d’armée, ni d’État, ni d’institutions. Elle ne possédait qu’une force morale : la conviction qu’aucune puissance n’est durable lorsqu’elle exige d’un peuple qu’il renonce à sa dignité. Cette leçon demeure actuelle. Les nations commencent à se perdre le jour où leurs dirigeants demandent à leur peuple de s’habituer au renoncement.

Cheikh Ahmadou Bamba, lui aussi, nous a transmis une autre leçon essentielle dans les périodes de tension : la véritable force ne réside pas seulement dans la conquête du pouvoir, mais dans la capacité à demeurer maître de soi lorsque survient l’épreuve. Il savait qu’un homme peut perdre une fonction sans perdre son honneur, et qu’un peuple peut traverser les tempêtes sans abandonner sa dignité. Cette sagesse doit aujourd’hui nous guider collectivement.

C’est précisément pour cette raison que les institutions ne peuvent être neutres face à la question morale. L’Assemblée nationale doit être le cœur battant de cette exigence éthique. Et je mesure parfaitement le symbole de cet instant. Certains croyaient que le limogeage d’un Premier ministre signifiait sa disparition politique. Mais dans une démocratie véritable, aucune
fonction n’épuise la légitimité populaire. Le peuple demeure la source du pouvoir. Et cette Assemblée, forte de la confiance massive accordée au projet porté par PASTEF lors des législatives du 17 novembre 2024, possède aujourd’hui une responsabilité historique particulière. Je n’utiliserai pas cette responsabilité pour organiser le chaos institutionnel. Je n’utiliserai pas cette Assemblée pour nourrir des vendettas personnelles. Ce serait trahir notre propre combat.

Mais je le dis avec la même clarté : l’Assemblée nationale ne sera pas une chambre d’enregistrement. Elle contrôlera l’action gouvernementale. Elle exercera pleinement ses prérogatives constitutionnelles de vote des lois, de contrôle de l’action du Gouvernement et d’évaluation des politiques publiques. Elle défendra la transparence des finances publiques, la reddition des comptes et la souveraineté populaire. Elle usera de tous les leviers de contre-pouvoirs constitués, selon la gravité des faits et des circonstances. Cette exigence morale ne relève d’ailleurs pas seulement de la philosophie ou de l’histoire politique. Elle est profondément enracinée dans notre propre civilisation spirituelle. Le Coran enseigne : « Allah vous commande de rendre les dépôts à leurs ayants droit et, lorsque vous jugez entre les gens, de juger avec équité. » (Sourate An-Nisa, 4 : 58). Le pouvoir est donc un dépôt. Une charge. Une responsabilité devant les hommes et devant Dieu.

Le Khalife Omar ibn al-Khattab craignait d’être tenu responsable devant Dieu si une mule trébuchait faute de route entretenue. Voilà le sens véritable de l’éthique politique : considérer que chaque injustice ignorée, chaque privilège toléré, chaque renoncement devant la vérité finit par fragiliser toute la communauté nationale.
Mes chers collègues, Nous sommes entrés dans une nouvelle phase de notre histoire politique. Elle sera difficile. Elle sera traversée par des tensions, des tentatives de division et des pressions multiples. Mais elle peut aussi devenir un moment de maturation démocratique.

Le Sénégal doit montrer à l’Afrique qu’une crise politique peut être affrontée sans haine, sans violence et sans effondrement institutionnel. Nous devons prouver qu’un peuple africain peut débattre fermement sans détruire son propre État. Nous devons démontrer que la fidélité aux principes est plus forte que les calculs de circonstance.
Je tends la main à tous les députés de cette Assemblée, majorité comme opposition. Car au-dessus des appartenances partisanes, il existe une exigence supérieure : préserver la République.
L’histoire retiendra moins les postes occupés que les principes défendus dans les moments décisifs.

Et dans ces moments-là, la seule véritable question est toujours la même : lorsque le pouvoir nous met à l’épreuve, choisissons-nous le confort ou la vérité ?
Pour ma part, je continuerai de choisir la vérité.

Vive l’Assemblée nationale, fière, rénovée et debout !
Vive la République du Sénégal, une, indivisible et éternelle !

Je vous remercie.