Évala : des combats spectaculaires mais dangereux, une couverture sanitaire bien organisée

Le 18 janvier 2024, le terrain cantonal de Pya, situé dans le creux des géantes montages verdoyantes, dressait son arène pour accueillir d’âpres combats opposant les lutteurs de Pya bas (en blanc) à leurs frères de Pya Haut (en rouge). Le beau paysage, le temps qu’il fait et les champs de maïs à perte de vue témoignent d’un véritable havre de paix, mais qui contraste avec la violence des combats livrés sous le regard attentionné du chef de l’Etat, Faure Gnassingbé. Ce spectacle, si fascinant, enregistre des blessés, parfois graves, mais rapidement pris en charge grâce à une couverture sanitaire bien organisée.

Les luttes Évala constituent une véritable guerre des muscles où montrer sa virilité en public transfigure les lutteurs. Dominé les trois dernières années, Pya-bas, d’où est originaire Faure Gnassingbé, se devait de laver l’affront à tout prix, ce qui en a rajouté à l’âpreté des empoignades.

Au-delà de leur caractère initiatique, elles sont connues pour leur férocité, entretenue par la force, le courage, la détermination, et même l’histoire séculaire qui rythme la vie des quartiers, des villages ou même des cantons. Certaines séquences des luttes sont interdites aux âmes sensibles. Quand un lutteur, enivré de la rigidité de ses biceps, décide de brandir son adversaire tel un trophée, et de s’en débarrasser pour favoriser sa chute violente et brutale, l’émotion et le choc du public sont au comble.

Derrière donc la beauté du spectacle, les lutteurs, seulement habillés de shorts, torse nu et luisant, sans aucune forme de protection, courent risques et dangers. En effet, les combats peuvent causer entre autres des entorses, des fractures, des commotions cérébrales. Conscients des dangers, l’organisation met en place un dispositif de sécurité important.

 Croix-Rouge et sapeurs-pompiers à la rescousse

Des secouristes de la Croix-Rouge et les sapeurs-pompiers sont présents sur place pour intervenir rapidement en cas d’accident. Une équipe de médecins est également mobilisée pour prodiguer les premiers soins aux blessés. Cette organisation est le fruit de toute une préparation que nous explique Seydou Amidou Abdel Akim, coordinateur régional de la Croix Rouge- Kara :

« Notre présence se justifie par l’organisation des premiers secours afin de porter une assistance aux éventuels blessés et à toute personne qui se trouverait dans le besoin d’une prise en charge du point de vue sanitaire. L’organisation de ce secours se fait à deux niveaux : en amont, il y a des réunions préparatoires organisées avec la direction régionale de la santé, le CHU et le CHR Kara où, techniquement, nous étudions toutes les dispositions à prendre pour une meilleure couverture sanitaire. A ce stade s’effectuent également les recyclages des secouristes de la Croix-Rouge afin de réactiver les réflexes ou de les renforcer davantage. Une fois sur le terrain, nous érigeons un poste de secours avec la présence de tous les acteurs intervenant dans l’organisation sanitaire. Ce poste est animé par des acteurs de la santé, la Croix-Rouge, mais le rôle de la Croix-Rouge est spécifique sur les arènes où, ensemble avec les sapeurs-pompiers, on évacue les blessés vers le poste de secours. Là, les médecins et les infirmiers, assistés des volontaires de la Croix-Rouge administrent des soins aux blessés ».

Des évacuations

Certains cas ne peuvent être traités sur les sites, et nécessitent une évacuation.

« Éventuellement, les cas peuvent être des entorses, des douleurs, des fractures ou des luxations, ou des blessures telles que la peau qui s’arrache. En cas de gravité, des dispositions sont prises pour une évacuation au CHU ou au CHR Kara, vous aurez constaté qu’une ambulance vient de démarrer, parce qu’il y a eu un cas de fracture. Relevons que parfois il y a des cas de fièvre, ou de vertige des spectateurs, mais ces cas bénins sont pris en charge sur le site », explique M. Seydou Amidou Abdel Akim.

Seydou Amidou Abdel Akim, coordinateur régional de la Croix Rouge- Kara

Des lacunes à corriger

De dévoués acteurs s’investissent avec tout le professionnalisme requis pour une prise en charge efficace des blessés, mais ils sont confrontés parfois à un manque de moyens adéquats sur place pouvant rendre non nécessaires certaines évacuations.

“Nous faisons la coordination lointaine qui consiste à former les nouveaux secouristes et à recycler les anciens pour pouvoir être prêts et agir effacement sur les terrains de lutte. Nous sommes à la finale de Pya, j’ai pu voir les lacunes dans la mise en œuvre des techniques de prise en charge des blessés dans le rang des lutteurs, aussi, j’ai pu recenser les matériels nécessaires qui manquent. Tout de suite nous venons d’avoir un cas de fracture, il fallait disposer sur place des attelles improvisées. Nous prenons acte des manquements, et faisons le point après, pour y remédier prochainement”, promet Dr Assih Essoyodina, chef Département secours et gestion des catastrophes à la Croix-Rouge togolaise.

Sécurité des lutteurs

Les luttes Evala n’appartiennent plus uniquement au peuple kabyè, elles drainent, de plus en plus, chaque année, des visiteurs d’ici et d’ailleurs, devenant l’événement culturel majeur qui nourrit le mieux le tourisme domestique et le tourisme international.

Malgré toutes les précautions, des blessures graves surviennent parfois dans les arènes. Cette année, plusieurs lutteurs ont été évacués vers les hôpitaux. L’attractivité des luttes ne doit pas masquer les dangers bien réels auxquels ces jeunes hommes sont exposés. Évala est bel et bien une tradition ancestrale qui doit être préservée, mais il est important de veiller davantage à la sécurité des lutteurs.

De Pya, Yves Galley