La Francophonie, une arme culturelle d’aliénation massive et de soumission des Africains à la France

Présentée à l’origine comme un creuset de dialogue des cultures et plus tard comme un des outils de développement des pays de l’espace francophone, l’Organisation internationale de la francophonie (OIF) a été conçue par la France plutôt pour servir d’arme d’aliénation culturelle. Son objectif, sans ambigüité, est de faire des locuteurs du français dans ses colonies, ex-colonies et néocolonies, des esclaves modernes, c’est-à-dire des travailleurs corvéables à merci, privés de la capacité d’autodétermination et sur lesquels elle disposera du droit d’usus, de fructus et d’abusus.

Bref rappel historique
Depuis sa fondation, de la Gaule à l’État des Francs au XIIIe siècle jusqu’à nos jours en passant par sa reconnaissance comme la « nation de France » au XIVe siècle, les actes que pose la France nous renseignent sur le caractère mensonger et trompeur de ses discours. Les premiers à le savoir sont les Français eux-mêmes, plus précisément leurs érudits parmi lesquels l’inventeur du terme francophonie, l’écrivain Onésime Reclus.

Dans son livre « France, Algérie et colonies » publié en 1883, il écrit : « Longtemps, les Français ont eu la stupidité de se proclamer le premier peuple du monde… Ne caressons plus ces vains fantômes ! Paris n’est pas la cité mère, la ville antérieure, l’Alpha et l’Oméga, le commencement et la fin, le but des choses, la balance de justice et l’éternel flambeau; la France n’est point le peuple-lumière… l’exemple du monde. »

Il faut souligner qu’à l’instar des autres nations euroasiatiques, notamment l’Espagne, le Portugal, l’Allemagne, la Russie, c’est par la guerre, le pillage, les razzias, les massacres et les génocides d’autres peuples que la France s’est construite. Elle a toujours esclavagé les peuples qu’elle a soumis. Elle impose toujours aux populations des territoires conquis une domination linguistique, culturelle, économique et sociale, toutes exclusives, celles-là même que les Grecs et les Romains leur avaient imposées durant des siècles.

Onésime Reclus rappelle : « Le capitaine qui fit de la Gaule une chose romaine, César, introduisit chez nous (…) la langue latine… Cette langue tua le gaulois. Deux ou trois cents ans suffirent à cette œuvre de mort : que pouvaient des patois sans lettres, n’ayant que des chansons, des proverbes, contre la langue des soldats, des juges, des collecteurs d’impôts, des marchands… Ce fut la lutte impossible de l’algonquin contre le français, de l’iroquois contre l’anglais, du guarani contre le lusitanien, le combat désespéré des langues indiennes contre l’espagnol, des langues sibériennes contre le russe. »

La France a si bien assimilé la leçon que depuis, c’est la prédation des peuples, c’est-à-dire l’impérialisme, le colonialisme, l’esclavagisme, le racisme et le mensonge d’État qui fondent ses concepts du monde, sa philosophie, sa langue, son système éducatif, sa culture, son État et les relations de celui-ci avec sa propre population et les nations étrangères.

Origine de la Francophonie
Le terme Francophonie a été utilisé pour la première fois par Onésime Reclus, géographe et ancien militaire dans les colonies. C’est dans le même ouvrage, France, Algérie et colonies, paru en 1883, que l’auteur confiait que la survie et la prépondérance de la France passaient par l’expansion de sa langue. Cette expansion ne pourrait être réalisée que par la domination sans réserve d’autres peuples. Onésime, manifestement, a tiré une leçon singulière de l’histoire des peuples euroasiatiques, la même que la France a fait sienne.

En effet, il écrit : « … Nous acceptons comme francophones tous ceux qui sont ou semblent destinés à rester ou à devenir participants de notre langue (…) et dont nous sommes déjà les maîtres… Il serait bon que la francophonie doublât ou triplât [de locuteurs] (…) car l’humanité qui vient (…) n’aura d’attention que pour les langues très parlées, et par cela même très utiles. » (Onésime Reclus, France, Algérie et colonies, p. 422 et 424, 1883.)

En clair, la Francophonie est une organisation pensée pour défendre les intérêts exclusifs de la France sur la base de la colonisation des autres peuples sous toutes ses formes, quelle que soit la dénomination qu’elle lui donne. Cette colonisation ou néocolonisation est fondée sur la négation de la dignité humaine des peuples. L’idéologie conceptuelle de la francophonie est donc nécessairement impérialiste, colonialiste, esclavagiste et raciste. Pour prospérer, elle s’appuie l’inversion des valeurs des peuples des territoires conquis et le mensonge systémique. Ainsi, tel le loup qui s’habille de peau d’agneau pour entrer dans la bergerie, ils ont élaboré des éléments de langage et des discours lénifiants pour tromper la vigilance des peuples afin de les assujettir sans coup férir. La France est un État prédateur structuré et organisé pour fonctionner comme tel.

Un tel État peut-il être qualifié de pays des Lumières et des Droits de l’Homme ? La propagande des États occidentaux nous répond : « Oui ! ». La réponse est logique, puisque ce sont tous des États prédateurs. Par conséquent, lorsque la France s’autoproclame « Pays des Lumières et des Droits de l’Homme », la conclusion logique que tout individu intelligent peut tirer est que la France verse dans l’altération de la vérité.

Définition de la Francophonie

L’OIF déclare : « La Francophonie, ce sont d’abord des femmes et des hommes qui partagent une langue commune, le français, une langue mondiale, non pas la plus parlée, mais la plus répandue et la plus enseignée après l’anglais. »

La syntaxe de cette phrase est pensée pour tromper les gens, car ce qu’elle vise, c’est de faire croire que le français est l’une des langues majeures du monde aujourd’hui. Ce qui est faux. Selon l’Observateur de la langue française, le français a 300 millions de locuteurs dans le monde dont plus de la moitié sont en Afrique. On peut légitimement douter de ce chiffre officiel, d’autant que le choix des critères qui permettent de classer favorablement le français ont été élaborés par la France.

L’OIF souligne : « On parle de francophonie avec un f minuscule pour désigner les locuteurs de français, et de Francophonie avec un F majuscule pour figurer le dispositif institutionnel organisant les relations entre les pays francophones. »

Attardons-nous un peu sur les éléments de langage : Francophonie avec un F majuscule et la francophonie avec un f minuscule. Ces éléments de langage traduisent un trait de la culture française. Ce caractère culturel français trouve son origine dans la tradition gréco-romaine fondée essentiellement sur la discrimination sociale et raciale. La discrimination sociale établit trois classes : l’aristocratie (noblesse) ou classe supérieure, la bourgeoisie (hommes libres) ou classe intermédiaire et le prolétariat ou la classe inférieure des esclaves (ouvriers, travailleurs et misérables) corvéables à merci pour le bénéfice exclusif de leurs maîtres et propriétaires. La discrimination raciale établit deux races : la race blanche considérée comme la race supérieure et la race noire ou assimilée considérée comme la race inférieure. La Noblesse dispose de tous les droits. Elle a le droit de vie et de mort sur les populations des classes inférieures.

La langue française traduit cette hiérarchie sociale dans ses expressions écrites. Ainsi donc, à l’écrit, la lettre majuscule est de classe supérieure et la minuscule de classe inférieure. Par conséquent, la Francophonie avec un F majuscule, c’est la Noblesse qui dispose de tous les droits, comme dans la Grèce et la Rome antiques, sur les populations colonisées qui constituent la francophonie avec f minuscule, la classe des prolétaires, ouvriers et esclaves. La fonction principale des colonisés et des néocolonisés est d’enrichir exclusivement leurs maîtres, les oligarques, par leur force de travail. Dans cette logique, et fidèle à sa nature, la France a également établi une distinction claire de classes entre ce qui est français et ce qui est francophone. Le Français est de classe supérieure et le francophone, de classe inférieure.

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Les buts affichés et occultes de la Francophonie
La France et la Francophonie prétendent appliquer des politiques humanistes en Afrique dite francophone. Mais la vérité des faits enseigne que ce sont plutôt des politiques déshumanisantes et mortifères.
La France prétend que le but de la Francophonie avec un F majuscule est de « bâtir un espace de solidarité fondé sur les principes d’humanisme, de démocratie et de respect de la diversité des cultures et des langues. » Pourtant, elle a créé la Zone Franc CFA (Colonies Françaises d’Afrique) sur l’exemple de la politique monétaire que l’Allemagne nazie a appliqué à la France pendant la 2e guerre mondiale. Ce système est un système d’exploitation à mort des populations afin d’assurer la prospérité et la primauté exclusive de la France, et ainsi garantir une certaine puissance de son État dans le monde. Depuis 75 ans, depuis donc la fin de la deuxième guerre mondiale, la France impose cette politique monétaire déshumanisante aux pays africains qu’elle ose désigner comme la francophonie avec un f minuscule.

La France prétend également que « la Francophonie se mobilise pour créer les conditions favorables à l’entrepreneuriat des jeunes et des femmes… » et que « l’égalité entre les femmes et les hommes » est privilégiée. Une telle prétention est une insulte à l’intelligence des Africains. En effet, les jeunes et les femmes sont les premières victimes de la Zone monétaire Franc CFA.

Déclarer que « la Francophonie a pour objectifs de… valoriser les différentes cultures qui s’expriment sur l’ensemble des territoires de la Francophonie », c’est considérer les territoires d’États souverains comme des territoires français et par conséquent refuser de reconnaître la souveraineté des nations qui ont en partage la langue française avec la France. Traiter ses « partenaires », des nations souveraines, de « territoires de la Francophonie » montre la pensée profonde de la France envers les pays africains dont les langues les plus parlées sont naturellement les langues locales.

Nous pouvons multiplier à l’infini les exemples de la félonie française. Mais nous allons terminer sur un fait singulier. Comment la France et sa Francophonie peuvent-elles promouvoir les cultures et les langues africaines en consacrant pratiquement toutes les ressources humaines, techniques et financières à la promotion exclusive du français ? En outre, la France impose des conseillers techniques culturels français mais ceux-ci n’ont aucune expertise des langues et cultures africaines. Le cas Matthieu Gardon-Mollard, conseiller technique « francophonie » au ministère de la Culture et du Tourisme -sous plusieurs équipes gouvernementales- au Togo est une parfaite illustration. Expert technique international de l’agence Expertise France, il est mis à disposition du ministère de la Culture dans le cadre des actions de coopération bilatérale entre la France et le Togo depuis 2013. C’est l’info officielle. Mais pour quel bilan ? Le moins que l’on puisse dire, à voir le financement et la promotion des langues togolaises comme le Kabyè et l’Ewe, le bilan est négatif pour le Togo, mais exclusivement positif pour la France. Il en est ainsi dans tous les pays africains dits « francophones » avec un f minuscule.

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Aujourd’hui, aux yeux des populations africaines, de mieux en mieux informées, la France est une nation nazie et comme telle, elle mérite un sort nazi : la décapitation et la mise à mort du système. La colonisation et la coopération françaises sont toujours élaborées et exécutées au détriment des intérêts supérieurs des nations africaines. Elles ont toujours été rythmées par la diabolisation systématique de la culture, des langues et des us et coutumes africains.

Elles sont jalonnées de coups d’État militaires à répétition contre les patriotes africains, des assassinats ciblés de leaders et d’intellectuels africains incorruptibles et décidés à défendre les intérêts de leur peuple. Cette abjection systématique de la France ne vise qu’un but : annihiler toute résistance des populations afin de les piller et d’exploiter à mort leur force de travail ad aeternam. (A suivre)

Amegan Addablah, Chercheur en Humanités Classiques,
Enseignant et Journaliste

 

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