Kodjo Adedze, PA ; Savi de Tove, PR : la préfecture de Zio, nouveau centre de gravité du pouvoir

Contre toute attente, c’est un vétéran de la politique togolaise, Jean-Lucien Kwassi Lanyo Savi de Tové, qui a été élu le 03 mai 2025 président de la République, marquant ainsi l’entrée du Togo dans une ère institutionnelle inédite. À 86 ans, ce docteur en sciences politiques, ancien ministre et figure du dialogue national, succède à Faure Gnassingbé – désormais président du Conseil – dans un rôle honorifique, mais symboliquement puissant. Un choix qui a surpris l’opinion, alors que les pronostics penchaient pour un cacique de l’UNIR ou carrément une femme.

Savi : un parcours académique et politique hors norme

Né à Lomé et issu de l’ethnie éwé, Savi de Tové incarne une trajectoire intellectuelle et politique exceptionnelle. Diplômé en droit de l’université de Bordeaux et docteur de la Sorbonne, il a marqué l’histoire contemporaine du Togo par son engagement précoce dans les arcanes du pouvoir, mais aussi par ses épreuves. Secrétaire général des Affaires étrangères dès 1967, il fut emprisonné en 1979 après des accusations de complot, avant de renaître dans l’opposition modérée lors de l’avènement du multipartisme.
Fondateur du Parti des démocrates pour l’unité (PDU), puis vice-président de la Convergence patriotique panafricaine (CPP), il a toujours prôné la réconciliation, signant en 2006 l’accord issu du dialogue intertogolais. Ministre du Commerce du 20 juin 2005 en décembre 2007, il a ensuite présidé le Cadre permanent de dialogue et de concertation (CPDC), prouvant son rôle de pont entre pouvoir et opposition.

Le poids de l’âge, atout ou handicap ?

À 86 ans, Savi de Tové défie les préjugés sur la sénilité. Ses soutiens mettent en avant son expérience, sa sagesse et son indépendance d’esprit. Son âge n’est pas un handicap mais un atout, perçu comme un gage de stabilité, car l’homme, incarnant la mémoire politique du Togo, serait doté d’une capacité indéniable à transcender les clivages et à rassembler.
Lors de sa prestation de serment, le nouveau président a martelé : « Je jure de consacrer mes efforts au bien-être du peuple togolais et à l’unité nationale. » Une promesse qui résonne comme un défi, tant les attentes sont grandes dans un contexte de transition vers un régime parlementaire.

Zio au cœur du pouvoir

L’élection de Jean-Lucien Kwassi Savi de Tové à la présidence de la République marque non seulement un tournant institutionnel pour le Togo, mais consacre également l’ascension politique remarquable de la préfecture de Zio. Ce territoire, longtemps resté en marge des centres de décision, se trouve désormais au cœur du pouvoir avec deux de ses fils occupant des positions stratégiques : Savi de Tové à la présidence de la République et Kodjo Adedze à la tête de l’Assemblée nationale et du Congrès.

Cette configuration inédite fait de Zio un pôle d’influence majeur dans le nouveau paysage politique togolais. La préfecture, qui abrite notamment la ville de Tsévié, chef-lieu de la région maritime, voit ainsi son statut revalorisé à travers ces nominations de premier plan. Une reconnaissance qui appelle dorénavant une attention particulière en matière de développement de ce territoire dont le visage urbain et rural reste peu ou prou émacié.

« Zio mérite à présent une attention particulière. Son développement doit être une priorité pour refléter son nouveau statut », plaide un cadre local.

Un nouveau chapitre pour le Togo

Jean-Lucien Kwassi Savi de Tové incarne maintenant la face sereine d’un Togo en mutation. Son élection, bien que surprenante, offre au régime une légitimité historique et une image d’ouverture. Mais au-delà des symboles, le peuple togolais attend des actes. Et Zio, désormais sous les projecteurs, guette les premiers signes de changement.

Yves GALLEY