Hommage de la CNDH/ Sronvie Olivier : “Me Agboyibo est reconnu comme le père fondateur des Institutions nationales des droits de l’homme en Afrique”

Après une vie bien remplie au service de la nation, le grand homme d’Etat, écrivain, avocat et ancien Premier ministre, Yawovi Madji Agboyibo, a tiré sa révérence le 30 mai 2020 à Paris. Le samedi 11 décembre 2021, la nation lui a rendu les derniers hommages avant son inhumation à Kouvé, après ceux du colloque international tenu à l’hôtel du 2 février le 3 juin dernier. On notait la présence de nombreuses personnalités parmi lesquelles Gilbert Bawara, le ministre de la Fonction publique, Jean-Pierre Fabre, le président de l’ANC, l’ancien ministre Pascal Bodjona, Dodji Apevon, le chef du parti FDR. Les cérémonies ont été ponctuées d’une kyrielle d’oraisons funèbres, celle du gouvernement a été prononcée par le ministre de la Communication, Akodah Ayéwouadan. Premier président de la Commission nationale des droits de l’homme (CNDH), l’illustre disparu a eu droit à un vibrant hommage de Sronvie Olivier, président actuel par intérim de l’institution.”Ce jour est un grand jour consacré à l’Adieu à ce grand homme, champion des Droits de l’homme. C’est avec un grand honneur et une vive émotion, que je prends la parole, au nom de l’ensemble des membres et du personnel de la Commission Nationale des Droits de l’Homme (CNDH) et en mon nom propre, pour rappeler ici quelques traits de caractère de l’illustre disparu en souvenir de ce qu’il fut pour notre institution”, dit-il, sous de vives émotions. Lire l’intégralité de l’oraison funèbre de la CNDH.

(…) Mesdames et Messieurs,
« La mort n’a qu’un instant, et la vie en a mille », disait le Cardinal de Richelieu, ecclésiastique et homme d’État français.
Chers membres de la grande famille AGBOYIBO,Excellences, Mesdames, Messieurs,
La Commission Nationale des Droits de l’Homme (CNDH) a eu l’occasion de rendre un premier hommage à Me Yawovi AGBOYIBO, le 03 juin dernier, lors du colloque scientifique international organisé en sa mémoire à Lomé.
Au cours de ce colloque, la commission à travers l’allocution d’ouverture de sa feu présidente et à travers la communication que j’ai eu l’honneur de présenter avait eu à reconnaitre le personnage comme un véritable champion dans ses combats de défenseur des sans voix, de défenseur des droits humains, de l’avocat de l’avocat (organisation de la profession qui lui est reconnue) et un véritable précurseur dans la promotion et la protection des droits de l’homme.
Sa volonté de dénoncer les violations et de combattre l’injustice quelles qu’elles soient et d’où qu’elles viennent au sacrifice de sa vie, sa capacité et son don à convaincre par des arguments ont permis à nos populations de gagner beaucoup d’espaces de libertés et de hisser notre pays dans le firmament des nations qui ont très tôt compris que tout programme de développement qui ne tienne pas compte de la dimension des droits humains est voué à l’échec.
Ce jour est un grand jour consacré à l’Adieu à ce grand homme, champion des Droits de l’homme. C’est avec un grand honneur et une vive émotion, que je prends la parole, au nom de l’ensemble des membres et du personnel de la Commission Nationale des Droits de l’Homme (CNDH) et en mon nom propre, pour rappeler ici quelques traits de caractère de l’illustre disparu en souvenir de ce qu’il fut pour notre institution.
Oui le Togo pleure aujourd’hui l’un de ses plus dignes fils et l’une de ses plus belles voix. Une voix tonitruante, profonde, toujours féconde, une voix toujours tournée vers la dignité de l’homme. Me AGBOYIBO avait la passion du Togo, une passion dévorante, tenace pour la justice sociale, les droits de l’homme et la démocratie. C’est ainsi qu’il a œuvré sans relâche pour la création de la Commission nationale des droits de l’homme (CNDH) en 1987, dont il fut le premier Président.
Comme le dit un adage africain, « un cheval ne grandit pas avec ses premiers poils ». Aujourd’hui la CNDH a beaucoup grandi, même si son premier président s’en est allé, ses œuvres demeurent et demeureront toujours car les grands hommes ne meurent pas tout entiers !
Selon les témoignages recueillis auprès des membres du personnel qui étaient ses collaborateurs au début de l’aventure, Maitre AGBOYIBO n’était pas seulement un patron, il était aussi un père exemplaire. Il avait beaucoup d’égards pour ses collaborateurs quel que soit leur rang pour les motiver et les encourager à aimer le travail bien fait car pour lui, un bon résultat n’intervient qu’après de durs labeurs.
Maître AGBOYIBO n’avait qu’un seul véritable ami, le travail, d’où sa rigueur en toutes choses. Il était toujours à l’écoute de ses collaborateurs et échangeait régulièrement avec eux pour s’enquérir des difficultés auxquelles ils sont confrontés dans l’accomplissement de leurs tâches. Pour ceux qui l’ont connu, l’origine ne compte pas pour lui, il suffit d’être Homme et d’aimer son travail. Bref, il fut selon les témoignages recueillis, un rassembleur d’hommes et « il avait foi dans l’homme » comme l’a si bien souligné Monsieur Abdou ASSOUMA, Président de la Cour constitutionnelle, au cours du colloque organisé en sa mémoire.
C’est ainsi qu’au-delà des frontières togolaises, Me AGBOYIBO est reconnu comme le père fondateur des Institutions nationales des droits de l’homme en Afrique dans la mesure où la plupart qui existent aujourd’hui se sont inspirées de ses expertises.
A la tête de la CNDH Togo, cet ardent défenseur des droits de l’homme a lutté pour plusieurs causes dont on ne pourrait égrener la liste en cette occasion. Il s’accrochait surtout à la liberté d’expression et de la presse car il était convaincu que la jouissance de ces libertés est un des signes distinctifs d’une société démocratique, car elle garantit une opinion publique éclairée, favorise des choix libres et confère au Peuple une possibilité de contrôle sur l’action des gouvernants. A ce sujet il avait déclaré en octobre 1989, à l’occasion du 2e anniversaire de la CNDH je cite, « La liberté d’expression et les autres droits et libertés protégeant l’esprit et la conscience et l’individu sont les piliers de la démocratie. On ne saurait se réclamer de l’idéal démocratique sans être en même temps disposé à y adhérer et à prendre les dispositions nécessaires pour les traduire en actes ». Il poursuivait « La démocratie est un leurre là où on s’évertue à répandre l’idée que la politique est l’art de dire le contraire de ce que l’on pense ou à ériger le silence en ligne de conduite », fin de citation.
Nous ne pouvons passer sous silence, l’impact que la commission sous sa présidence a eu sur l’éclosion des droits et libertés dans notre pays. Nous avons encore à l’esprit cette conférence que la commission a animée en 1988 sur le campus de l’Université du Bénin (aujourd’hui université de Lomé ) qui a permis à beaucoup d’étudiants que nous étions en ce temps de prendre véritablement conscience de vrais enjeux des droits de l’homme dans notre pays.
Nos aînés nous ont raconté que c’est pendant qu’il était à la tête de la commission qu’il avait institué la semaine de la plaidoirie gratuite où les avocats devaient se constituer et plaider gratuitement les dossiers des prévenus qui n’avaient pas de conseils. Il nous a été aussi rapporté qu’il n’hésitait pas à se constituer à l’audience pour défendre gratuitement tous prévenus ou tous inculpés lorsqu’il constatait tout simplement que ces derniers sans assistance étaient « malmenés » dans des procès qui prenaient l’allure de procès inéquitable.
Parlant des avocats, beaucoup doivent se retrouver orphelins avec sa disparition, tant, il fut pour eux un tuteur, un père, un guide.
A la tête de la Commission, sa contribution à l’ordonnancement juridique du pays est énorme. Maître Agboyibor a été à l’origine de beaucoup de textes de lois. Nous pouvons citer la loi du 20 avril 1988 sur le recouvrement des créances qui mettait fin à une situation d’injustice que vivaient les créanciers de banques et d’institutions financières, la modification en 1989 du code de procédure civile par l’introduction de l’obligation de signification de tout jugement avant son exécution et la réforme de l’article 52 du code de procédure pénale relativement au délai de garde à vue. Nous ne pouvons passer sous silence le rôle qu’il a joué dans la rédaction de la constitution de 1992 s’agissant surtout de la constitutionnalisation de la CNDH comme institution de la République chargée de la promotion et la protection des droits de l’homme.
Au demeurant, Me AGBOYIBO a incarné des valeurs qui méritent d’être soulignées pour la postérité : le respect, le dialogue, le compromis, la collaboration, le sens du bien commun. Son autorité, son savoir-faire et son rayonnement dans le domaine des droits de l’homme ne laissaient personne indifférent et l’impact de ses actions n’est plus à démontrer.
Que le souvenir impérissable de Me Yawovi Appolinaire AGBOYIBO demeure dans nos cœurs. Que la satisfaction d’une vie accomplie et l’espérance d’une vie nouvelle dans la foi chrétienne, soit une consolation pour nous tous. À toute la grande famille AGBOYIBO, à tous ceux et celles qui lui ont été chers, à tous ceux et celles qui l’ont côtoyé, je réitère, les condoléances de la CNDH.

Pour paraphraser le Philosophe, Homme politique Indien, Mahatma Gandhi, je dirai tout simplement, « Il n’y a pas d’au revoir pour nous. Peu importe là où tu es, Maitre Yawovi Madji AGBOYIBOR, tu seras toujours dans nos cœurs ».
Je vous remercie !

Quelques photos des derniers hommages de la nation à l’illustre disparu

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