Dans la course à la succession de Nibombe Daré, un autre profil français d’envergure, après Hubert Velud, retient l’attention : Olivier Guégan. À 53 ans, ce technicien expérimenté, réputé pour sa poigne et sa capacité à bâtir des projets ambitieux, se serait positionné pour prendre les rênes des Éperviers.
Olivier Guégan dispose d’une solide expertise du football de haut niveau en France, ayant officié dans les quatre divisions majeures (Ligue 1, Ligue 2, National, CFA) avec des clubs historiques tels que le Stade de Reims, le Valenciennes FC, le FC Sochaux-Montbéliard et le Grenoble Foot 38.
Un spécialiste des montées et de la performance
Le parcours d’Olivier Guégan est marqué par une véritable culture de la gagne et une aptitude rare à faire progresser ses effectifs, comme en témoigne son rôle d’architecte du succès au Stade de Reims, où il fut l’un des artisans majeurs de la remontée en Ligue 1 avant d’y assurer le maintien du club. Cette dynamique s’est confirmée lors de son épopée grenobloise, où il a réalisé l’exploit d’enchaîner deux promotions consécutives pour hisser le club du National 2 à la Ligue 2 en seulement deux ans, ainsi qu’à Valenciennes, sous les ordres duquel le VAFC a retrouvé les sommets de la Ligue 2 avec son meilleur classement depuis 2014.
Un formateur hors pair tourné vers la jeunesse
Au-delà de ses qualités de tacticien et de meneur d’hommes, Olivier Guégan possède une faculté reconnue pour identifier et lancer de jeunes talents au plus haut niveau, ayant propulsé en professionnel plus de vingt joueurs, dont des figures majeures comme le gardien de l’équipe de France Lucas Chevalier ou Ismaël Doukouré. Ce savoir-faire s’accompagne d’un lien déjà tangible avec le Togo, puisqu’il a formé et lancé plusieurs joueurs d’origine togolaise aujourd’hui confirmés sur la scène européenne, à l’instar de Lilian Brassier (Olympique de Marseille), Marvin Senaya ou encore Eliezer Mayenda.
Pourquoi lui (peut-être) ?
Détenteur du BEPF (Licence UEFA Pro), Guégan est défini comme un “fin tacticien” capable d’instaurer une discipline de fer tout en tirant le meilleur de son groupe. Sa capacité à construire des collectifs soudés et ambitieux, alliée à sa connaissance des talents binationaux, en fait un candidat particulièrement crédible pour insuffler un nouvel élan au football togolais.
Dans sa présentation personnelle, Olivier Guégan met en avant des valeurs telles que le travail, la solidarité, la fierté et l’ambition. Il insiste sur l’importance de construire un projet commun, de définir une vision partagée et de s’appuyer sur un leadership fort. « Pour savoir où l’on va, c’est bien de savoir d’où l’on vient », affirme-t-il, soulignant sa volonté d’ancrer une identité collective.
Autre argument de poids : Guégan a développé une Plateforme Performance qu’il propose de mettre à disposition des sélections. Cet outil, conçu pour optimiser la préparation et l’analyse, pourrait s’avérer précieux pour une équipe nationale cherchant à se structurer sur les plans technique, tactique et athlétique.
Un bémol à considérer : l’expérience africaine
Si le profil d’Olivier Guégan séduit par son parcours solide en France, sa capacité à développer les jeunes et sa vision structurante, une interrogation demeure : sa connaissance du terrain et des réalités africaines, et plus précisément togolaises, reste à éprouver.
Contrairement à d’autres techniciens pressentis – à l’image d’un Hubert Velud, qui a déjà officié au Togo et dans plusieurs pays du continent –, Guégan va évoluer sur une une terra incognita, il n’a jamais entraîné en dehors de l’Hexagone. Or, le football africain possède ses propres codes, ses défis logistiques, ses réalités sociales et un contexte fédéral parfois complexe. La gestion des joueurs évoluant en Europe, les périodes de rassemblement limitées, les attentes populaires et médiatiques spécifiques demandent une acclimatation que seule l’expérience africaine peut offrir.
Certes, Guégan a formé et lancé plusieurs joueurs d’origine togolaise, ce qui lui donne une sensibilité aux profils bi nationaux et une certaine proximité indirecte avec le vivier local. Mais diriger une sélection nationale en Afrique va au delà de l’expertise sportive : c’est aussi une question d’intelligence contextuelle, de relation avec les instances et d’adaptation à un environnement souvent imprévisible.
Ce point ne remet quand même pas en cause ses compétences techniques, mais invite la FTF à bien évaluer si Olivier Guégan, malgré toutes ses qualités, pourra s’adapter assez vite et assez bien pour transformer son projet sportif en résultats concrets sous la bannière des Éperviers dans un contexte où les résultats immédiats s’érigent en impératif.
Yves Galley
