Les opérations de vote du double scrutin du 29 avril sont immédiatement suivies du dépouillement après fermeture des bureaux de vote, puis des compilations dans les Commissions électorales locales indépendantes (CELI). Période cruciale du processus électoral, elle requiert un sens élevé de responsabilité dans la gestion des discours et écrits exposés dans l’espace public en vue d’éviter de porter atteinte à la sérénité et à la paix qui prévalent.
Mais du côté de l’Alliance nationale pour le changement (ANC), ce devoir de pondération ne semble pas épouser l’idéologie et la philosophie du parti. La preuve flagrante est rapportée hier 30 avril 2024, dans le courant de la journée, par un audio publié sur les réseaux sociaux par Francis Pedro Amuzu, chargé à l’ANC des relations avec les médias, chargé de la sous-commission communication dans le cadre du double scrutin du 29 avril.
Dans cet élément audio abondamment relayé, Pedro Amuzu accuse le président de la CELI AVE, qui n’est autre que Phillipe Gamatho, magistrat de son état, président du Tribunal de Kévé, d’avoir chassé le délégué ANC pour s’enfermer seul dans son bureau pour traficoter les résultats.
“Ce mardi à 13h 30, j’ai été informé au téléphone par notre délégué à la CELI Avé, qui nous faisait savoir qu’il a été chassé de la CELI par le président de la CELI. Alors j’ai dit pourquoi, il nous a dit qu’ils ont commencé la compilation depuis hier nuit et quand ils ont fini d’avoir tout, le président a remballé tout pour aller dans son bureau et lui a refusé l’accès de son bureau. Il a demandé pourquoi, le président lui a dit qu’il n’avait pas autorité, qu’il est seulement un observateur. Notre délégué a rétorqué que NON, le code électoral fait obligation qu’il soit là. Et pourtant, le président l’a renvoyé”, expose Francis Pedro Amuzu.
Plus loin, il affirme avoir appelé le président de la CELI, et avoue l’avoir menacé de publier ses données personnelles sur les réseaux sociaux, notamment son numéro de téléphone et sa photo. Menace qu’il a mise en exécution, puisque dans l’audio que nous avons récupéré, il a clairement donné le numéro de téléphone de Phillippe Gamatho.
Contacté, le président de la CELI paraît éberlué par l’interprétation hallucinante de cette situation par Francis Pedro Amuzu.
“Quand il m’a appelé, j’ai mis le téléphone sur haut parleur, pour des raisons de transparence, puisque j’avais autour de moi, des membres de la CELI. Ces derniers, issus de l’UFC, UNIR, PSR et NET, l’ont écouté en direct et se sont tous indignés, puisque les faits qu’il établit n’ont rien à voir avec ce qui s’est réellement passé.”, confie Phillippe Gamatho.
“Nous avons travaillé toute la nuit du 29 avril pour les compilations, jusque dans la matinée vers 11h. Puis, nous avons décidé d’une pause pour aller se ressourcer. Durant cette pause, j’ai demandé à discuter avec les membres de la CELI, composée du parti au pouvoir et des partis de l’opposition, sur des sujets liés aux dépenses à effectuer, parce que la CELI est dotée d’une allocation, il y a un personnel mobilisé qu’il faut payer et d’autres types de dépenses à effectuer. Toujours dans la transparence, je ne veux rien décider seul, alors je réunis les membres de la CELI pour en parler. Comment pouvons-nous, à cette séance, associer les délégués des autres partis politiques qui ne sont pas membres de la CELI, puisque, eux, ne sont concernés que par les activités entrant dans le cadre de la compilation des résultats.”, expose M. Gamatho.
A la question de savoir s’il a interpelé le délégué de l’ANC sur le rapport qu’il aurait fait à son parti et qui suscite cette réaction de Pedro Amuzu, le président répond :
“Le délégué de l’ANC dont s’agit nous déclare aujourd’hui (ce 1er mai 2024, ndlr) qu’il n’avait pas dit à Pedro qu’il fut chassé mais plutôt mis à l’écart parce que les membres de la CELI vont se retrouver entre eux pour des sujets d’ordre pratique, sans aller dans les détails”.
Deux membres de la CELI, de l’opposition, contactés, confirment l’exposé des faits du président et croient que l’ANC tente de créer des problèmes là où il n’y en a pas. “Nous avons repris les compilations ce matin, et le délégué de l’ANC est bien présent ici, avec nous. Il a d’ailleurs du mal à tenir en salle pour longtemps et suivre les opérations comme il se doit. tantôt il sort, tantôt il revient.“, confie un membre de la CELI, qui a requis l’anonymat.
De par ces recoupements, il est clair que Francis Pedro Amuzu et son parti ANC sont dans la calomnie et la diffamation à des fins de trouble à l’ordre public. Même si les accusations formulées étaient fondées, un parti responsable, préoccupé par la paix sociale et sa crédibilité aux yeux des togolais, devrait procéder à la réunion des preuves formelles pour intenter des recours devant les juridictions compétentes, et non utiliser les réseaux sociaux comme juridiction de contentieux électoral.
Pire, aller jusqu’à publier les données personnelles du président de la CELI pour l’exposer à la vindicte populaire relève d’une irresponsabilité criante. Les togolais, au-delà des enjeux cruciaux des dernières élections, aspirent plus que tout à la paix, à la sécurité et à la cohésion sociale.
