Affaire Latécopé / Confusion entretenue sur l’identité de l’acquéreur ; Aïcha, une dame jetée en pâture à des fins malveillantes

Depuis la diffusion de la vidéo virale ayant propulsé l’affaire Latécopé au cœur du débat public, un nom est jeté en pâture avec une insistance suspecte : celui de Mme Aïcha. Désignée par certains comme l’instigatrice occulte des travaux de canalisation et de la mise sous clôture du domaine, cette entrepreneure fait l’objet d’une campagne de dénigrement que les faits, après recoupements rigoureux, viennent balayer.

L’amalgame repose sur une proximité géographique et historique. En réalité, Mme Aïcha, ingénieure agronome de formation, est la figure centrale derrière la société ABAYOKO. Bien avant l’essor de la zone, elle avait acquis un domaine en bordure de route dans l’espoir d’y ériger un parc industriel. Ce rêve visionnaire a finalement servi de socle à l’État pour la réalisation de ce qui est aujourd’hui la Plateforme industrielle d’Adétikopé (PIA), après que sa société a cédé les terres à la puissance publique.

Aujourd’hui, si le site industriel qu’elle a valorisé est un poumon économique créateur d’emplois pour la jeunesse togolaise, des détracteurs l’associent à tort à toute extension foncière dans la zone. Or, les documents consultés par notre rédaction sont formels : l’acquéreur au cœur du litige actuel n’est pas Mme Aïcha, mais un certain sieur Djobo.

Instrumentalisation et guerre commerciale

Pourquoi un tel acharnement ? Notre enquête révèle une manœuvre plus sombre : l’instrumentalisation du conflit foncier à des fins de concurrence déloyale. Des adversaires commerciaux, peu scrupuleux, tentent d’associer son nom aux tensions de Latécopé pour appeler au boycott des produits de sa société. Pourtant, sur le marché, la réputation de ses produits, dont la qualité répond aux normes phytosanitaires les plus strictes reste intacte aux yeux des consommateurs avertis.

« Qu’on cesse de lâcher la proie pour l’ombre. Dans ce dossier, certains préfèrent sacrifier la vérité sur l’autel de la calomnie », confie une source proche du dossier.

Plus troublant encore, nos investigations pointent la responsabilité d’un ancien employé au profil de transitaire, actuellement en Europe. Ce dernier semblerait exploiter la détresse des populations de Latécopé pour construire un récit victimaire destiné à régulariser son séjour en Allemagne. En tenant des propos malveillants à l’endroit de sa bienfaitrice, il tente de transformer un litige foncier en levier d’exil politique, quitte à travestir les faits. Enfin, il convient de rappeler qu’en matière de mise en valeur foncière, l’ingénieur agronome demeure l’expert par excellence. Pour Mme Aïcha, valoriser la terre n’est pas une spoliation, mais une mission de développement. Sa contribution à l’écosystème industriel national témoigne d’une volonté de transformer le foncier en richesse partagée pour l’État et les populations, bien loin des querelles de bornage auxquelles on tente de l’associer.

Le nœud du problème : l’occupation anarchique d’une zone d’utilité publique

En 2019, l’État togolais a déclaré la zone disputée de Latécopé « d’utilité publique ». Paradoxalement, cette protection juridique a marqué le début d’une spoliation sauvage par des tiers. Sur 163 hectares à l’origine, les collectivités propriétaires ne comptabilisent plus que 92, le reste ayant été morcelé illicitement. Concernant les inscriptions « Cessation des travaux », les mandataires de ces collectivités précisent qu’il ne s’agit pas d’avis d’expulsion, mais d’un rappel à la loi :

« Il ne s’agit pas d’expulsion. Nous rappelons simplement l’ordonnance du 22 janvier 2004 qui confirme notre droit de propriété. […] Nous demandons juste que les acquéreurs se présentent à l’huissier avec leurs papiers pour en faire le point. »

Le bilan d’une récente réunion à la mairie est à cet égard éloquent : sur 114 prétendus acquéreurs présents, « un seul a pu produire un reçu d’achat d’un demi-lot ». L’objectif des collectivités est d’identifier les vendeurs véreux afin que, lors du futur dédommagement par l’État, les responsabilités financières soient clairement établies.

Vandalisation et manifestations : des accusations lourdes

Les tensions auraient culminé après la pose de panneaux de protection autour du canal.

« Des individus bien identifiés ont vandalisé les ouvrages. Pour éviter d’être poursuivis, ils ont organisé des manifestations avec des acquéreurs illégaux afin de présenter la destruction comme l’œuvre d’une population mécontente », accusent les mandataires.

Ces affirmations, à ce stade, relèvent de leur seule version des faits, aucune décision judiciaire publique n’ayant encore été rendue. L’affaire Latécopé illustre le décalage croissant entre l’émotion numérique que peuvent susciter réseaux et médias sociaux et la complexité juridique des réalités foncières. Entre vidéo virale et documents cadastraux, entre indignation publique et constats de terrain, la vérité exige méthode, preuves et contradiction.

Une gouvernance foncière à l’épreuve : les enseignements de l’affaire Latécopé

Au-delà d’une simple controverse, le dossier Latécopé se présente comme un révélateur des fragilités structurelles de la gestion foncière. Ce cas d’école met en lumière des tensions persistantes où s’entremêlent spéculations illicites et lenteurs administratives, particulièrement dans la sécurisation des domaines déclarés d’utilité publique. L’analyse de ce dossier met en exergue le rôle supplétif que les collectivités sont parfois contraintes de jouer face à l’inertie de la puissance publique. En prenant l’initiative de sécuriser le site — avec l’aval formel de la Mairie, du Procureur et de la Gendarmerie — les mandataires de Davié-Assomé protègent, de fait, les réserves foncières de l’État contre une spoliation rampante. En effet, depuis 2019, près de 71 hectares auraient déjà été vendus de manière illicite, selon les propriétaires. Pour les mandataires, la responsabilité de l’État est directement engagée dans cette dérive. Leur constat est sans appel :

« Si l’État avait pris les dispositions nécessaires pour sécuriser le domaine dès sa déclaration d’utilité publique en 2019, des citoyens de bonne foi ne se seraient pas retrouvés dans cette situation. »

En somme, l’affaire Latécopé illustre parfaitement l’urgence d’une réforme de la gouvernance foncière, où l’ambiguïté administrative laisse trop souvent le champ libre aux prédateurs fonciers, au détriment des acquéreurs vulnérables et du domaine public.

Yves Galley