À quelques jours d’une double confrontation décisive face à l’Algérie, la tension survenue entre le sélectionneur national et un journaliste devrait immédiatement céder place à l’essentiel : la mobilisation collective autour des Éperviers.
03 décembre 2026 : la conférence de presse de présentation de la liste des Éperviers pour les deux prochaines rencontres face à l’Algérie a connu une conclusion hachée. Une question sur les ambitions de Patrice Neveu à la tête de la sélection monte la tension, jusqu’à provoquer un épisode de crispation dont on aurait volontiers fait l’économie.
Il faut le dire sans détour : Patrice Neveu aurait gagné à faire preuve davantage de retenue. Dans l’exercice de ses fonctions, le sélectionneur national est nécessairement exposé aux interrogations, parfois insistantes et incisives, des journalistes. C’est la règle du jeu. Une question sur les objectifs d’un entraîneur, particulièrement à l’approche de cette double échéance contre les Fennecs, relève pleinement de la mission d’information des médias. Elle appelle une réponse, éventuellement une explication, mais certainement pas un emportement. Le sang-froid reste une qualité essentielle à ce niveau de responsabilité.
Pour autant, cet incident ne saurait être érigé en preuve d’une prétendue hostilité de Patrice Neveu envers la presse. Réduire sa relation avec les médias à cette seule séquence serait excessif. Depuis son arrivée à la tête des Éperviers, le technicien s’est régulièrement prêté à l’exercice des conférences de presse et des échanges avec les journalistes. Il a toujours répondu aux questions, défendu ses choix et exposé la vision de son projet sportif.
Comme tout homme, Neveu est pétri d’un tempérament qui lui est propre, ce qui ne l’exonère pas pour autant de l’exigence de maîtrise qu’impose sa fonction. Il lui appartient sans doute d’améliorer la gestion de ses interactions avec les médias, notamment dans les moments de désaccord ou de pression. Mais entre reconnaître une réaction inappropriée et conclure à une rupture profonde avec la presse, il existe une marge qu’il serait préférable de ne pas franchir.
L’Algérie, bien plus qu’une polémique
Car pendant que les commentaires se concentrent sur cet épisode, une échéance autrement plus importante approche. Les 14 et 17 novembre, le Togo retrouvera l’Algérie dans le cadre des éliminatoires de la Coupe d’Afrique des nations 2027. Deux rendez-vous qui concentrent les attentes d’un public désireux de voir sa sélection répondre présente et défendre avec ambition ses chances dans cette campagne qualificative.
C’est là que se situe le véritable enjeu. Les deux confrontations contre les Fennecs dépassent largement la querelle née d’une question en conférence de presse. Cet incident ne doit donc pas occulter l’événement qui l’a provoqué. Il révèle, à sa manière, combien les ambitions des Éperviers tiennent à cœur aux Togolais. Si la question des objectifs de Patrice Neveu a suscité autant de réactions, c’est aussi parce que personne ne souhaite voir la sélection nationale avancer sans ambition clairement affichée. La presse interroge parce que le public attend. Le public attend parce qu’il espère. Et cet espoir mérite mieux qu’une confrontation entre ceux qui sont censés contribuer, chacun selon sa partition, à la qualification à la CAN 2027.
La presse, un partenaire incontournable de la performance
Dans cette perspective, il serait dommage que cet épisode installe durablement un climat de méfiance entre le sélectionneur et les médias. La presse n’est ni une adversaire du staff technique des Eperviers ni une instance chargée de fragiliser le groupe. Elle constitue un relais essentiel entre la sélection et le public, mais aussi un acteur du débat sportif, de l’exigence et de la mobilisation populaire.
De son côté, le sélectionneur doit pouvoir compter sur des médias capables de relayer son travail, de valoriser les performances des joueurs et de porter les attentes du public, sans pour autant renoncer à leur liberté de questionner et d’interpeller. Le respect doit être réciproque. Il n’interdit ni les désaccords ni les questions difficiles. Il impose simplement que les échanges demeurent dans les limites du professionnalisme.
L’heure n’est donc ni aux règlements de comptes ni à l’entretien d’une polémique qui risque de prendre plus de place que les enjeux sportifs. Il faut savoir refermer très vite cette parenthèse, tirer les enseignements nécessaires et regarder dans la même direction.
Un seul objectif : faire bloc derrière les Éperviers
À l’approche de ces deux prochaines rencontres, le football togolais a besoin de sérénité, de solidarité et d’une véritable synergie d’actions. Le sélectionneur et son staff doivent se concentrer sur la préparation sportive, les joueurs sur leur engagement et leur performance, tandis que les médias ont un rôle majeur à jouer dans la mobilisation et l’accompagnement de la sélection.
L’appel s’adresse également aux dirigeants, aux anciens internationaux, aux acteurs du football local et, surtout, au public togolais. Chacun a sa part de responsabilité dans la construction d’un environnement favorable aux Éperviers. Les attentes sont légitimes, les exigences nécessaires, mais elles doivent converger vers un même objectif : donner à la sélection les meilleures conditions pour réussir.
Il ne s’agit pas de demander à la presse de se taire, encore moins au sélectionneur de renoncer à sa personnalité. Il s’agit plutôt de rappeler que les intérêts individuels et les susceptibilités du moment doivent s’effacer devant l’intérêt supérieur de la sélection nationale.
L’épisode de la conférence de presse de ce jour doit rapidement rejoindre les oubliettes. Non pas parce qu’il serait insignifiant, mais parce que le rendez-vous qui attend les Éperviers est infiniment plus important. Les 14 et 17 novembre, ce ne sont ni Patrice Neveu ni les journalistes qui seront sur le terrain : ce sont les couleurs nationales qui seront défendues.
Et c’est précisément pour elles que tout le monde doit désormais se mobiliser. Face à l’Algérie, le Togo n’a pas besoin d’une guerre entre son sélectionneur et la presse. Il a besoin d’un peuple uni derrière son équipe, d’acteurs solidaires et d’une sélection portée par une ambition commune.
Le temps est venu de faire bloc.
Pour les Éperviers. Pour le Togo.
Yves Galley
