En visite au Sénégal ce mercredi 09 avril, Patrice Motsepe a promis un football africain plus « respecté ». Dans la foulée, confronté au dossier brûlant de la finale Sénégal-Maroc, le président de la CAF a brillé par son silence. Entre les aveux d’ingérence d’Olivier Safari et les acrobaties sémantiques du Secrétaire général, la CAF semble s’enfoncer dans une crise de crédibilité sans précédent.
Le football africain est-il réellement régi par les lois du jeu ou par des « instructions » de coulisses ? La question, désormais inévitable, hante les couloirs de la Confédération africaine de football (CAF). Alors que le pays attendait des clarifications sur le scandale arbitral de la finale, la conférence de presse de Patrice Motsepe tenue à Dakar a laissé un goût amer de déni institutionnel.
Safari : l’aveu d’une pression administrative sur l’arbitrage
L’étincelle qui a mis le feu aux poudres provient de l’instance même censée garantir l’impartialité : la Commission des arbitres. Lors de la réunion du Comité exécutif à Dar es Salaam, son président, Olivier Safari, a reconnu l’impensable. En violation directe des textes de la CAF et des Lois du Jeu de l’IFAB, des consignes ont été données pour ne pas sanctionner les joueurs sénégalais après leur abandon temporaire du terrain.
« Chaque joueur sénégalais ayant quitté le terrain aurait dû être immédiatement averti, mais nous avons donné des instructions de ne pas le faire afin de préserver le match », aurait admis M. Safari.
Cette déclaration constitue la preuve matérielle d’une ingérence systémique. En exerçant une pression sur l’arbitre pour qu’il range ses cartons, la direction de l’arbitrage a délibérément faussé l’équité de la rencontre pour « préserver le spectacle », transformant une finale continentale en une mise en scène sous influence.
Le silence accablant de Patrice Motsepe
Attendu au tournant sur cette rupture d’éthique, Patrice Motsepe a choisi l’esquive. Interrogé en conférence de presse sur la responsabilité d’Olivier Safari, le président de la CAF a botté en touche, déléguant la réponse à son Secrétaire général. Ce refus de démentir explicitement les allégations d’ingérence sonne comme un aveu tacite. Comment promettre un football “respecté” tout en refusant de blanchir ou de sanctionner un haut responsable dont les propos confirment une manipulation des règles ?
Ce silence présidentiel ne fait que renforcer l’ombre qui plane sur Safari, désormais lâché en pleine polémique par une hiérarchie incapable de le soutenir sans s’auto-incriminer.
Les acrobaties du Secrétaire général : l’art de tourner en rond
Samson Adamu, Secrétaire général par intérim de la CAF, de son côté, s’est livré à un véritable numéro d’équilibriste. En se retranchant derrière le “respect des procédures en cours” sans jamais infirmer les faits, il a tenté d’isoler la responsabilité de Safari pour ne pas engager celle de l’institution. Ces tours d’acrobatie verbale peinent à masquer une réalité crue : la CAF navigue à vue dans un dossier où la légitimité du résultat acquis sur le terrain est désormais fragilisée par ses propres dirigeants.
En quête de vérité
En choisissant la prudence diplomatique plutôt que la transparence radicale, la CAF fragilise sa propre réforme. Si le respect est l’objectif, il commence par l’application stricte des règlements, sans “instructions” occultes ni protection de réseaux d’influence. Le passage de Patrice Motsepe au Sénégal, censé apaiser les tensions, n’aura finalement fait qu’accentuer le sentiment d’un « braquage administratif » dont les fondements sont désormais documentés par les aveux mêmes des acteurs de la CAF.
Entre silence présidentiel, révélations troublantes et communication évasive, la CAF se retrouve face à une crise majeure de crédibilité. En choisissant de « préserver le spectacle » au détriment des lois du jeu, les instances de la CAF ont elles-mêmes fragilisé la légitimité du résultat acquis sur le terrain.
Une certitude, au TAS, les acrobaties n’auront plus leur place.
