Amou Oblo : le groupe Haya Haya découvre le mythique Pont Koutoufai et inspire une nouvelle dynamique du tourisme domestique

Le tourisme domestique veut s’affirmer désormais comme un pilier essentiel de l’identité togolaise. Du 20 au 22 février dernier, le groupe citoyen Haya Haya a orchestré une immersion touristique mémorable à Amou Oblo, avec pour point d’orgue la découverte du mythique Pont Koutoufai. Cette initiative, qui concilie bien-être et promotion des trésors locaux, illustre la montée d’un engagement citoyen volontariste en faveur de la découverte de la richesse souvent méconnue de notre patrimoine culturel et historique. Une démarche forte qui souligne la nécessité d’une synergie accrue entre les dynamiques citoyennes et les politiques publiques pour faire du patrimoine national un véritable levier de développement économique.

L’émotion au rendez-vous lors de la découverte du Pont Koutoufai, ce géant de fer d’Amou Oblo. Véritable prouesse d’ingénierie héritée de l’époque allemande (années 1900), cet ouvrage qui enjambe le fleuve Amou continue de fasciner. Ce qui frappe le visiteur, c’est ce contraste saisissant : une structure massive en fer, pourtant suspendue par huit câbles d’une finesse déconcertante mais d’une solidité à toute épreuve.

Pour Gbemadou Ayawo, alias « Fo Djo », responsable du collectif, ces expéditions agissent comme une véritable cure de jouvence. Après avoir sillonné Assahoun, Zalivé, Kpalimé, Notsè et Togoville, le groupe réaffirme son ambition : transformer de simples points sur une carte en expériences humaines vibrantes.

« Bon nombre de nos compatriotes ignorent encore les richesses de leur terroir. Ces tournées offrent aux membres de Haya Haya l’occasion unique de donner corps et réalité à des localités qui n’étaient jusqu’alors que des noms lointains », confie Hélias, un membre enthousiaste.

Au cours des séjours, des agapes musicales mettant à l’honneur les saveurs du terroir sont organisées pour offrir aux participants une véritable parenthèse de détente. Une initiative qui rappelle que le tourisme, au-delà de la découverte, est un puissant levier de bien-être mental et de lâcher-prise.

L’action de l’état : entre avancées et défis

Il convient de saluer l’action du gouvernement togolais qui a su, ces dernières années, opérer un virage stratégique en intégrant le tourisme national comme un axe majeur de développement. Des investissements significatifs ont été consentis pour promouvoir le label “Destination Togo”, créant ainsi un écosystème attractif et propice à l’épanouissement du secteur.

Cependant, pour que l’étincelle d’initiative citoyenne allumée par des groupes tels que Haya Haya se transforme en véritable moteur de croissance pour l’économie touristique nationale, l’action publique doit franchir un nouveau palier et s’inscrire dans une stratégie plus volontariste. Cette dynamique suppose d’abord une meilleure sécurisation et un balisage adéquat des sites touristiques. Des lieux emblématiques comme le Pont Koutoufai gagneraient à être dotés d’infrastructures d’accueil de proximité, notamment des installations sanitaires, une signalétique adaptée et des guides certifiés, afin d’améliorer l’expérience des visiteurs et de garantir leur sécurité.

Par ailleurs, la mise en place d’incitations fiscales ciblées pourrait encourager les opérateurs hôteliers locaux à développer des offres tarifaires accessibles, notamment des formules « nationales » permettant aux citoyens de voyager en vue de découvrir leur propre patrimoine sans que le coût ne constitue un frein. Enfin, la valorisation durable du patrimoine passe également par l’éducation : intégrer davantage l’histoire et la portée culturelle des sites touristiques dans les programmes scolaires contribuerait à éveiller, dès le plus jeune âge, la curiosité, la fierté patrimoniale et peut-être même des vocations dans les métiers du tourisme et de la conservation.
Dans cette perspective, l’expérience portée par Haya Haya illustre avec force le rôle déterminant que peut jouer le volontariat citoyen dans la redécouverte et la promotion du patrimoine national. Elle rappelle surtout qu’au-delà des initiatives individuelles, c’est par la synergie entre engagement citoyen et politiques publiques structurées que le tourisme peut devenir un véritable levier de développement.

Financement axé sur la solidarité

Ce qui force l’admiration chez Haya Haya, c’est son modèle économique basé sur la solidarité. Sans subvention aucune, le groupe fonctionne sur appel de fonds entre membres et dons volontaires. C’est la preuve par l’exemple que l’amour de la patrie peut déplacer des montagnes. En valorisant le patrimoine de proximité, Fo Djo et ses compagnons ne font pas que voyager ; ils recousent le tissu social et réapprennent aux Togolais à aimer et à valoriser les richesses de leur patrimoine culturel.

« Voyager chez soi, c’est découvrir que l’on est riche de trésors que l’on ignorait posséder. », conclut Pierre, chef à l’organisation de cette sortie sur Amou Oblo.

Cette initiative de Haya Haya illustre la montée d’un engagement citoyen en faveur de la valorisation des trésors locaux et de la redécouverte du Togo par ses propres habitants.

D’autres sites à découvrir meublent déjà l’agenda 2026 du groupe.

Yves Galley