L’affaire opposant le SEMASSI FC de Sokodé au journaliste Inoussa Aboubakar, alias GOELER, ne relève plus d’un simple différend entre un club et un professionnel des médias. Elle constitue désormais un test majeur pour la crédibilité et la cohésion de la presse sportive togolaise.
En adoptant la décision N° 001/PP-SFC/-26 du 11 février 2026, les dirigeants du club ont prononcé une série d’interdictions frappant un journaliste dans l’exercice même de sa profession : interdiction de commenter le club, de participer à des débats, d’évoquer son actualité et d’accéder aux rencontres et entraînements. Cette décision, dont les fragilités juridiques ont été largement mises en évidence dans un de nos précédents articles, dépasse le cadre d’un contentieux particulier. Elle pose une question de principe : jusqu’où une institution sportive peut-elle restreindre la liberté d’informer ?
Au regard des textes fondamentaux et des règles encadrant la régulation des médias, la réponse est sans ambiguïté. L’évaluation du professionnalisme d’un journaliste relève de la compétence exclusive de la Haute autorité de régulation de la communication écrite, audiovisuelle et numérique (HARC). Un club, fut-il historique et emblématique, ne saurait s’ériger en autorité disciplinaire des médias. En l’espèce, la décision adoptée par SEMASSI FC apparaît comme une tentative de régulation unilatérale de l’espace médiatique, au mépris des garanties constitutionnelles de liberté d’expression.
Dès lors, la question n’est plus seulement juridique : elle devient corporative et éthique. Lorsqu’un journaliste est frappé d’une sanction jugée arbitraire et attentatoire aux principes fondamentaux de la profession, la presse sportive ne peut demeurer spectatrice. L’histoire du journalisme enseigne que l’isolement fragilise, tandis que la solidarité protège.
C’est pourquoi les organisations de presse doivent adresser un appel solennel à l’ensemble des rédactions sportives, chroniqueurs, consultants et correspondants : suspendre temporairement la couverture médiatique du SEMASSI FC, sous toutes ses formes, jusqu’à la levée formelle des sanctions visant Inoussa Aboubakar. Un tel boycott ne constituerait ni une hostilité envers le club ni une prise de position partisane, mais un acte de défense collective des principes qui fondent la liberté d’informer.
Le football vit de passion, mais aussi de visibilité. Les clubs prospèrent grâce à l’écho médiatique de leurs performances. En choisissant de restreindre un journaliste, SEMASSI FC a ouvert un débat qui dépasse ses propres frontières. Si la presse sportive décidait, d’une seule voix, de suspendre la diffusion de résultats, d’analyses et d’interviews liés au club, elle rappellerait avec force qu’aucune institution, aussi prestigieuse soit-elle, ne peut s’exonérer des principes fondamentaux qui régissent l’espace public.
La levée explicite et formelle des sanctions constituerait un signal d’apaisement et de respect des équilibres institutionnels. En attendant, la solidarité professionnelle apparaît comme l’outil le plus légitime dont disposent les médias pour défendre leur indépendance.
Car au-delà d’un nom, d’un club et de ses activités, c’est la liberté d’informer qui est en jeu.
Yves Galley
