La philosophie de l’humilité et de la disponibilité / Kodjo Adedze : du perchoir au gouvernement, quand servir l’État dépasse la hiérarchie des titres

La trajectoire politique de Kodjo Sévon-Tépé Adedze, qui signe son come-back au gouvernement à la tête du ministère de l’Aménagement du territoire, de l’urbanisme et de l’habitat, après quinze mois à la présidence de l’Assemblée nationale, transcende les grilles d’analyses fondées sur d’ubuesques interprétations. Là où d’aucuns, mus par une perception superficielle, croient déceler l’ombre d’une prétendue rétrogradation, voire l’écho d’une humiliation, un examen plus profond y distingue, au contraire, une logique à la fois limpide et implacable : la rectitude, la primauté de l’engagement au service de l’État sur la hiérarchie des titres.

Cette mutation, loin d’être une disgrâce, illustre au contraire la quintessence d’une carrière placée sous le signe du dévouement, de l’humilité et de l’efficacité au service exclusif d’une vision stratégique du développement national. Elle consacre un stratège de l’action publique et matérialise la confiance absolue que le président du Conseil, Faure Gnassingbé, accorde à un serviteur émérite dont le parcours, qui force l’admiration, demeure un véritable parangon de renoncement assumé et de modestie éclairée. Toute interprétation dissonante trahirait une méconnaissance fondamentale des ressorts profonds de l’État et de la philosophie qui doit animer ses plus hauts dignitaires.

La philosophie du serviteur de l’État : humilité et disponibilité

Le long et brillant parcours de Kodjo Adedze invalide l’idée saugrenue selon laquelle la hiérarchie des titres définit l’importance d’un acteur politique. Dans l’architecture sophistiquée des hautes sphères de l’État, la véritable grandeur ne saurait se mesurer à l’éclat éphémère d’une fonction, mais bien à son utilité et à la portée concrète des missions qui y sont accomplies dans l’intérêt des populations.

La transition d’une fonction constitutionnelle emblématique (telle la présidence de l’Assemblée nationale) vers une fonction exécutive d’une haute technicité est erronément interprétée comme un recul hiérarchique. Cette analyse obtuse ignore l’essence même de l’action politique : l’efficacité. De grands penseurs et d’éminents hommes d’Etat ont, de tous temps, mis en exergue le rôle fondamental de l’humilité et de la disponibilité comme moteurs de l’efficacité de l’action publique.

Le philosophe contemporain André Comte-Sponville éclaire cette distinction avec une lucidité percutante : « L’homme humble ne se croit pas inférieur aux autres : il a cessé de se croire supérieur. Il n’ignore pas ce qu’il vaut, ou peut valoir : il refuse de s’en contenter. » Cet état d’esprit, loin d’être une vertu passive, est un impératif catégorique pour un haut commis de l’État. La mutation n’est donc pas un déclassement, mais la manifestation d’une volonté farouche d’être déployé là où l’impératif d’efficacité est le plus critique pour la concrétisation de la vision stratégique portée par le président du Conseil, Faure Gnassingbé.

L’idée qu’un poste soit plus prestigieux qu’un autre relève d’une conception primitive et strictement protocolaire du pouvoir. Accepter un poste considéré comme “inférieur” démontre une disponibilité totale pour l’État, privilégiant le besoin de la Nation à la carrière personnelle ou au maintien d’un prestige formel. Cela rompt avec la conception où l’on ne sert l’État qu’à travers une ascension continue. En consentant à délaisser l’arène législative pour s’immerger dans l’opérationnel, Kodjo Adedze incarne par l’exemple cette notion d’humilité mise au service de la nation et du porteur de sa destinée stratégique. Accepter, sans le moindre bruit, sans la moindre tergiversation, quitter le perchoir (Présidence de l’Assemblée) pour un ministère exécutif s’inscrit donc dans une tradition républicaine où l’efficacité et la proximité priment l’apparat ou les fastes des fonctions.

L’Histoire, grande maîtresse, abonde d’exemples où d’illustres figures d’État ont volontiers accepté des changements de cap qui, vus de l’extérieur, pouvaient apparaître comme des descentes en dignité.  L’exemple le plus récent et le plus frappant de cette culture de l’humilité républicaine est celui de François Hollande dont le parcours offre une illustration éclatante de l’éthique de service qui transcende les hiérarchies protocolaires. Après avoir exercé la Fonction Suprême de Président de la République française (2012-2017), la plus haute magistrature exécutive en France, il a opéré un retour significatif à l’Échelon de Base. En effet, sept ans après la fin de son mandat présidentiel, l’ancien chef d’État a choisi de se soumettre à nouveau au suffrage universel en 2024. Élu simple député de la première circonscription de la Corrèze, son fief historique, il a ainsi démontré que l’engagement politique peut et doit s’exprimer à tous les niveaux, privilégiant le service concret de la Nation et des citoyens à la conservation des honneurs et des titres nationaux.

Ce retour sur les bancs de l’Assemblée nationale, en tant que simple législateur, est un acte politique fort. Pour une personnalité qui, de par son statut d’ancien président de la République, est membre de droit du Conseil constitutionnel et jouit de privilèges protocolaires considérables, le fait de se soumettre à nouveau au suffrage universel pour un mandat parlementaire est un acte de renoncement aux honneurs au profit de l’action concrète et de l’ancrage local. Avant lui, Valéry Giscard d’Estaing avait fait un choix comparable parmi les anciens présidents de la Ve République en revenant siéger comme député après l’Élysée.

Édouard Philippe, après avoir exercé la fonction de Premier ministre (2017-2020), la deuxième plus haute fonction exécutive de l’État, est immédiatement retourné à la mairie du Havre. Il a même déclaré que le mandat de maire est le « plus beau des mandats » que l’on puisse exercer. Au Togo, l’ancien Premier ministre Komlan Mally est redevenu ministre de la Santé dans le gouvernement Houngbo, et Selom Klassou s’est fait élire, après cinq ans comme Premier ministre, simple député, avant d’être propulsé au perchoir. Mais cette trajectoire, pas ascendante, n’a offusqué personne, et nul ne l’a assimilée à une humiliation. Plus récemment, en Allemagne, Joschka Fischer, figure charismatique des Verts et populaire vice-chancelier, choisit de se retirer de la politique fédérale pour se consacrer à l’enseignement. Servir l’Etat, pour l’écrivain et ancien ministre français André Malraux, c’est assumer la plus lourde part de la responsabilité, celle qui ne réside pas dans l’ordonnancement protocolaire.

Ainsi, pour Kodjo Adedze, l’échange du perchoir contre la direction d’un ministère n’est pas une déchéance, mais une réponse immédiate à un appel plus pressant du devoir. Elle est la démonstration d’une humilité essentielle, celle que le philosophe et ancien président tchèque Václav Havel décrivait en ces termes : « Le véritable test d’un homme n’est pas quand il joue le rôle qu’il s’est choisi pour lui-même, mais quand il joue le rôle que le destin lui a choisi ».

Un parcours linéaire au service de la vision présidentielle

L’analyse du parcours de Kodjo Adedze ne laisse place à aucun doute : c’est celui d’un serviteur de l’État, disponible et compétent. Depuis son entrée dans l’administration comme inspecteur des douanes, il a méthodiquement gravi les échelons, passant d’inspecteur des douanes, directeur général des douanes au Commissaire général de l’Office togolais des recettes. Son entrée au gouvernement, successivement aux portefeuilles du Commerce, de l’industrie et de la consommation locale, puis de l’Urbanisme, de l’habitat et de la réforme foncière, avant d’accéder à la présidence de l’Assemblée, démontre une polyvalence et une loyauté constantes. À chaque étape, il a apporté la même rigueur et fait parler ses compétences, répondant présent là où l’État a besoin de lui pour concrétiser la vision de Faure Gnassingbé.

Un nouveau portefeuille de l’Action : un « super-ministère » stratégique

Qualifier le ministère de l’Aménagement du territoire, de l’urbanisme et de l’habitat de « super-ministère » n’est pas une hyperbole, mais la description d’une réalité structurelle. Placé sous sa tutelle directe, ce portefeuille chapeaute trois ministères délégués chargés des leviers essentiels du développement : Travaux publics ; Développement local ; l’Eau et l’assainissement.
Cette architecture fait de Kodjo Adedze le maître d’œuvre des grands chantiers qui façonneront le Togo de demain. Il va piloter des dossiers d’une ampleur considérable : combler un déficit de 500 000 logements – avec le projet phare des 20 000 logements à coût abordable –, améliorer l’accès à l’eau en milieux rural et urbain, coordonner la planification urbaine sur des sites comme Kpomé-Dalavé (1177 hectares) et optimiser les investissements publics dans les infrastructures, une priorité des partenaires comme le FMI et la Banque Mondiale. Ce n’est pas un poste de repli, mais un poste de commandement au cœur de l’action gouvernementale.

La fierté du Bâtisseur

On peut le dire aisément, Kodjo Adedze n’a pas quitté l’Assemblée nationale pour une position subalterne. Il a été investi comme un bâtisseur, un « Super-Ministre de l’Action » dont la mission est de traduire en réalisations tangibles la vision présidentielle. Son parcours démontre avec éloquence que dans la noble tradition du service public, la grandeur ne réside pas dans le fauteuil que l’on occupe, mais dans l’ampleur des responsabilités que l’on assume et la fidélité inébranlable à la vision que l’on sert. En incarnant cette vertu, Kodjo Adedze s’affirme plus que jamais comme une figure de proue et un pilier essentiel pour l’avenir du Togo.

Yves Galley