Liberté de la presse en Afrique : à Dakar, Loïc Lawson plaide pour des garanties à l’échelle du continent
Élu en mai dernier à la tête de l’Union de la presse francophone (UPF), le journaliste togolais doit prendre part, samedi 10 octobre, à un débat sur la création d’un pacte africain pour la liberté de la presse. Une initiative qui intervient alors que les rédactions du continent sont confrontées à des fragilités économiques, à des mutations technologiques rapides et à des interrogations persistantes sur la protection des journalistes.
La question n’est plus seulement de proclamer le droit d’informer, mais de déterminer les conditions concrètes de son exercice. À Dakar, où se tient la deuxième édition du Salon international des médias d’Afrique (SIMA), les discussions sur l’avenir de la presse s’orientent vers un enjeu central : comment garantir aux journalistes africains la possibilité de travailler librement, dans un environnement juridique protecteur et des entreprises de presse économiquement viables ?
Le Togolais Loïc Lawson, président de l’UPF Internationale, est attendu ce samedi 10 octobre pour participer à un panel consacré à l’élaboration d’un pacte africain pour la liberté de la presse. La rencontre doit réunir des représentants de plusieurs pays et institutions autour des garanties juridiques et professionnelles susceptibles de renforcer la protection des acteurs de l’information.
L’ambition dépasse les frontières nationales. Dans un espace médiatique marqué par la diversité des législations, des pratiques institutionnelles et des conditions de travail, la perspective d’engagements communs pose la question de la capacité des organisations professionnelles à faire converger leurs exigences. Reste à déterminer la portée d’un tel pacte, ses mécanismes d’application et les moyens de le rendre effectif au-delà des déclarations de principe.
La liberté d’informer ne se réduit pas au droit
Le débat de Dakar renvoie à une difficulté souvent sous-estimée : l’existence de garanties juridiques ne suffit pas, à elle seule, à assurer l’indépendance des médias. La liberté éditoriale dépend aussi de la capacité des entreprises de presse à financer leur activité, à rémunérer leurs équipes et à préserver leur autonomie vis-à-vis des pouvoirs politiques comme des intérêts économiques.
Cette dimension est particulièrement sensible dans les pays où les revenus publicitaires se contractent et où les médias traditionnels doivent rivaliser avec les plateformes numériques pour capter l’attention du public. La faiblesse des ressources peut fragiliser les rédactions, limiter les moyens consacrés aux enquêtes et accroître leur dépendance à l’égard de financeurs extérieurs.
Au Togo, Loïc Lawson avait déjà mis en avant cette dimension économique avant son élection à la tête de l’UPF Internationale. En mai 2023, à l’occasion d’une initiative réunissant des responsables de presse et des représentants du monde économique, il défendait une meilleure structuration des entreprises médiatiques et leur rapprochement avec les organisations consulaires et patronales. L’objectif était notamment de favoriser leur professionnalisation et d’améliorer leurs conditions de développement.
Cette approche éclaire l’un des enjeux du rendez-vous sénégalais : protéger la presse suppose de réfléchir simultanément aux droits des journalistes, à leurs conditions de travail et à la solidité des structures qui les emploient. Sans ressources suffisantes, l’indépendance éditoriale demeure difficile à préserver ; sans garanties professionnelles, la viabilité économique ne constitue pas davantage une assurance contre les pressions.
La souveraineté médiatique à l’épreuve du numérique
Ouverte le 8 octobre au Grand Théâtre national Doudou Ndiaye Coumba Rose, à Dakar, la deuxième édition du SIMA est consacrée à la construction d’un écosystème médiatique africain « souverain et performant ». Organisée à l’initiative de la Maison de la presse Babacar Touré, la rencontre rassemble des professionnels de l’information, des institutions publiques, des régulateurs, des chercheurs, des producteurs de contenus et des acteurs technologiques.
Les discussions portent notamment sur l’intelligence artificielle, la régulation, les modèles économiques et la formation. Le programme doit également contribuer à l’élaboration d’une charte africaine sur l’intelligence artificielle dans les médias et à l’actualisation de la Déclaration de Dakar, selon les informations publiées par l’Agence de presse sénégalaise.
La souveraineté médiatique recouvre ici plusieurs enjeux. Elle concerne la capacité des pays africains à produire leurs propres contenus, à maîtriser davantage leur diffusion et à développer des entreprises capables de rivaliser dans un environnement numérique dominé par de grandes plateformes internationales. Elle interroge également la place accordée aux langues nationales, aux productions locales et aux réalités sociales du continent dans la circulation mondiale de l’information.
Mais cette ambition comporte une exigence politique et professionnelle : la maîtrise des outils et des circuits de diffusion ne saurait se substituer à la liberté éditoriale. Un écosystème médiatique ne peut être considéré comme pleinement souverain si les journalistes qui le font vivre ne disposent pas des garanties nécessaires pour enquêter, vérifier les faits et publier leurs conclusions sans entraves indues.
L’intelligence artificielle accentue cette tension. Elle ouvre des perspectives en matière de production, de traduction, d’analyse et de distribution des contenus, tout en soulevant des questions de vérification, de transparence et de responsabilité. Pour les rédactions africaines, l’enjeu est de tirer parti de ces technologies sans abandonner les principes fondamentaux du métier : exactitude, indépendance, pluralisme et responsabilité éditoriale.
Du consensus aux engagements concrets
La présence de Loïc Lawson à Dakar inscrit ainsi l’UPF dans une discussion qui touche autant à la défense des libertés qu’à l’organisation économique et technologique du secteur. L’éventualité d’un pacte africain invite à dépasser les échanges de bonnes pratiques pour examiner les moyens de rapprocher les engagements des États, les exigences des organisations professionnelles et les besoins des rédactions.
Un tel dispositif devrait notamment permettre de clarifier les garanties attendues en matière d’exercice du journalisme, de sécurité des professionnels et de respect de l’indépendance éditoriale. Sa crédibilité dépendrait toutefois de la précision de ses engagements, de leur suivi et de la capacité des acteurs concernés à en évaluer les effets.
Les discussions de Dakar ne préjugent pas, à elles seules, de l’adoption d’un texte contraignant. Elles ouvrent néanmoins un espace de dialogue continental sur les conditions d’une presse plus libre, mieux structurée et plus résistante aux pressions économiques et politiques.
Pour Loïc Lawson, dont le mandat à la tête de l’UPF s’ouvre sur la promesse de rassembler les différentes composantes de la francophonie, le rendez-vous constitue une occasion de porter ces préoccupations à une échelle plus large. L’enjeu, pour les participants, sera de transformer cette ambition en propositions suffisamment précises pour rapprocher les principes affichés de la réalité quotidienne des journalistes africains.
Un mandat placé sous le signe de la protection des journalistes
La participation de Loïc Lawson à cette discussion prend un relief particulier depuis son accession à la présidence de l’UPF Internationale. Ancien responsable de la section togolaise de l’organisation, il a succédé à la Marocaine Meriem Oudghiri pour un mandat de trois ans. Son programme met notamment l’accent sur la protection des journalistes, le rassemblement des différentes composantes de l’Union et le renforcement de son influence dans l’espace francophone.
Cette orientation intervient à un moment où les organisations de presse doivent répondre à des difficultés de plusieurs ordres : vulnérabilité financière des rédactions, transformation des usages numériques, circulation de fausses informations et nécessité de mieux protéger les professionnels sur le terrain. Pour l’UPF, l’enjeu consiste à faire de la solidarité entre journalistes autre chose qu’un principe institutionnel, en lui donnant une traduction concrète dans les pratiques et les dispositifs de défense de la profession.
La nouvelle gouvernance de l’organisation s’est également accompagnée d’un rééquilibrage de ses représentations régionales, avec des responsabilités attribuées notamment à l’Algérie pour le Maghreb, au Sénégal pour l’Afrique subsaharienne, à la Guyane pour les Caraïbes et à la Vallée d’Aoste pour l’Europe. Cette réorganisation témoigne de la volonté affichée d’associer davantage les différentes composantes géographiques de la francophonie à la conduite de l’institution.
Yves Galley
