Filière coton au Togo : OLAM sur le gril

Royalement installé par l’Etat en 2020 pour assurer une réorganisation de la filière cotonnière et booster la production et les revenus des producteurs, le groupe OLAM semble loin des objectifs, mettant en danger la filière et les intérêts de ses exploitants, et au-delà, tout un pan de l’économie nationale. Les producteurs crient avec force leur ras-le-bol et réclament tout simplement le départ de OLAM. Le chef de l’Etat est saisi.

La filière coton constitue une source de croissance et un moteur de développement. Première filière économique du Bénin, le coton représente et génère plus de 40 % des emplois en milieu rural et fait vivre environ 50 % de la population. La filière représente également 45 % des recettes fiscales du pays. En Côte d’Ivoire, la filière a enregistré une production de 347 922 tonnes pour la campagne 2023-2024 contre 236 186 tonnes en 2022-2023, soit une augmentation de 111736 tonnes. C’est à juste raison que le Togo s’est permis meilleur rêve en se donnant les moyens de transformer et de moderniser la filière coton. L’Etat s’est alors résolument engagé à relever ce défi en actant la cession de ses actions dans le capital social de la Nouvelle société cotonnière du Togo (NSCT).

Feuille de route OLAM

Au Conseil des ministres du 25 novembre 2020, il a été examiné le projet de décret fixant les modalités et le prix de cession des actions de l’Etat dans le capital social de la NSCT. Le communiqué sanctionnant ce Conseil a désigné OLAM comme partenaire retenu pour appuyer la transformation du secteur, et dressé les objectifs de ce partenariat qui s’assimilent à la feuille de route de OLAM.

“Il s’agit d’un partenaire de renom déjà fortement impliqué en tant qu’acheteur du coton togolais, dont l’expertise est reconnue et dont la présence dans plusieurs pays voisins est couronnée de succès. Cette cession a pour objectif de doubler les rendements notamment en exploitant la carte de fertilité des sols ; de moderniser l’outil industriel sur toute la chaîne de la production à la transformation ; de développer la marque « coton made in Togo » afin de jouir d’un différentiel de prix par rapport à la qualité. Au final, les producteurs, qui ont également adhéré à cette cession, verront leurs revenus garantis et augmentés notamment par la mise en place d’un mécanisme de stabilisation des revenus leur permettant d’avoir un niveau de revenu assuré nonobstant la fluctuation éventuelle des prix du coton sur le marché international”, précisait le communiqué.

En fin de compte, OLAM va prendre le pouvoir en s’offrant 51% des actions de la NSCT, (actionnaire majoritaire), l’Etat garde 9% et 40% pour les producteurs. Moins de quatre ans plus tard, le mot désillusion est un euphémisme pour exprimer le désarroi et la déception des producteurs.

Les représentants des producteurs face à la presse, au milieu, Koussouwe Kouroufei, le président du Conseil d’administration de la FNGPC

La furie des producteurs

OLAM ne serait pas le partenaire idéal pour atteindre les objectifs fixés par l’Etat ou pour combler les grandes attentes des cotonculteurs. Réunis au sein de la Fédération nationale des groupements de producteurs de Coton (FNGPC COOP-CA), ces derniers ont haussé la voix le samedi dernier devant la presse, pour dénoncer les dérives de OLAM et exigé purement et simplement son départ.

Koussouwe Kouroufei, le président du Conseil d’administration de la FNGPC, était dans tous ses états, pointant du doigt une mauvaise gestion, un contrôle unilatéral des intrants et la manipulation des chiffres, entre autres.

« Avant l’arrivée du Groupe, il existait un Comité composé de producteurs, de l’Etat et de l’ensemble des actionnaires qui vérifie quand la date du prix de vente du coton fibre est le plus élevé possible. Et c’est ensemble que la date de la vente est fixée. A l’arrivée du Groupe OLAM, ce comité a été dissout. OLAM est seule à avoir l’exclusivité de l’achat du coton grain et au moment de la vente du coton fibre, le Groupe par ses filiales rachète la fibre pour revendre seul. Le Groupe OLAM a droit d’acheter jusqu’à 60% de coton fibre par droit de veto de toute la fibre produite et les 40% restants peuvent être laissés aux autres fournisseurs. C’est encore OLAM qui les vend », dénonce-t-il.

Sur le contrôle des intrants, contrairement aux anciennes pratiques, OLAM s’est adjugé l’exclusivité de l’acquisition des intrants, écartant ainsi les producteurs à qui au final, le groupe impose ses prix sur le marché.

Graves accusations

Par ailleurs, les cotonculteurs portent une accusation grave contre OLAM : la manipulation des chiffres. En détail, les chiffres publiés par le géant singapourien seraient truqués, pour donner une fausse impression de réussite.

Aussi en ce qui concerne la gestion des finances, OLAM n’a jamais versé le moindre dividende sur les bénéfices réalisés aux producteurs, mais sa mauvaise gestion des finances aurait créé le trou béant d’une dette de 14 milliards de francs CFA. Sur la question de la dette, curieusement, OLAM tente de s’extirper de ses responsabilités.

« Depuis l’arrivée du Groupe OLAM en 2020, il ne nous a versé aucun dividende. Il nous parle plutôt d’une dette de 14 milliards. Et le groupe tente de mettre cette dette sur le dos des producteurs et l’Etat togolais. Ils se sont octroyés de gros salaires. Du coup, ils n’ont plus de bénéfices à la fin de l’exercice. Cette dette vient également d’une mauvaise vente du coton fibre alors que le coton fibre togolais est très recherché sur le marché international», expose Koussouwe Kouroufei.

L’organisation, plus loin, accuse OLAM de continuer à acheter le coton à un prix très bas, rejetant le taux de 44% pour calculer le prix d’achat du coton grain aux producteurs. Est également dénoncé le prix actuel de 274F le kg, pas du tout avantageux pour les cotonculteurs qui dépensent environ 300 000 Fcfa pour produire un hectare de coton. La FNGPT COOP-CA refuse également le prix d’achat de la graine de coton fixé à 70 Fcfa alors que la société vend le Kg à 185F.

« Le prix normal doit aller au moins à 310F le Kg pour cette année mais OLAM s’est précipitée pour afficher le prix de 274 F le kg… Nous produisons juste pour quelqu’un. Le producteur ne gagne rien et n’a aucun bonus malgré la hausse des prix du coton et du coton fibre. Ils sont acheteurs et vendeurs. Olam n’a qu’à partir. Nous allons travailler avec l’Etat comme avant…», pose la FNGPC.

Mauvaise réputation bien entretenue

Ce n’est pas la première fois que OLAM est sur le gril. En septembre 2023, le groupe OLAM a fait objet d’une enquête du service de renseignement intérieur du Nigeria pour des soupçons de fraude sur des opérations de change pouvant atteindre quelque 50 milliards de dollars. A l’époque, le groupe aurait rejeté toutes les allégations. Mais l’expérience togolaise lève un coin de voile sur ce dont est capable OLAM, en termes de pratiques obscures qui frisent le gangstérisme.

Les producteurs, qui ont saisi le chef de l’Etat à travers leur Fédération, n’ont qu’une seule obsession : le départ immédiat de OLAM. A défaut, ils exigent la mise en place d’une kyrielle de mesures correctives notamment la création d’une interprofession avec un Secrétaire permanent de l’État ; la nomination d’un Directeur opérationnel entouré de techniciens compétents ; la création d’un fonds de soutien de la filière cotonnière, de la mise en place d’un comité de régulation et d’un comité de gestion de la filière cotonnière; la nomination d’un Directeur général togolais et d’un Directeur logistique togolais à la tête du Groupe OLAM.

Bon à suivre…

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