Modernisation du football togolais/ Professionnalisation, le nouveau défi géant de Guy Akpovy

Colonel Guy Akpovy, président de la FTF, le père de la professionnalisation du football togolais, au congrès ordinaire de la FTF le 06 mai 2022. © Rémi Hounkpati

Le football togolais caractérisé depuis des décennies par un amateurisme très pur affûte activement ses armes pour sortir du stade larvaire et virer au professionnalisme. Un concept qui représente un épouvantail pour beaucoup d’acteurs, du fait de sa complexité présumée et des bouleversements majeurs en ligne de mire. Mais ne recule devant rien le patron du football togolais, le Colonel Guy Akpovy, président de la Fédération togolaise de football (FTF). Homme de défis, leadership au point, la détermination en bandoulière et le développement du foot national chevillé au corps, Guy Akpovy trace, de concert avec l’Etat et les principaux acteurs, les sillons de la professionnalisation du football national, malgré un contexte miné par incertitudes et appréhensions.

Le 06 mai 2022, réfugiés dans la forteresse glaciale de Petit Brussels à Baguida, bercés par les clapotis des vaguelettes de l’océan, les membres de la FTF réunis en congrès ordinaire, ont approuvé à une majorité écrasante (47/51) le cadre légal de la professionnalisation du football au Togo. Avant l’adoption quasi unanime des textes, les congressistes ont procédé, entre autres, à l’admission de l’Association sportive des anciens footballeurs du Togo comme membre actif de la FTF conformément à l’article 13 des Statuts, à l’adoption du procès-verbal du précédent congrès et du rapport d’activités de la FTF depuis le dernier congrès, à l’approbation des comptes annuels 2021 et budget 2022 (équilibré en produits et en charges à 2.755.500.000 francs CFA), à l’adoption et validation du plan stratégique actualisé de la FTF, à l’adoption et validation de la poursuite du projet Forward 2.0. Dans ce dernier registre, la FTF a inscrit la construction d’un Centre technique national à Bagbé sur un domaine de 21 hectares; la maquette dudit centre validée par la FIFA a été présentée aux congressistes.

Comme l’on peut s’en rendre compte, tous les points à l’ordre du jour rivalisent d’importance, mais celui qui a polarisé les attentions et continue de nourrir, à n’en point finir les débats, reste l’adoption et la validation des textes régissant la professionnalisation du football au Togo. Logique ! L’introduction du professionnalisme, quels que soient l’époque et le lieu, a toujours drainé du grain à moudre, à cause de la disruption provoquée et de l’installation d’un ordre nouveau. En Europe, la professionnalisation du football a même fait objet de plusieurs études scientifiques.

Pierre Lanfranchi, dans “Histoire du professionnalisme en France et en Italie : des débuts du professionnalisme à la formation des syndicats de joueurs”, publié dans “Les Cahiers de l’INSEP, n°25, 1999, Football, jeu et société”, a fait la lumière sur les impasses, les échecs et les succès qui ont émaillé le long et alambiqué processus de professionnalisation du football en France et en Italie (1926-1965), établissant une comparaison avec l’Angleterre et l’Allemagne, pionniers sur ce continent. Plus d’un siècle plus tard, l’Afrique a du mal à rattraper son retard, elle n’est pas encore devenue le continent où fleurissent dans tous les pays des championnats professionnels.

Au Togo, le football est jusqu’alors vécu comme une profession transitoire, avec des footballeurs rebutés par l’incertitude de leur situation, liés aux clubs par des contrats fantômes, trop de dirigeants ramenant tout à leur clocher, misant à l’excès sur les subventions de l’Etat et de la FTF, des clubs sans siège et sans structure administrative, sans comptabilité, sans vision, bref qui n’existent que de noms, dans un championnat sans sponsors, sans droits télés, à l’attractivité en panne. Les clubs sont enlisés aujourd’hui dans une crise managériale voire existentielle sans précédent, marquée par des difficultés financières déstabilisantes, ce qui commence par provoquer une désaffection totale pour la présidence des clubs. Une désaffection somme toute compréhensible, par rapport aux lourdes responsabilités qui pèsent dans la plupart des cas sur les épaules d’un seul individu, le président. Or, le développement de la pratique sportive et du football en particulier, est l’un des préalables essentiels pour polir et rendre productif le talent de beaucoup de jeunes, assurer leur insertion dans l’environnement socio-économique et accroître leur immunité contre toute forme de déviance et d’extrémisme.

Le football togolais est donc appelé, aujourd’hui plus que jamais, à relever les défis de rénovation et de modernisation qui se posent à lui, et à se mettre au diapason des évolutions accélérées de cette discipline. Cet objectif ne pourra être atteint que par l’ancrage de la bonne gouvernance au sein des organes de gestion, l’amélioration qualitative de la formation, le développement des infrastructures, le renforcement des outils de commercialisation du produit footballistique national et la mise en place des conditions d’accès au monde du professionnalisme. C’est bien évidemment pour relever le défi géant de la professionnalisation que Guy Akpovy mobilise tous les moyens possibles pour traduire dans les faits la politique de développement du football du chef de l’Etat, Faure Gnassingbé. Pour éviter la navigation à vue, le premier fondement pour la construction de l’édifice reste le cadre juridique, lequel vient d’être soigneusement posé.

Cadre juridique solide

Après la théorisation du concept par le regretté Christ Dakey, le train avance avec le nouveau patron du secrétariat général de la FTF, le réputé Hervé Agbodjan, dont la nomination a été chaleureusement saluée à l’unanimité dans tous les milieux sportifs et même extra-sportifs. La FTF et le ministère des Sports donnent le ton en procédant d’abord à la réécriture de la loi portant Charte des activités physiques et sportives au Togo qui a abouti à l’adoption de la loi N°2021-008 du 7 mai 2021 fixant les règles d’organisation, de développement et de promotion des activités physiques et sportives au Togo. Cette loi dispose à l’alinéa 1 de son article 38 que l’Etat et les associations sportives « travaillent à la professionnalisation de la pratique des activités sportives au Togo en encourageant notamment la création des ligues professionnels ». La première fédération à mettre en pratique ce texte est la FTF. Bien inspiré et engagé, Guy Akpovy, de concert avec son ministre de tutelle, Dr Lidi Bessi Kama, pose les fondements de la professionnalisation du football dans un cadre juridique solidement articulé autour des Statuts de la Ligue de football professionnel du Togo (LFPT), la convention cadre entre la FTF et la LFPT et les critères d’octroi de la licence professionnelle aux clubs. Bien avant, un comité de pilotage du projet de professionnalisation a été mis en place, un chronogramme du processus adopté, la navigation à vue écartée donc.

Ligue de football professionnel du Togo (LFPT)

Sur sa nature, l’on sait que la LFPT sera une association régie par la loi du 1er juillet 1901, déclarée et créée avec l’accord de la FTF. Le projet de statuts qui définit son cadre légal, adopté au dernier congrès de la FTF le 6 mai 2022 comprend 88 articles répartis en six chapitres : le chapitre 1er expose les dispositions générales ; le 2e traite des membres ; le 3e consacré à l’organisation et au fonctionnement ; le 4e est relatif aux dispositions financières ; le 5e porte sur les compétitions, droits sur les compétitions et les manifestations, et le 6e planche sur les dispositions diverses, transitoires et finales.

Dispositions générales

Le chapitre 1er définit entre autres les relations de la LFPT avec les pouvoirs publics, l’objet, la mission, la composition. Elle est agréée auprès du ministère en charge des Sports et sa comptabilité soumise à son contrôle. Son objet, assurer l’organisation et la gestion des activités du football professionnel, en application et en conformité avec les textes de la FTF ainsi que les stipulations de la convention conclue entre les deux entités. La LFPT a pour compétence, l’organisation, la gestion des championnats de L1 et L2, et toutes épreuves créées dans la limite de ses compétences ; elle assure la formation des éducateurs, la mise à disposition de la FTF des joueurs pour les sélections nationales, et applique des sanctions prononcées à l’encontre des assujettis à ses Statuts.

La première mission de la LFPT est de prendre toute décision concernant l’organisation, le développement et la défense des intérêts du football professionnel. Elle a également, entre autres pouvoirs, organiser, gérer et réglementer le football professionnel, financer toutes actions aptes à développer les ressources du football professionnel, lutter contre toute forme de discrimination au sein du football professionnel, imprime et met en vente les billets d’accès aux matches de football professionnel, contrôle les accès aux stades à l’occasion de ces matches, en liaison avec les clubs.

En ce qui concerne les joueurs, ils doivent être enregistrés conformément aux Règlements généraux de la FTF, leur statut et les modalités de leur transfert sont régis par la FTF, conformément au Règlement du Statut et du transfert des joueurs de la FIFA et celui du Règlement du Statut et du transfert des joueurs entre les clubs affiliés et la FIFA.

Membres

Le chapitre 2 définit entre autres la composition et admission des membres de la LFPT, leurs droits et obligations, la demande et procédure de candidature. Sont membres de la LFPT les sociétés sportives constituées conformément aux textes en vigueur et en fonction d’un cahier de charges mis en place par la LFPT ; et les associations des corps de métiers agréés par la FTF et remplissant les conditions du cahier de charges de la Ligue. Pour être admise comme membre, toute personne morale adresser une demande écrite au Secrétariat général de la Ligue accompagnée de certains documents notamment une copie du procès-verbal de sa dernière assemblée générale ou de sa séance de constitution, une preuve de satisfaction des conditions financières du cahier des charges. La procédure d’admission est régie par un règlement spécial, adopté par le Conseil d’administration de la LFPT. Au titre des obligations, les membres sont astreints, entre autres, de s’acquitter de leurs cotisations, d’adopter une clause statutaire prévoyant que tous les litiges arbitrales impliquant eux-mêmes ou l’un de leurs membres et relatifs aux textes de la FIFA, de la CAF, de l’UFOA, de la FTF, ou des Ligues qui la composent seront exclusivement soumis à la compétence des Commissions indépendantes de la FTF, du CNO Togo, de la CAF, de la FIFA et du TAS, et que tout recours à un tribunal ordinaire est interdit. Tout membre peut être suspendu par décision motivée de l’assemblée générale ; la qualité de membre se perd par, notamment la relégation en championnat amateur, l’exclusion prononcée par l’assemblée générale de la LFPT pour violation des textes, la démission par lettre recommandée avec accusé de réception au secrétaire général de la LFPT.

Organisation et fonctionnement

L’assemblée générale (AG), le conseil d’administration, le bureau du conseil d’administration, les commissions permanentes et ad hoc, les commissions indépendantes et le secrétariat exécutif constitueront les organes de la LFPT. Une section est consacrée à l’assemblée générale et une autre au conseil d’administration. Y sont définis la composition et les compétences de l’AG et son déroulement, les délégués et leur désignation, les élections. Le conseil d’administration est composé de 12 membres au maximum avec une participation féminine. Le président de la LFPT assure la présidence du conseil d’administration, aidé dans sa tâche par deux vice-présidents, 5 représentants des clubs de la L1, 3 représentants de la L2 et 1 représentant pour toutes les associations de corps de métiers. Un représentant de la FTF assiste aux travaux du conseil d’administration en qualité d’observateur. Il est important de préciser que la relégation en championnat amateur entraine la perte automatique de la qualité ayant justifié l’élection au Conseil d’administration comme représentant des clubs de L1 ou de L2. Dans ce cas, l’AG de début de saison doit pourvoir au poste laissé vacant par le membre du conseil d’administration dont le club est relégué en championnat amateur.

Guy Akpovy (milieu), entouré du SG Hervé Agbodan (g) et du 1er vice-président, El Hadj Sherif Aklisso Amah, de la FTF

Pour les conditions d’éligibilité, tout candidat au poste de membre du conseil d’administration doit remplir entre autres conditions, être citoyen togolais et jouir de tous ses droits civiques, être âgé de 35 ans au moins et 75 ans au plus, n’avoir pas été condamné à une peine définitive de privation de liberté sans sursis supérieure à 3 mois, avoir joué un rôle actif dans le football en qualité de dirigeant, promoteur ou directeur d’une équipe ou d’une école de football, joueur ou ancien joueur, entraîneur, arbitre, médecin sportif, officiel d’un club de football, journaliste sportif. Toute liste candidate doit être parrainée par sept clubs et associations de corps de métiers (dont 4 de la L1) à l’AG de la LFPT. Mention importante, ne peuvent être membre de l’organe exécutif de la ligue, tout membre du comité exécutif de la FTF ou tout membre d’un organe exécutif des clubs membres de la ligue. Le nombre de mandats du président de la LFPT et des autres membres du conseil d’administration est limité à de 3 mandats –consécutifs ou pas – d’une durée de 4 ans chacun. Pas plus de 3 mandats successifs. Le conseil d’administration se réunit en session ordinaire au moins trois fois par an sur convocation du président de la ligue, ses décisions entrent en vigueur immédiatement après leur publication.

Rémunération. Les membres du conseil d’administration, à l’exception de son président, ne sont pas rétribués, toutefois, ils peuvent bénéficier des indemnités de réunion et d’autres avantages financiers dans le but de couvrir toutes les charges liées à leurs activités au sein de la LFPT.

Au registre des commissions permanentes, on note 6 types : la commission des finances ; la commission des compétitions ; la commission des infrastructures et équipements ; la commission de la médecine sportive ; la commission de marketing, promotion et des médias, et la commission de sécurité. La LFPT sera dotée d’une commission indépendante constituée d’un organe juridictionnel qui sera la commission d’homologation et de discipline, laquelle peut prendre des sanctions prévues par les Statuts de la LFPT.

Les litiges qui surgissent seront résolus, en premier ressort, suivant les règles propres à la FTF ; le litige ne peut être référé au Tribunal arbitral du sport (TAS) qu’après épuisement des voies de recours internes. La saisine des tribunaux ordinaires est interdite. L’administration de la LFPT est dirigée par un secrétaire exécutif. Un comité paritaire de la Ligue assurera le contrôle de la gestion administrative et financière des clubs.

Finances

Les ressources annuelles de la LFPT sont, entre autres, les recettes de toutes natures provenant des compétitions, épreuves, manifestations et concours qu’elle organise ; les cotisations annuelles versées par les clubs de L1 et L2 fixées par le conseil d’administration ; les revenus de ses biens ; des subventions de l’Etat ou des collectivités territoriales décentralisées ; le produit des rétributions perçues pour services rendus ; le produit de la vente des publications, insignes, écussons et de la publicité ; les dons éventuels dans les limites autorisées par la loi ; les dommages-intérêts provenant de la réparation de préjudices éventuels et amendes consécutifs à une violation de ses textes ; les indemnités provenant d’organismes utilisant le calendrier des compétitions ; plus généralement, toutes ressources permises par la loi et découlant de son objet social. L’adhésion des clubs à la LFPT est subordonnée au paiement préalable des cotisations annuelles.

Compétitions et droits sur les compétitions et les manifestations

La LFPT organise et gère les championnats professionnels au plan national ; pour les rencontres internationales, la Ligue ou l’un de ses clubs ne peut participer à des compétitions sur un territoire étranger sans l’autorisation de la FTF, de la FIFA ou de la CAF. Le système de gestion des licences régissant la participation des clubs aux compétitions est fixé par les textes de la FTF.

Au volet des Droits, sont propriétés de la FTF, de la LFPT et de ses membres, les revenus sur tous les droits générés par les compétitions et autres manifestations relevant de leurs domaines de compétence respectifs. La FTF et la LFPT conviennent de la répartition en pourcentage des revenus au début de chaque compétition et manifestation conjointement organisées. Une partie de ces revenus sera destinée au développement du football amateur, construction des infrastructures sportives, financement des clubs, soutien aux centres de formation… Font partie de ces droits, les droits patrimoniaux en tous genres, les droits d’enregistrement, de reproduction et de diffusion audiovisuels, les droits multimédias, les droits de marketing et de promotion, les droits sur la propriété intellectuelle, sur les signes distinctifs et autres.

Les congressistes, dans leur écrasante majorité, ont approuvé les textes qui ouvrent la porte à la professionnalisation du football. © Rémi Hounkpati

Dispositions diverses, transitoires et finales

Ce chapitre traite de l’agrément, des cas non prévus et cas de force majeure, la dissolution, la prééminence des Statuts, la langue officielle et l’entrée en vigueur. On retient essentiellement que le fonctionnement de la LFPT est soumis à l’agrément préalable de la FTF lors d’une assemblée générale convoquée à cet effet. Son existence et son fonctionnement cessent à partir du retrait de cet agrément, de sa suspension par le comité exécutif de la FTF ou de sa dissolution par l’Assemblée générale de la FTF aux 2/3 des suffrages exprimés. Les statuts de la LFPT sont entrés en vigueur depuis leur adoption le 6 mai 2022.

Convention-cadre entre la FTF et la LFPT

Une convention-cadre est mise en place conformément à l’article 9 des Règlements généraux de la FTF dans le cadre de la création d’une ligue professionnelle. C’est un texte d’une vingtaine d’articles traitant de la gestion du football professionnel, l’administration, l’autorisation d’utilisation des joueurs professionnels, des dispositions générales, des dispositions financières et des modalités d’adoption et de prise d’effet. Il définit les relations entre la FTF et la LFPT et les compétences qu’elles exercent en commun, sous réserve de celles relevant exclusivement de la FTF, énumérées exhaustivement dans le préambule. La LFPT agit par délégation de pouvoir de la FTF pour la gestion du football professionnel, mais elle bénéficie de l’autonomie administrative, financière et sportive en conformité avec les Statuts et règlements de la FTF.

Le championnat professionnel comptera seulement deux ligues (L1 et L2). Une phase pilote est prévue pour cinq ans, et chacune des deux ligues sera composée d’un groupe unique de 12 clubs. Il sera institué une Direction nationale de contrôle de gestion par le biais duquel la FTF et la LFPT vont assurer le contrôle de la gestion financière des clubs professionnels et des clubs amateurs, de même que le contrôle financier de l’activité des agents sportifs. La LFPT met à disposition de la FTF une copie de tous les contrats de travail conclus entre les clubs et les joueurs et leurs entraîneurs. Le calendrier des compétitions professionnelles est élaboré par la LFPT en liaison avec la FTF dans le cadre d’une commission mixte. Quid de l’arbitrage ? Les matchs des L1 et L2 sont dirigés par des arbitres désignés par la Commission des arbitres de la FTF. Pour la promotion du football féminin, La LFPT et la FTF mettront en place une commission de développement des clubs féminins de haut niveau, de même qu’une commission de promotion du football togolais à l’international.

Critères d’octroi de la licence professionnelle aux clubs de football du Togo

Seront assujettis à des critères stricts tous les clubs aspirant au professionnalisme. Il s’agit de critères permettant de classer les clubs en L1 et en L2. Entre autres, des critères juridique, sportif, administratif et personnel, financier. Également, des critères de répartition territoriale des clubs professionnels, des critères d’infrastructures, de sécurité et d’encadrement des supporters.

Le championnat professionnel n’accueillera que des clubs ayant une existence juridique, sous la forme d’une société sportive chargée de la gestion des activités professionnelles de l’association sportive (type société anonyme à responsabilité limitée, société par action simplifiée, société anonyme).

Sur le critère de répartition territoriale : au cours de la première saison de la phase pilote, pour la L1, il est prévu au moins un club par région administrative porté par une ou plusieurs communes (villes) et, exceptionnellement, au moins 3 clubs pour la région Lomé Golfe, raison évoquée, la densité de la population, des activités économiques des associations sportives… Plusieurs communes peuvent porter un club, une commune peut supporter/parrainer un club au moins. Pour la L2, au cours de la première saison de la phase pilote, il est prévu au plus 2 clubs par région administrative portés par une ou plusieurs communes. Aussi bien en L1 qu’en L2, les clubs corporatifs vont disparaître avec la création d’un championnat corporatif. Les clubs corporatifs désignent des clubs de foot créés, financés et gérés directement par une structure à objet non sportif, publique, parapublique ou privée.

Catégories de joueurs. Les clubs professionnels L1 et L2 doivent disposer d’une équipe professionnelle, d’une équipe féminine (catégories confondues (30) et d’une équipe cadette, 25 joueurs pros avec un contrat professionnel, 30 joueurs cadets liés par un contrat de formation.

Encadrement technique. Chaque club pro doit disposer d’un encadrement technique bien fourni : un directeur technique, un directeur sportif, un entraineur principal, un entraineur adjoint, un entraineur des gardiens, au moins un préparateur physique, un médecin, deux kinés, un chargé des médias pour l’équipe, un photographe journaliste ; deux intendants, un team manager. Tous doivent disposer d’une qualification reconnue par la FTF.

Encadrement technique de l’équipe féminine. Cet encadrement doit répondre aux critères des centres de formation sportive de catégorie A ou B de l’arrêté n°212/MSL/CAB/SG/2022 fixant les conditions de création, de promotion, de fonctionnement et d’octroi d’agrément des centres de formation sportive au Togo.

Personnel et administratif. Aussi bien en L1 qu’en L2, les statuts des sociétés sportives doivent prévoir ces postes : secrétaire général de la société sportive; un directeur financier et comptable; un responsable du service de l’informatique; un responsable chargé du marketing; un responsable chargé de la sécurité ; un responsable chargé de la sécurité; des personnels médicaux et paramédicaux, notamment des médecins ; des soigneurs ainsi que des kinésithérapeutes et des psychologues qualifiés et dotés de tous les équipements médicaux et techniques requis.

Financier. En L1, le club professionnel doit avoir comme budget minimum de fonctionnement soixante-dix millions (70 000 000) FCFA, Cinquante millions (50 000 000) FCFA pour le club de L2. Les clubs des deux ligues doivent avoir chacun un compte bancaire, un business plan ; ils doivent tenir en fin d’année un bilan financier d’exercice, et privilégier le règlement de toutes les transactions du club par chèque ou par virement.

Infrastructures sportives. Chaque club de L1 ou de L2 doit disposer ou avoir un contrat/accord d’utilisation pour les matchs ou compétitions, un stade disposant des normes standards de sécurité comprenant au minimum: un terrain de jeu aux normes de compétition (gazonné), une tribune pour les officiels et spectateurs, des vestiaires et des sanitaires aux normes des stades modernes; un centre ou terrain de jeu réglementaire pour les entrainements des différentes catégories. Le stade et le centre ou terrain d’entrainement doivent se situer dans une commune ou ville de la région d’appartenance du club. Les clubs devraient également disposer d’un siège social.

Sécurité et encadrement des supporters. Chaque club professionnel doit se donner les moyens pour disposer d’une équipe de sécurité qualifiée pour toutes les activités du club ; disposer d’un protocole de sécurité approuvé par la FTF ; disposer d’un comité de supporters qui forme et encadre les supporters sur les normes et le fair-play.

Dernières saisons D1 et D2 en amateur

Le Togo est à l’aube du professionnalisme dans le football. Les clubs de D1 et D2 ont encore quelques mois pour s’abreuver dans le marécage des amateurs. Dès la saison 2023-2024, le rouleau compresseur du professionnalisme sera mis en branle après l’approbation par le Congrès de la décision de création de la LFPT et des textes du football professionnel, notamment les statuts de la LFPT, la convention-cadre entre la FTF et la LFPT, et les critères d’octroi de licence professionnelle aux clubs de la LFPT. C’est investi de tous les pouvoirs que le comité exécutif de la FTF, sous l’égide et le leadership de son président Guy Akpovy, se lance dans la poursuite du processus de démarrage du championnat professionnel.

L’ancrage profond dans l’amateurisme et les énormes difficultés économiques des dirigeants de clubs affalés au cachot du désespoir justifient à plus d’un titre les réserves des uns sur le caractère réaliste du projet de professionnalisation. Mais la vision futuriste de notre football impose une telle audacieuse décision qui s’inscrit dans le creuset des vastes réformes structurelles engagées par l’Etat dans divers secteurs. Vu sous cet angle, le projet de professionnalisation du football est analogue à la transformation profonde que subit la presse togolaise aujourd’hui. Autant les organes de presse mutent en sociétés de presse, autant les clubs de foot deviendront obligatoirement des associations sportives avec certains types de statuts juridiques assortis d’une série de critères. L’immobilisme ne saura être protégé et promu pour toujours.

Guy Akpovy, père fondateur…

Depuis les indépendances, de Godfried Foli Ekue (1er président de la FTF) aux présidents colonel Rock Balakiyem Gnassingbé, Gabriel Mawulawoè Ameyi, en passant par Séyi Memene, Antoine Anani Matthia, Hyppolite Ayité Kouevi, Kodjovi Agbeley, Général Zoumaro Gnofame, ou un certain Agbéwanou Edoh, les rêves de la professionnalisation du football togolais n’ont jamais autant été caressés, au point de basculer de l’onirisme, de la théorie à une réalité palpable.

Ce succès inédit à l’actif de Guy Akpovy, dans un contexte de crises qui justifierait plutôt l’enlisement et le catastrophisme, érige ce robuste colonel d’armée en père fondateur de la professionnalisation du football togolais, à l’instar d’un certain Georges Bayrou ou d’Emmanuel Gambardella en France. Sans conteste. Rien ne présage une exécution facile et aboutie du projet tel que conçu et planifié, mais les sillons sont si bien tracés, qu’avec ou sans Akpovy, demain ou après-demain, le vent du professionnalisme soufflera sur le football togolais.

Un commentaire

  1. Félicitations pour cet article bien écrit j’ai été séduit et émerveillé par le style. Chapeau bas

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